Sons, le soir,

Ecriture collective (pour Corine Robet, avec Nicole Court) :

Ronronnement électrique
Mur d’en face
Le chat assis
Sur mon lit
Réveil subit.

Bruit de pas – en-dessus de moi
Froissement de draps – ton corps à toi
Feulement de chat – mais qu’est-ce qu’il a ?
Vagues de voix – tout en bas.

Etre aux aguets, le regret
De ce rêve perdu à jamais
Le poids qui tombe
Etre une ombre

Assaillie, entamée, rongée
Décomposition anticipée
Morte parmi les vivants

L’eau dans les tuyaux
La radio, France-Info
Le frigo
Pas que des mots

Somnifères
Une volonté de fer.



Ecrire tue

http://podame.unblog.fr/files/2008/03/mtalepseandcie.pdf



Invitation au voyage

Atelier expérimental Invitation au voyage 12//11/2007 Nicole Court

Prétexte :
Marseille , le lieu réel , le port tel qu’il est et tel que deux poètes l’ont évoqué (Francis Ponge et Louis Brauquier)
La notion de voyage : propositions de définition (Littré), la notion de voyage imaginaire et métaphorique.

Première proposition , bref temps d’écriture :
Donnez votre propre définition du Voyage.

Pour rêver au voyage
Lecture d’extraits de guides de voyages ( guides de voyages réels ou imaginaire)
ABATON :
Du grec” a “, privatif et Baino” je vais”.Ville à localisation variable.personne ne l’a jamais atteinte.Les voyageurs en route pour Abaton errent pendant des années sans jamais réussir à jter le moindre coup d’oeil sur la cité . un petit nombre cependant a eu la chance de la voir s’élever légèrement au-dessus de l’horizon, au crépuscule . Inexplicablement cette vision leur a causé soit une grande joie ssoit une douleur immense.L’intérieur d’Abaton n’a jamais été décrit. Les murs et les tours seraient soit bleu pâle ou blanc soit rouge feu . Sir Thomas Bulfinch qui a aperçu les contours de la ville entre Glasgow et Troon prétend que ses murs sont jaunâtres et qu’une musique qui resssemble à du clavecin s’échappe de l’intérieur de ses portes.Mais rien n’est moins sûr.
ARGIA:
Ville complètement enterrée où la terre remplace l’air . Certains pensent que les habitants parviennent à se déplacer en élargissant les galeries creusées par les vers ou les fissures par où les racines s’insinuent. En fait, l’humidité qui défait les corps ne laisse que peu de force aux habitants qui restent allongés , immobiles dans le noir.
De la surface, on ne voit rien, mais certains voyageurs ont localisé Argia en collant l’oreille contre le sol.En effet, il arrive qu’on entende battre une porte.
LES CITES OBSCURES
Peut-être n’est-il rien de plus paradoxal que de consigner des rensignements pratiques pour un Continent aussi difficile à atteindre que celui des cités obscures. Le problème du Passage se pose en effet d’une manière préoccupante, puisque seuls quelques points de contact sont attestés et qu’ils semblent pour la plupart bien difficiles à utiliser.
(…)
On peut toutefois se réjouir du fait que le tourisme , au sens où nous l’entendons chez nous , n’ait pas touché le monde des Cités obscures : l’heureux voyageur qui atteindra le Continent bénéficiera de conditions de séjour particulièrement agréable

ILE DU NORD
Tournée vers le Groenland , à quelques encablures du cercle polaire et tout juste reliée au reste de l’île par un isthme étroit , la péninsule du Nord-Ouest est la région la plus sauvage et la plus inhospitalière d’Islande . Le visiteur devra faire face à d’innombrables obsctacles : un climat rigoureux , une infrastcruture défectueuse , la plus mauvaise du pays , que la précarité des transports publics ne fait qu’aggraver. Pourtant, nul ne peut résister à l’envoûtement de cette grandiose nature du bout du monde.
FILLES DU VENT
Si l’on en croit la légende ces îles sont les filles d’Eole le Dieu des vents. Elles appartenaient à un continent disparu dont ne subsistent que les sommets émergeant d’une eau limpide dans un décor de dépliant publicitaire . Laissons aux spécialistes l’étude de la géologie de ces terres mystérieuses englouties il y un million d’années, pour ne retenir que quelques images : des fonds marins de près d’un kilomètre , des îlots inhabités , des rochers isolés , de véritables obélisques se dressant au milieu des flots , un chaos originel fait de cratères béants , de coulées de lave et d’aiguilles de basalte. Au milieu sept îles, pareilles à des jardins posés sur l’eau, et où la douceur de vivre contraste avec le caractère tragique des éléments qui constituent leur décor. Leurs noms se récitent comme des litanies : Lipari, Vulcano et Salina , les plus importantes. A l’ouest , Filicudi et Alicudi; au nord-ouest, Panaréa et Stromboli, la plus célèbre et la plus spectaculaire.
ABATON:
Sir THomas Bulfinch my Heart’s in the Highlands Edimbourg Edimbourgh 1892
Guide de nulle part et d’ailleurs à l’usage du voyageur intrépide en maints lieux imaginaires de la littérature universelle. Editions du Fanal
ARGIA:
I. Calvino Les villes invisibles 1972
LES CITES OBSCURES
Le guide des Cités Schuiten et Peters Casterman p.48 1996
ISLANDE
Grand guide de l’Islande p245 Bibliothèque du voyageur Gallimard
FILLES DU VENT
Sicile guide Marcus p 54

Deuxième proposition Choisissez une des destinations proposées par les guides de voyage et justifiez votre choix.

Le support des prochains écrits est une feuille de papier de couleur , des cases ont été réservées à l’écriture

Pour se préparer au voyage
Troisième proposition : Avant de vous en aller, vous confiez ce qui vous importe. Vous faites l’inventaire de ce que vous léguez et à qui

Quatrième proposition : Vous faites vos bagages , petit sac , énorme malle , qu’y mettrez-vous ? Vous faites la liste de ce que vous emportez.

Pour choisir sa destination
Cinquième proposition : Vous nommez tous les lieux réels et imaginaires où vous aimeriez aller un jour

La feuille de couleur fait l’objet d’un pliage qui la transforme en bateau et qui laisse apparaître les inventaires.

E la nave va
Ultime proposition
Vous êtes ce bateau – en bois , en tôle, à voile , à moteur…

Vous êtes cette coquille de noix , ce bateau de pêche, ce transatlantique…

Vous êtes ce bateau qui avez suscité , porté , importé , exporté les rêves , les désirs , les espoirs , les désespoirs… de passagers , de marins , de capitaines …

Vous êtes ce bateau à bord duquel ont voyagé des enfants , des vieillards , des adultes , des passagers légitimes , clandestins , en vacances , en souffrance , en exil…

Vous êtes ce bateau qui avez affronté tempêtes , mer d”huile , qui avez connu ports de plaisance , de commerce , haltes touristiques , haltes mécaniques , repos bienvenu ou incongru…

Vous êtes ce bateau né des rêves d’un homme , conçu à partir des plans et des dessins d’autres hommes , réalisé pièce après pièce sur un chantier par des mains expertes..
Vous portez un nom , vous êtes riche de vies, d’histoires

Vous avez la parole



Nouvelle

Il s’éveilla brusquement, tiré hors de lui-même par une sensation de frôlement impossible. Il s’assit sur le lit, ses pieds tâtonnant à la recherche des savates usées qu’il avait ressorties. Il n’en trouva qu’une et se traîna en vague déséquilibre jusqu’à la salle de bains. Le néon brutal lui fit cligner des yeux. Il laissa couler l’eau. Il avait envie de bruit. Il se saisit de la bombe de mousse à raser, étala la mousse sur son menton puis sur tout son visage et regarda dans la glace ce père Noël pitoyable qui lui faisait face. Il se rasa méticuleusement . L’atomiseur d’eau de toilette gisait sur la tablette métallique. Il le remit d’aplomb, effleurant le flacon. Il enfila un peignoir et de dirigea vers la cuisine.
Le bol vide trônait sur la table. La cafetière en verre à côté. Ça sentait le café. Il posa les deux mains sur les parois qui enfermaient le noir breuvage. C’était chaud. Il resta ainsi les paumes scotchées au récipient. Presque une brûlure . Il sursauta quand les tartines bondirent hors du grille-pain. L’une d’entre elles avait pris une teinte brune et sombre. Elle s’émietta dès qu’il la toucha. Il se mit à jouer avec les miettes. La mie roidie lui picotait le bout des doigts. Ça chatouillait presque. La gelée de groseille résista à sa cuillère , elle formait un agglomérat – caillot tremblotant qu’il ne parvenait pas à étaler . Le sucrier était presque vide , un petit cœur émergeait à peine d’un tas poudreux terriblement blanc. Il plongea l’index dans le réceptacle , y marqua consciencieusement son empreinte. Il fixa longuement cette part de lui- garante de son identité et l’approcha de son nez jusqu’à en loucher . Il porta ce doigt granuleux à ses lèvres soudées, le promena sur sa bouche. Ça collait. Il le lécha soigneusement . Le goût du lundi. Elle est partie un lundi.



Dans les limbes

Dans les limbes j’ai rencontré
L’émotion du jour d’avant
L’envie du désir étoilé
Le court espace de l’instant

Dans les limbes j’ai rencontré
Celles qui furent avant moi
Traces discrètes en allées
Pour moi toujours source d’émoi

Dans les limbes j’ai rencontré
Tous ceux qui hantent mon esprit
Fidèles fantômes aimés
Ingrédients pour manuscrits

Dans les limbes j’ai rencontré
Des personnages des visages
Mondes désirés et rêvés
Tout prêts à surgir sur la page



Cicatrices

Marc ôte lentement ses gants en agneau noir doublés de soie. Un par un il extrait ses doigts de la fine pellicule qui les protégeait jusqu’alors. Il ôte son pardessus de cachemire qu’il abandonne négligemment sur un fauteuil prédestiné à cette fonction. Il se rend à la salle de bains. Il ouvre le robinet et laisse couler l’eau quelques instants en quête de la température idéale. Il fait glisser quelques gouttes d’un savon doux, parfumé et liquide sur ses paumes et les frotte doucement l’une contre l’autre. Une serviette tendre les reçoit. Marc est déjà dans son bureau. Les mains à plat sur un sous-main en vachette zinzoline, il en effleure la surface, en apprécie le grain. Vous l’aurez compris Marc aime la peau. D’ailleurs la peau c’est son fond de commerce. Il ouvre un tiroir et saisit d’un geste sûr et précis un cahier recouvert de cuir sombre. Il le feuillette et s’arrête sur la première page vierge qui s’offre à lui .
350 : Chair terriblement tuméfiée.Sujet âgé . Réfection difficile.A surveiller.
351: Couture impeccable: 30 x 2 mm. Effacement progressif certain.
352 : Intervention délicate, cicatrice ancienne bien laide. Patiente exigeante, pratique le naturisme .
L’épais cahier contient des dizaines de pages où s’alignent de petits paragraphes tous sur le même modèle : un numéro, quelques lignes. Toutes les interventions réalisées par Marc y figure. Chaque soir, il complète la collection. Car Marc est un artiste, un esthète, un poète de la peau. Il traque la trace disgracieuse et s’applique à la faire disparaître. Des corps qu’on lui confie il ne connaît que des bribes. Celles et ceux qui viennent le trouver se réduisent pou lui à quelques centimètres carrés.
Il a maintenant un album en marocain fauve entre les mains. Y figurent les photos de toutes ses oeuvres. Il s’attarde sur certains clichés. Il regarde souvent la page cinquante six .Ce soir encore. Un bas ventre défiguré par une bousouflure légèrement violacée. Une opération de l’appendicite qui a mal tourné. La plaie s’est rouverte, un fil ne s’était pas résorbé. On a dû intervenir à vif , l’infection menaçait. La cicatrisation a été lente. .Les agrafes se voient encore après toutes ces années. Au lieu d’un discrète couture, une grossière reprise. Une plaie d’enfance. Il était certain de pouvoir rendre à ce corps féminin assez gracieux une intégrité presque parfaite. Elle n’a pas voulu, elle s’était habituée à sentir sous ses doigts ce fin relief. Ca ne la dérangeait pas de garder sur sa peau halée ce trait inéluctablement blanc. Il avait évoqué le vieillissement certain de la chair, l’affaissement des tissus qui, à terme, rendrait encore plus voyant le bourrelet principal et les petits excroissances qui l’accompagnaient. Lui avait proposé de réfléchir, lui avait montré quelques clichés de ses réalisations. Ceux qui précisément avaient toujours suffi à emporter l’adhésion , même des plus récalcitrants. Il y a quelques années encore, il aurait utilisé un féminin mais la clientèle a changé. Beaucoup d’hommes ces derniers temps. Elle était revenue pour lui annoncer sa décision. Elle renonçait. Elle l’avait remercié, s’était excusé. Il avait tenté un dernier argument. Lui avait mis sous les yeux une image de son flanc droit tel qu’il serait après. Il maniait bien Photoshop. Une peau au grain fin, un modelé parfait, une invitation à la caresse. Il avait opté pour le noir et blanc plus artistique. Du beau travail. Il l’avait senti troublée. Elle était restée quelques instants à contempler ce morceau de chair photogénique, cette partie d’elle qui n’était pas elle. Elle avait fait non de la tête. Il l’avait racompagnée .Il referma le précieux reliquaire. C’était son seul échec. Un résidu cicatriciel en termes cliniques. A chacun sa blessure.



Ariane

Ariane l’attend . Epuisée , harasée , elle est allongée à même le sol brut et dur . Elle n’en peut plus . elle erre depuis si longtemps en elle-même à la recherche de ce qui pourrait enfin la libérer . chaque plongée en ses pensées ouvre de nouveaux abîmes sans fin ni fond . Ses longs cheveux dénoués deviennent des tentacules qui la retiennent et l’emprisonnent . Elle coule à pic dans l’enfance et s’y noie .Les algues verdâtres de la mémoire lui collent au coeur et au corps . Elle souffre avec délices. Les souvenirs lui sont torture et nourriture . Leur saveur lui échappe , ils se dispersent soudain , insipides. Elle s’éveille en sueur, la peau moite et salée. Le rivage s’éloigne . NOIR Ariane caresse la paroi . Enfermée , muselée. Ses lèvres sont sèches des mots qui se refusent . Ceux-là mêmes qui s’écrivent tous seuls les nuits d’insomnie. Ceux qui insatiables bavards parlent en elle et la condamnent au silence. Ceux qui emplissent sa bouche , lourds comme des cailloux polis par l’obsession. Ceux qu’elle vomit parfois avec la violence d’un viol . Les mots comme des murs. NOIR Ariane refuse son destin ; “Vous qui mourûtes aux bords où voius fûtes laissée”. Elle ne veut pas accomplir ce que l’on a écrit pour elle. Son fil est le sien. Il y a de la folie en elle . elle la redoute . Elle sait sa faiblesse fascinée pour le néant , ses désirs fulgurants, ses excès impétueux . Elle pose ses mains sur ses cuisses , sur son ventre , sur son sexe , se souvient d’avoir enfanté , sans douleur. Les fantômes sont là , ils la guettent , ils se préparent à danser en elle , à s’installer en elle , repus et victorieux tandis que , défaite à nouveau , elle s’abandonnera .Non. Elle bande ses muscles. Ariane est debout. Elle avance. elle ne fera pas comme Orphée. Le passé , c’est la mort. Il y a beaucoup de morts en elle . Trop. Chaque pas compte . NOIR Ariane est lourde du poids des autres. Elle a l’air si solide qu’on peut se faire léger auprès d’elle . Comme une éponge Ariane absorbe tout.Elle est grosse des confidences , des espoirs , des envies , des dégoûts ,des douleurs , des plaisirs..Ariane n’a jamais su dire non . Alors elle prend tout . Son corps fonctionne au ralenti ,ses organes sont saturés .La boule au ventre est là , tenace . NOIR Ariane l’ a attendu . Elle a cru à sa venue .C’est qu’elle a lu tellement d’ histoires … NOIR Ariane a peur du noir et pourtant elle ne peut trouver le sommeil que dans une obscurité de ténèbres tendue.



Voyage en Islande, juillet 1990

Voyage-désir
Envie de feu et de glace
Amour des îles

Soleil sans sommeil
O chapeau blanc du glacier
Paysages sans semblables

Landes désertes
Avec pour unique peuple
Des moutons laineux

Gerbe aléatoire
Des entrailles brûlantes
Jaillit le geyser

Rocs d’or et de pourpre
Et âpreté de la lave
D’un monde sans homme

Ballet des icebergs
Sucette de glace volée
Goût d’éternité

Vol d’oiseaux tout blancs
Sur les grèves toutes noires
Où veille le phare rouge

Des forêts naines
Pour de laids trolls de légendes
Hôtes de maisons herbeuses

Impression d’origine
Etre le premier à voir
La terre accoucher



La grenouille

La grenouille appartient à la famille des batraciens ce qui lui confère de fort lointaines origines. Hôte des mares et des marais elle achève parfois sa vie sur les tables de dissection des salles de science. Triste fin . Nommer son cri est une épreuve lexicale car on l’entend soit coâsser soit croâsser quand tombe le soir en été. Moins emblématique de la laideur que son compère le crapaud , elle reste associée à un sentiment de répulsion due en partie au caractère visqueux, verdâtre et froid de sa peau. Sa morphologie est un savant mélange d’élasticité et de tonicité qui force l’admiration mais ses yeux globuleux sans cesse en mouvement suscitent le dégoût . Son destin littéraire a été définitivement scellé car jamais elle n’atteindra la taille d’un boeuf. Amphibie et ambiguë, elle offre à nos palais français ses cuisses -ni chair ni poisson.
Nicole



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