Rebellion

Rebellion, d’une sève qui monte, une fois le pagne mis.

Indienne incolonisable face aux festins des vautours, face aux danses d’orgueil des chochers, des tours, et autres miradors un à un plantés dans la logomachie du décor, et dans le paysage mental. Tout bois, de toutes lois, faire feu, une fois. Rompre la position du modèle, fissurer le socle, la statue, éclater le pacte de l’infatué.

Je viens scander mes postures sensibles, rouler mes torrents de miel, toutes épices.

Déchainer la muse, et une houle de flots pour porter mes fleuves de douceur, mes lacs fertiles… les sources…

Moi, la petite goutte de sable enroulée, enrouée entre leurs plans et leurs pensées.



Midi est quatorze heures

Tu es assis, face à la pluie, et sous les fleurs, tes jambes en tailleurs.

Tu pourrais vaquer entre les pierres antiques d’un des jardins du centre.

Mais tu sais qu’il vaut mieux te poser, pour tes jambes laisser couler tes pieds.

D’ailleurs. Ce n’est pas la pluie qui est en face de toi, mais bien une fontaine, une simple fontaine, un mécanisme fort compliqué. Mais tu oublies les mécanismes, les hommes et les forts, ceux qui se creusent la tête à en faire des puits. toi tu flottes, tu te répands, sur le décor. Une huile, une flaque. Le remous te mène, les pertubations te balancent, tu y prends forme.

Tes mots mitraillaient le réel, les gouttes tombent en rafales. Profondeurs inacessibles. Faire des cercles concentriques à sa surface. Parfois deux cercles se percutent et creusent, un peu.

Choses savonneuses, observations futiles.

Tu as posé là tes mots, à tes côtés, ta boite à bulle.

La brume s’étend encore, les paroles se font rumeurs, les hommes sont redevenus des animaux. Tu es surpris de les voir s’approcher si près. Peut être pour la source.

Tu n’es plus qu’un morceau de brume qui joue à l’étologue.

Tu te vaporise un peu plus loin.

Des pensées. Tu t’étales



texte 2 atelier expérimental animé par Danièle (29/10/07) : laissez venir un personnage et décrivez-le

Il n’allait jamais seul, il avait toujours cette petite fille à la main, la tenant fermement, agrippant presque la menotte de la blondinette comme s’il craignait qu’elle ne s’égare, ne se perde parmi les dédales d’une foule, entre ses piliers. Il devait pourtant y avoir des moments où ils se séparaient, mais je ne le croisai que la main refermée comme un cadenas sur les doigts potelés de l’ange dont je ne parvenais pas à fixer les traits dans ma mémoire – présence pour moi évanescente, prête à s’effilocher sous mes yeux, et qui pourtant semblait le lester, lui, comme l’ancre la plus lourde.

Poucette et le Roi Crapaud : du jour où j’identifiai le tableau, maintes fois contemplé dans mon livre d’images, que la paire – comme on dit d’une paire de boeufs à l’attelage – m’évoquait, il me devint impossible de voir autre chose de cet homme que ses deux pattes maigres et clairement arquées, aux rotules prêtes à se dégager de leur gangue, aux cuisses à peine suffisantes à apaiser la faim d’une enfant de dix ans, eût-il été servi replié et rôti au milieu de pommes de terre au beurre ; autre chose que son ventre surgissant à notre rencontre comme le dos d’un matou souhaitant être flatté – ce ventre qu’il m’eût été douloureux de porter moi-même, tant il paraissait tendu à la manière d’une vésicule, prêt à crever en libérant dans un soupir de soulagement sa lymphe jaune pâle.

Bien sûr, il portait de quelconque tennis, ou de vagues souliers de cuir avachi ! Mais à cause de l’image, indélogeable, du Roi Crapaud, que pourtant, ô combien, je désirais, film plastique, décalcomanie, opercule… détacher de son corps, lorsque je tentais de me souvenir de ses chaussures afin de préciser ma description, je le voyais affublé de ces longues savates que portaient les Fous au Moyen-Age, à la pointe terminée d’un grelot. Verts, les souliers à la poulaine, d’un vert cru de pousse neuve, cela va de soi.

Ses bras étaient à l’avenant : le gauche, qui retenait la fillette comme une laisse, était-il à peine moins décharné que le droit ? Les deux auraient pu s’ouvrir pour embrasser l’horizon de la mare de l’illustration dans mon livre d’images, le crapaud quittant d’un bond son nénuphar. Alors, de même, que ses manches fussent grises, brunes ou noires – couleurs favorisées par notre époque – je ne pouvais le retenir dans le sablier de ma mémoire que paré du vert le plus éclatant, ou de blanc sur le ventre et de vert pustuleux sur le dos.

Misère des associations mentales, des images de livres qui s’imposent et vous embouteillent la perception : impossible de me dégager du souvenir lointain du Roi Crapaud vêtu de sa redingote, impossible également de me souvenir des vraies couleurs de grenouilles et crapauds pourtant abondamment manipulés dans l’enfance, impossible enfin, oui, impossible, de distinguer nettement les traits de mon bonhomme !



texte 1 atelier expérimental animé par Danièle (29/10/07) : imaginer le visage de l’homme apparaissant dans l’incipit de Cherokee de J. ECHENOZ

En dépit d’une vague allure de veau tendre au regard confiant, ses sourcils empêchaient le bovin d’émerger complètement : ils lui coupaient le visage en deux, détachant nettement deux blocs, au point que l’ensemble évoquât quelque tableau abstrait. On aurait voulu dévisager cet homme avec l’intention fermement arrêtée de reconnaître sur ses traits une émotion, même contenue, qu’on serait resté bredouille : fascinant le regard, la barre broussailleuse interdisait d’arracher au faciès la moindre conclusion.



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