Atelier de théâtre, au théâtre de la Minoterie :


Récit :
Et voilà que tout le monde passe devant ce mur du temple antique sans le voir, tant ils sont pressés d’admirer les colonnes doriques. Moi, ce mur m’accroche, et je sens que je vais bientôt savoir pourquoi… Oui, ça y’est, une forme est apparue dans l’usure de la pierre, dans la décoloration minérale, et une tête de taureau a surgi des siècles, faisant surgir de ma mémoire…

Ceci :
Taureau, taureau ! criaient les enfants dans la cour, la tête baissée, les index pointés sur la tête.
On disait que c’était toi le toréador. Taureau, taureau !
Au début je ne comprenais pas, mais on est en Provence, c’est leur monde.

En Grande Bretagne la chasse à la courre, c’est-à-dire au renard, à cheval, dans le brouillard matinal avec une trompette et des chiens, est désormais proscrite.

Puis ceci :
Le regard de ma mère sur moi, furieux, accusateur. J’ai parlé, l’air de défendre la corrida – mais sociologiquement, la tragédie grecque… Je ne lui appartiens plus, je ne suis plus moi.
Ce n’est pas d’elle.


Dialogue :

Oui…non, j’arrive !
(…)
Non, il n’y a rien à voir, ce n’est pas la peine de…
(…)
Bon, c’est gentil de revenir comme ça, mais vous voyez, il n’y a rien à voir. Je regardais juste le pan de mur, là…
(…)
Non, non, je ne suis pas spécialiste, je ne sais pas s’il y a un intérêt archéologique quelconque, il y a des formes sur la surface du mur, là où elle est un peu écroulée par les intempéries – là – vous voyez ? Non ? mais voilà, peu importe, c’est moi, je pensais à des trucs…le mur m’a fait un peu partir…
(…)
Oui, perso. Allons là-bas – c’est intéressant, ce que la guide a raconté ?

Dialogue (avec Florence) :

Vous venez, si mais vous venez !
Oui…non, j’arrive !
Et maintenant on fait quoi ?
Il n’y a rien à voir ici, c’est pas la peine de…
Ah, d’accord, d’accord.

Dialogue (avec Maria) :

Quoi faire ? On appelle quelqu’un ?
Oui…non, j’arrive !
Quelqu’un sait où sont les toilettes ? Ou l’hôtel, l’adresse de l’hôtel ?
Non, c’est gentil de revenir comme ça, mais vous voyez, il n’y a rien à voir.
Moi, j’ai tout oublié, je ne voulais rien savoir. Je voulais me laisser guider, je voulais que quelqu’un s’occupe de moi.
Non, non, je ne suis pas spécialiste, je ne sais pas s’il y a un intérêt archéologique quelconque.
Et maintenant je dois me prendre en charge ?
Oui, perso. Mais allons là-bas – c’est intéressant, ce que la guide a raconté ?

Travail sur le monologue sous forme théâtrale (pour Corine Robert) :

A partir d’une pièce de Martin Crimp, Tendre et cruel.

1)
Peur ? Jusqu’à ce jour je n’ai jamais eu peur. Ce ne serait pas pensable pour une femme de soldat, encore moins l’épouse d’un général. Aujourd’hui, j’ai toutes les raisons d’avoir peur : le procès, les enfants abandonnés, rescapés de la guerre… Je suis seule face à tout cela. Mais ma peur ne vient pas de là, je sais que je peux faire face et tenir bon. Tout à coup je sais que j’ai peur de vivre, réellement. Peur d’entrer dans l’arène, d’aller au bout de mes désirs…

2)
Désirs ? Elle ne sait pas. Désir, profond. De profundis. Va chercher, le chien ! Comment appelle-t-on un chien sans pattes ? On ne l’appelle pas, on va le chercher… Va le chercher, ton désir profond ! Elle voudrait compter, voilà quoi, s’imposer, dans un monde qui prétend qu’elle n’existe pas, qu’elle est inter-changeable… Cet homme, son mari, il l’avait bien vue, lui, c’est pour ça qu’elle l’avait épousé, non ? Mais maintenant… il faut devenir opaque, prendre de la consistance, avoir une assise, une présence devant ce monde qui lui voit à travers – avoir un corps, quoi…

3)
Sa portière arrière est ouverte, elle essaie de sortir un carton plein de livres et d’albums photos de sa voiture. Apparemment le fond est déchiré, parce qu’elle est penchée sur le carton afin de passer les bras dessous pour  empêcher les livres de tomber.
Vous ne voudriez pas que je vous aide, je suppose ? Votre orgueil en souffrirait ?
Si je m’arrête je fous tout par terre. Vous arrivez trop tard.
Permettez au moins que je vous tienne la porte.

Son ironie moqueuse l’amuse, mais elle se méfie.

4)
Elle s’était rendue compte qu’elle n’existait pas, qu’elle n’avait jamais existé, qu’elle était sans consistance. Une femme sans corps, invisible, qu’on voyait à travers… Il faut un corps solide, les pieds bien implantés dans le sol, un bassin qui en impose. Ca doit pouvoir se trouver ou construire, non, on doit pouvoir épaissir, se gonfler à force de…quoi ? De volonté ? encore ça ? En attendant elle me sert bien, ce corps, pour déménager…

La voilà, je ne la cherchais pas – mais la voilà et maintenant je sais que c’est ce que je faisais, me trouvant là, comme par hasard, pas loin de sa porte. Sa portière arrière est ouverte, je vois juste ses jambes, en jeans et baskets, au-dessous. Elle se lève, penchée sur son carton. Le fond doit être cassé car elle a passé les bras dessous pour empêcher les livres de tomber.
Vous ne voulez pas qu’on vous aide ? Aïe, pas comme ça ! C’est pas ça qu’il fallait dire. Une question à la forme négative, elle ne peut que refuser. Pire : elle va penser que je ne lui dis cela que pour la forme, qu’au fond je m’en fiche, que je ne la vois pas.

Si je m’arrête je fous tout par terre. Vous arrivez trop tard.

De toute façon ça ne sert à rien. Tout ce qu’il voit, c’est une femme qui peine avec des cartons. C’est facile, c’est ce qu’ils voient tous, ce n’est pas voir, ça, c’est re-voir des images rabâchées. Please God, make me opaque !



Speed dating

Fuir ce monde! Trouver la solution! Fuir ce monde pour le guérir! Alors j’ai pris ce bateau. ça m’a rendu malade cette mer déchaînée. ça m’a rendu malade de honte aussi. malade. purger la maladie. La maladie de tous les êtres réunis. Mais… Quand le ciel noir a rendu ses étoiles par milliers au monde , c’était comme quelques touches de lumière posées ici et là sur la noirceur du monde. l’espoir au bout du chemin?

c’est fou, il doit se la couler douce à Abdoularomaine. C’est ça, il nous a oublié, il sirote son machin-chose.
Remarquez chez nous, on ne repart jamais sur une seule jambe.
Il sirote la deuxième chose à Abdoularomaine dans le vent
J’ai envie d’une richelieuse là maintenant, pas toi?
c’est pas tout ça mais il fait soif, non?
ils auraient pu réparer la climatisation vu le prix qu’on paye.
ne vois-tu pas les 3 petits points dans le ciel?
Il y a des jours, je supporte plus la nuit.
une belle jambe, ça me fait une belle jambe!
bahbahbah! ce qu’on s’en fout de ça!
c’est bon c’est bon j’ai rien dit
et puis j’ai pas envie de parler
non madame Irma, nous ne partons pas encore
c’est infernal! ce type qui court il va plus vite que nous
Oh la la les jeunes, on se calme
le monde est complètement cinglé mais est-ce si nouveau?
c’est à cause de mon prénom, Meltem signifie  » souffle le vent »
chez nous on repart jamais sur une jambe
j’aurais pas du mettre ces chaussures (Dany)

 

Le souvenir s’éloigne, se rapproche, s’ajuste. Je n’étais pas dans cette véranda avec les autres . La journée était froide, comme le vert tilleul des armatures, 4° comme la boisson légèrement alcoolisée et pétillante au goût de carotte servie par cette guenon en guenille aux doigts sertis de bagues…J’étais venu , j’avais choisi de venir pour le printemps . j’attendais le printemps. A cet endroit , le printemps devait être quelque chose d’exceptionnel à vivre. Les autres voulaient partir pour une visite au Parlement. J’étais resté dan ma chambre. Haute et verte, humide et acide, la salade poussait dehors, nouvelle recrue toute crue.

Toutes ces voix tues que je sentais autour de moi , qui voletaient sous les crânes du groupe. Qu’un seul écho vînt jusqu’à moi et se collât à mes propres pensées.. J’aurais arrêté de marcher.. J’aurais cessé de m’isoler dans ma promenade.. Certains s’impatientaient. Le bus était parti .

Quoi faire ?

On dirait que je suis invisible !

On appelle quelqu’un ?D’ailleurs qui on appelle ?

Arrête tes salades.. D’ailleurs ta langue est d’une crudité !

Il se fait tard ,je commence à être fatigué.

Je veux rentrer, sortir enfin de ma bulle.

Et maintenant je dois me prendre en charge ?

Le printemps va partir avec le chauffeur du bus !

Et toi, couvre-toi ! T’as pas froid ?

Là tout de suite, ça me dit rien !

On dirait que je suis invisible..

Tiens passe –moi l’eau , va !

Allez jeune fille , il faut se lever

Tu passes sans me voir

Ne vois –tu pas les trois petits points dans le ciel ?

Mais non c’est moi qui ne te vois pas quand tu me regardes passer près de toi

Et toi t’as pas froid ?

Couvre-toi !

Lâche-moi, que je respire

Taxi au Parlement

Je n’ai plus rien à te dire … (Jean-Jacques)



La phrase lecture (à partir du travail avec Claude Fosse)

Quelqu’un en bottes de pluie et en ciré jaune en rencontre d’autres…,
Qui ont faim et soif…
Quelque part… au bord de la mer…au printemps, sous les tilleuls…
Mais jamais…
Personne ne s’écoute vraiment…
Et chacun erre dans ses interrogations personnelles. (Danielle)


Tombée de la nuit. Il fait froid. Ils attendent. Ils ont faim. Ils se racontent, des choses vues, des choses vécues, ils se souviennent, ils rêvassent, ils philosophent. Ils parlent pour ne rien dire. Quelqu’un a oublié son parapluie. (Monia)

Ils ne savent plus ce qu’ils vont faire, pourquoi ils sont là.
Il y a tous ces destins croisés. Chacun porte l’histoire d’un voyage antérieur, intérieur de tous les voyages antérieurs.
Et c’est toujours comme ça au fond. L’histoire ne fait que se répéter un peu différemment à chaque fois.(Florence)

Des personnages dans un bus. Certains se connaissent, certains veulent faire connaissance. D’autres préfèrent rester à l’écart. De toute façon, il fait trop chaud et les vacances c’est toujours pareil. Et à la fin du voyage, c’est toujours la fin. (Dany)



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