Pastiche du Cid à la sauce picrocholine rabelaisienne

Comment Rochibre fut nommé Le Cidre

Adoncques Rochibre, prime de son nom, & sa caterve se transportèrent aux digues de Valence. En cestui jor, Rochibre reçut ordre de conduire, por escrabouiller l’ars sarrasine, l’armée des Castagnettes & son artillerie, en laquelle furent comptés quatre cents malles de poëles à frire, trois mille fours à griller l’Impie, cinq mille fourchettes à piquer le jambon. Partis de Madrid à cinq mille homines, fut compter moult plus de trois millénaires guerroyers castillans à Valence.

Sitôt arrivés, Rochibre lequel incontinent sans plus outre se soucier des ordres de la dive seigneurie fit crier par davant & darrière de ses troupes que un chacun de la totalité de ses troupes divisés en trois & moultipliée en deux resteroit stagnant dans les embarcations, requises dès lor venue, la tiers partie restante conviendrait en le port avecques le nove chief.

Tant les Ibères attendirent longue partie de la nuit durant, la mer soudain se démonta. Lors dans l’obscure clarté, chacun sur le port put voir trente voiles venir à eus. Ce fut la flotte melone qui approchait, plein d’aplomb & d’esprit belliqueux, por occire tos ces Chipolatas Ainsi débarquèrent en le port, déchargèrent cinq mille hommes, six mille citernes remplies de trois mille moutons égorgés sus bonne estoile divine, quatre cents appareils de tortures culinaires, cinquante-sept plats à tagine, trente-sept tonneaux de harissa.

Ce que voyant, les Chipos de la terre sortirent de lor abri & à grands cris & coups de banderilles assaillirent les Melones. Saisis de stupeur, ces derniers gémirent tels moutons à l’Aïd el Kebir. Ce que entendant, les Chipos de la mer sortirent de lor abri & à grands cris & coups de harpons transpercèrent jusques à lor viscères les malins ennemis.

Adoncques la bataille des Chipos contre les Melones commença. Les uns frappèrent à coup de chorizos, les autres à coup de merguez. Puis ce fut moules à la castillane contre briways à la marocaine. Hostilités jà lancées, l’on put voir de tote part les lancers de munitions savoureuses; por un camp, ce furent moules farcies, patatas bravas, tortillas, panes con tomate, poulpes à la plancha, jamon con melon, soupions à la madrilène, calmars persillés, manchego con queso, crèmes à la catalane; por l’autre, briwats, merguez, couscous royal, bakhlawas, macrouts, cornes de gazelle, tajines de poulet, pastillas de pigeons, boulettes de viande. Les chefs, largement plus toqués que les autres, allaient & venaient de part tos les marmitons, les encourager en cuisine : « Plus de piments! » ou « Plus de harissa! »selon le label de la contrée.

Nuit jà avancée, un chacun estoit recouvert de mets en tot genre, arrosé d’un mélange chorba-sangria à faire pleurer les plus gourmets de tot bord. Tandis que les combats des chefs & de lor marmitons faisait rage jà de longues heures, le jor pointa à l’horizon. Un chacun put constater l’étendue des dégâts & l’état des ses troupes : les tapas l’avaient emporté sur les tajines en tot genre.

Ce que voyant, quelques uns de barbares s’enfuyèrent à la route par la mer, sans regard darrière soi, comme un chien qui emporte un plumail. Lors Rochibre, voyant son avantage, proposa aux toques ennemies le trou normand. Les autres toques étoilées ne pouvant se convenir de quitter la table en ces conditions boudèrent lor soupe; mes après quelque temps se résolurent à baisser les cuillères & firent quérir le plus toqué des Chipos.

Le nom de Rochibre retentit dans tot le port; cestui homme michelinisé se présenta aux khalifes enrubannés qui lui décalrèrent : «Dès or mais en homage en t ingénuité brutale & la saveur de ton armée , tu ne seras plus appelé Rochibre mais tu deviens Le Cidre! »



A la découverte des villes sensibles

 

Départ

Je suis des villes

Je suis des rues

Je suis des errements

Je suis des histoires dont elles sont emplies

Je suis des histoires dans lesquelles je me reconnais

Je suis une de leurs habitants, de leurs secrets, de leur culture

 

 

1. Avertissement au voyageur

Le voyage que nous vous proposons est un voyage au long cours. Les moyens de transport sont à votre charge; les durées de visite imprécises. Notre agence décline toute responsabilité sur les bouleversements causés par quelconque passage à la frontière, rencontre fortuite ou retard sur votre planning.

Pour préparer votre voyage, inutile de consulter tel ou tel guide de voyages hormis le nôtre, qui vous vous en apercevrez vite n’en est pas tout à fait un. Vous serez votre propre maître à bord. Les villes que vous foulerez ne sont inscrites sur aucune carte géographique. Vous les façonnerez au gré de votre parcours.

Surtout ne prévoyez pas une durée fixe. Chaque voyage, vous le savez bien, est extensible et l’on y en revient jamais vraiment.

Une seule recommandation: laissez-vous emporter.

2. Ville aux mille pages

Ville majuscule où les rêves croisent l’histoire. Les déambulations que l’on peut y faire peuvent déclencher des décalages de l’horloge espace-temps. Attention lors de votre première visite, vous aurez l’impression d’être parti seul, en aucun cas, des compagnons de voyage de votre dimension ne pourront partager vos découvertes, vous serez seul ou presque… N’ayez l’air de rien d’autre qu’un visiteur ordinaire au risque de rompre tout charme…

Toute grande ville connaît son lot de changements et de révolutions. Pour vous en rendre compte, entrez dans un grand magasin, un des grands boulevards. Pendant cette visite, soyez vigilant, personne ne doit s’apercevoir de votre enquête sociologique, pour les personnes qui vous accompagnent, vous n’êtes pas censé regarder l’envers du décor… vous êtes, rappelez-vous un voyageur privilégié et discret. Faites mine de vous occuper du décor puis vous serez indubitablement aspiré par son envers. Vous y verrez une fourmilière de vendeurs ou vendeuses s’affairer, le regard triste, vous apercevrez un contremaître posté dans un recoin pour prendre au piège une ouvrière trop farouche. Ne faites surtout pas de scandale, la pauvre dame risquerait sa place. D’ailleurs ce contremaître, vous le retrouverez plus tard lors de prochaines visites dans cette ville; lui ou d’autres membres de sa nombreuse famille vous serviront aussi de guides dans d’autres quartiers, dans les bistrots, dans certains ateliers d’artistes. Retenez donc bien ce visage, il vous sera bientôt familier.

Il est de bon ton à présent de vous rendre au musée, pourquoi pas un des plus grands qui soient. Les cadres devant lesquels beaucoup se pressent, vous les reconnaîtrez mais vous passerez votre chemin, une autre expérience vous occupe l’esprit. Vous arpentez les allées, vous gravissez les escaliers. Malgré vos tours et détours, vous ne vous perdez pas, vous semblez connaître ces lieux. Vous ne vous sentez pas seul non plus, bien-sûr, la dame au sourire légendaire est là, vos compagnons de route sont là, mais une présence vous hante. Autour de la Victoire sans bras, vous croyez voir une forme noire. Dans le reflet d’une des nombreuses vitrines, vous avez vu deux grands yeux noirs qui vous observaient, le garde bien sûr semble l’ignorer. Ne craignez rien, cette figure vaporeuse est le guide que nous avons spécialement choisi pour vous livrer les secrets de tous ces trésors de l’humanité.

Bon, tout le monde connaît votre passion pour les théâtres, tout petit déjà vous avez vous-même peut-être foulé les planches d’un théâtre majestueux, mais pas celui-ci. Ici, c’est le théâtre des idoles de votre enfance. Vous venez le visiter, d’abord le hall avec les hordes d’aristocrates qui se pressent dans leur robe à crinolines. Ça sonne, vous êtes en retard. On vous mène à la salle,dans une loge, on vous explique, vous vous penchez parce que l’endroit est tout petit et vous êtes curieux, bien sûr les baignoires, bien sûr les fauteuils rouges, et ce plafond, merveille de mise en abîme d’un peintre que vous retrouverez sous d’autre cieux, mais regardez plutôt là-haut, non tout là-haut, à l’opposé du regard des autres. Oui, là on voit le poulailler, les coursives, les cintres, une forme furtive échappe au regard de tous; non ce n’est pas celle du musée, celle-là est nocive, on prétend que c’est un fantôme, elle en veut à des gens comme vous. Si vous vous aventurez seul dans une loge et qu’elle vous voit, vous serez fait comme un rat.

Le parvis de Notre-Dame abrite un parterre de va-nu-pieds, prenez garde en vous y aventurant ils vous prennent l’âme en vous mitraillant avec leur appareil vole-souvenir. Une fois parvenu aux pieds de l’église, votre esprit ne sera pas libéré pour autant, une force mystérieuse attirera vos yeux vers les cloches. Sitôt votre regard capturé, vos oreilles entendront un cri sourd, un frisson de malaise vous parcourra, vous sentirez l’odeur du feu provenir d’un invisible bûcher et vous n’aurez qu’une idée, courir le délivrer… lui, dont personne, ici, ne se soucie, mise à part vous, lui, dont vous ne savez rien, lui dont vous pressentez seulement la détresse, une détresse ancestrale que rien ne pourra sans doute apaiser, même pas vous. Vous serez alors pris par un sortilège qui mènera vos pas au sommet de la cathédrale pour contempler tel un sonneur de cloche l’étendue du royaume de la ville aux mille personnages.

Vous retournerez plus tard dans cette ville au détour de quelques pages. A présent vous saurez mener votre oeil aguerri, guider vos pas. Vous reviendrez, sur cette île où d’autres voisins du sonneur de cloches connaissent d’autres funestes sorts; à travers une autre Oeuvre, vous participerez à d’autres révolutions humaines le long des Avenues ou encore vous gravirez sur la butte au détour d’Une page d’amour.

3. Ville papillon

Les voyages forment la jeunesse, il est temps pour vous de vivre cet adage. Le mieux pour vous est de vous rendre dans un endroit avec d’autres repères: une autre langue, une autre activité, un autre confort. Ne réfléchissez pas, c’est une occasion en or. Vous croyez à cet instant ouvrir une autre page, la ville que nous vous proposons est celle de la petite orpheline qui a dû quitter ses alpages pour se rendre à la grande ville et retrouver sa tutrice. Vous croiserez, n’ayez crainte, cette petite ça et là au détour d’une rue. On sait aussi que c’est argument de poids pour vous, petit insouciant. Les voyages forment la jeunesse, il est plus que temps de faire vos bagages.

Le trajet se fera de nuit, douze heures, vous n’êtes encore jamais parti si seul et si démuni, vous ne le savez pas encore mais vous avez des ressources. Votre attitude à l’arrivée sera déterminante pour la suite du périple. Nous vous avons concocté une entrée comme vous aimez les lire : des allées et venues, des quiproquos, des retrouvailles inattendues et une belle rencontre… Et tout ça en une seule journée.

La suite ne sera pas triste non plus. Au menu des découvertes, vous vous proposons de vivre la vie d’un travailleur, d’un qui se lève tôt, très tôt, et ce, avec le forfait complet: réveil à cinq heures, une heure de trajet en tram et en métro, trois heures de marche quotidienne. Sur votre trajet, vous aurez droit à des rencontres dangereuses, comme des chiens qui en voudront à votre chariot jaune, ou plus inattendues: un écureuil, un trachéotomisé qu’il vous faudra comprendre (n’oubliez qu’il ne parle pas français), un aveugle qui lit son courrier… Vous pourrez à loisir étudier ce milieu du travail qui ne vous est pas familier, on le sait: la hiérarchie des taches, la discrimination raciale qui est ici encore plus forte que dans votre pays, les camaraderies syndicales… Tout ça ne fait pas très envie, on vous le concède mais ces désagréments, vous les ignorerez. Vous ne retiendrez, vous, que le fait d’avoir vécu dans la peau d’un livreur de bonnes nouvelles pendant trois mois, les sourires des collègues, les flâneries pendant votre tournée. Votre insouciance sera toujours votre meilleure arme, vous en êtes déjà conscient.

Non, ce n’est pas fini, le plus dur et le plus formateur reste à venir… C’est bien gentil, le jeu de rôle de « vis ma vie de travailleur » mais le véritable enjeu de ce voyage est de vous avoir enlevé des vôtres, livré à vous-même. Vous n’aviez pas pensé avant à tout ce que cela impliquait. Vous le verrez dès le premier jour: il faudra se nourrir, se blanchir… et vous réaliserez vite que vous n’aviez jamais tenté cette expérience! Après quelques gargouillis de ventre les premières nuits, votre instinct oriental reprendra le dessus et vous ferez face à tout ça.

Après quelques semaines, vous prendrez le goût de cette liberté, cette émancipation. Et même vous en redemanderez. Vous reviendrez dans cette ville qui vous a fait rompre votre chrysalide.

4. Ville exil

Nouveau départ, un aller et le retour, cette fois, n’est pas assuré. Ça y est, vous avez trouvé le métier qui vous convient, et pour vous féliciter, nous vous envoyons à l’autre extrémité du pays. Autre expérience: autre région, autres repères, autre culture. Vous connaissez la suite.

Les préparatifs seront encore une fois pleins d’imprévus et de joyeuses coïncidences. Sitôt installé dans votre lieu d’habitation, nous romprons le contact avec les vôtres, pas de réseau pour vous, il faudra vous débrouiller de nouveau tout seul. Le pays manquera à sa réputation et vous accueillera sous le plus radieux des soleils. Profitez-en, il ne brillera plus jamais autant, c’est un cadeau spécial pour vous, sachez l’apprécier.

Il vous faut à présent rencontrer les autochtones qui semblent si différents de vous, votre sourire sera votre carte de visite, vous saurez vous faire adopter lentement mais sûrement. Leur langue vous étonne, les plus renfrognés sauront faire des efforts pour se faire comprendre, ils verront que vous n’êtes pas du coin et vous apprendrez avec eux le sens du mot « accueil » qui semblera après réflexion être étranger à beaucoup de vos compatriotes.

Le paysage semblera plat, très plat pour vos yeux pleins de calanques, peu vous importera, vous déciderez de visiter les moindres recoins avec un regard neuf sur les choses. On vous fournit des lunettes « enthousiasmantes »: les Grands Places vous paraîtront sorties des musées flamands, vous comprendrez enfin la merveilleuse Oeuvre au noir de Yourcenar, les forêts vous rappelleront des contes mystérieux et même les murs de briques rouges à la Rosetta garderont à vos yeux un charme pittoresque. Ne criez pas trop fort votre émerveillement, il pourra sembler louche aux gens du coin un peu honteux de leur extérieur; ils préféreront vous faire goûter les boissons et gourmandises de leur coin.

Bon voilà, le voyage est enrichissant, les gens que vous côtoierez sont riches, vous saurez que vous ne vous êtes pas trompé de voie professionnelle. Il vous reste à faire l’expérience du déracinement, et avec des gens qui, comme vous, se sentent bien partout, c’est difficile. On vous a mis dans une petite ville et vous pour rebondir, vous faites des escapades multiples dans la capitale régionale; on croyait vous envoyer dans un endroit dévasté d’un point de vue culturel, vous trouvez le seul théâtre de la région avec des spectacles à votre goût. Bien sûr vous retournez fréquemment à l’endroit que vous appelez désormais chez vous. Vous vous rendez aux lieux dont vous avez besoin, vous les regardez différemment à présent.

Vous savez maintenant ce dont vous avez besoin. Ça y est, vous êtes prêt à rentrer chez vous. Le voyage s’arrête, non pas tout fait, ce sera comme un nouveau départ car vous êtes empli de tout votre périple et vous savez que vous pourrez un jour refaire un voyage. Vous êtes non pas de votre ville mais vous êtes des villes.

 

 

Arrivée

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Chacune de mes villes raconte ce que je suis devenue

Chacune de mes villes raconte ce que je me rêve d’être



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