Ephémère

Ultime, multiples.

Multiples harmoniques, une station de gestes irisés, la croisée. Bientôt ingérés par la machine.

Gestation et vols, tiré en plein, à coup sûr.

Ultime jour, premières heures.

Carrefour, centre urbain, klaxons et gaz, les gens attendent, devant lui.

Feu piéton vert, des dizaines de vies. Traversée. Feu piétons rouge. Attendre à nouveau. Une vraie foire aux saisons.

Sortir de ce mur, de ce mutisme, licence licencié, partir zoner, tout un jour. Le dernier.

Convergence du temps en un point, feu, temps de sortir.

Il s’extirpe, s’arrache, membre après membre, doigt après doigt, ses premiers gestes de mutation : articuler l’inertie millénaire des pierres, celles qui l’ont porté.

Délivrance décoffrage, de l’air, des couleurs oxygénées.

L’homme autorisé, se dépoussière, souffle débarrasse ses manches des pollutions de l’immobile, salpêtre et autres moisissures.

Il aurait pu jaillir comme un ressort, expulsé par la pression, comme s’il n’avait attendu que ça, courir se jeter, dévorer les boulevards, les grands les petits, les femmes, les grandes, les petites, des yeux des pieds, fouler, les boutiques, les bars, les alcools, les jeux, courir, se jeter, sur. Il aurait pu mourir avant la fin.

Mais il avait pris son temps, celui qu’il n’avait pas, comme s’il avait toujours été là, adossé au mur, époussetant tranquillement ses épaules et ses manches, nimbé de certitudes, comme une auréole de sérénité. Et il s’était mis en marche.

Il avait vu tant de gens s’impatienter, les feux, le passage. Il finissait par connaître l’humanité, ces instants perdus, trépignés, les humains entre deux postures, deux attentes, deux faire, entre deux feux, eux qui n’en trimbalait plus beaucoup, qui n’aurait même plus fait plus la guerre pour lui.

Pendant toutes ces années, ils lui avaient transmis le port du corps, la dissimulation de l’âme. Il aurait pu leur souffler en échange la couleur des feux. Ces brindilles humaines, sûrement déjà en fumée, toutes bientôt. Avant, après, lui peu lui importait, il ne voulait pas avoir de poussière, cela trahirait son origine des plus vétustes. Et il n’aimait pas trahir.

Pleine ville, vieille europe, comme on dirait vieille canaille, ou vieux canasson. Plus personne pour parier sur elle mais tout le monde pour courir. Il ne connaissait que ça, cet angle de rues, ce carrefour, le monde entier passait ici. Capitale métropole. Cosmopolite.

Maintenant c’était son heure, échappement, l’heure de se lancer, le rideau déjà tombé, un gaz pour lui, l’homme minéral, l’homme échappé, longtemps enfoui sous les empires, face aux mouches, aux hommes et aux crachats, il était en visite en permission. Il partait zoner.

 



Diégénèse

Version de Base

Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.

La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.

Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut.

Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres.

Puis Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.

Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme.

Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez vous, remplissez la terre, et assujettissez la; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.

Le Régisseur

Quand Je l’ai décidé, après avoir émerger d’une sieste qui, à un mouvement d’onde près, faillit être éternelle, j’ai créé les cieux ET la terre.

Je me déplaçait, dégourdissait mes pouvoirs au dessus des eaux. On ne distinguait rien : une couche d’abime sur une couche d’abyme.

J’ai dit : Lumière! … Ca s’est allumé.

J’ai esquissé un petit sourire d’autosatisaction, je commençais à prendre confiance en moi. Et j’ai envoyé l’ombre définitivement se faire pendre de l’autre côté de la lumière.

Quelques jours plus tard, j’ai attrapé ce petit morveux, l’homme, et je lui ai asséné une belle paire de fonctions et de responsabilités vis à vis des autres espèces. J’ai vu la cupidité du pouvoir briller dans l’oeil du minus. Homo sapiens sapiens, j’en rigole encore…Je l’ai béni.

J’aurai mieux fait d’apprendre directement l’écriture aux papyrus, et l’hébreu aux poissons chats.

Sérieux!

L’engagement à peine sifflé, l’Arbitre Le v’la qui s’met à s’affairer dans tous les sens de l’isotropie j’te jure! Y s’met à déballer de la pelouse, à construire un toit.

Avant ça y avait rien, que dalle, à peine un vague terrain vague vague, tu vois le genre, pas un troquet, ouelou, l’âme en rade.

Et pis, y a l’Autre Lampiste qui débarque, tagada tsouin tsouin, il incendie les projos…

L’Arbit, il s’retourne, il dit OK, pis y fait une équipe noire et une équipe blanche…Comme j’te le dit!

Après on perd le contact, Le Mec, il déconnecte, comme si ses fils y viendraient un jour à se toucher. Il déblatére et ciel dans le miroir des histoires de biologie, de faire des multiplications, de souligner le sujet, je sais moi… J’hallucine! L’Arbit il était en train de virer Prof, blabla le cours, blabla la morale, on comprenait plus rien.

Hé tu crois pas que je te fais des mithos?

Soupe primitive

A l’origine c’était l’Esprit qui avait instauré les cieux et la terre.

Alors que l’homme tremblait à se refaire une beauté, à s’arracher un cil par ci, à peaufiner sa partition de cheveux, s’observant tant et plus, au bord de la chute dans l’une de mes flaques, d’un rien, Dieu lui fit une fleur et lui donna toutes sortes de travaux domestiques à effectuer. Une manière de l’occuper face aux abymes, lui éviter de sombrer.

J’avais connu d’autres époques de néant presque pur, y avait-il à grande peine le verbe, et Dieu le nébuleux, qui vaquait au dessus de ma surface en se tournant des pouces informes.

Mais maintenant, y a des saisons mon petit monsieur, c’est l’heure de la révolution physiologique…

Chamoiseau, chamoiselle,

Bien avant le début des temps d’antan, en dehors des mémoires des ancêtres, au delà des plus vastes encyplodies de rides des monts Bois-Rouge, l’Esprit, qui avait enseigné tous les esprits du premier Continent, créa grand ciel et bout de terre.

Avant Lui, la vie ne semblait guère que le ventre mou d’un nuage sans forme ni manman.

Puis il siffla lumière, et celle-ci pucelle impatiente, accourut comme un nègre chien-chien des premières bitations.

D’un tic tac de glaise il façonna notre vaillant esternome et la douce idioménée qu’il leur dit croire à son image.

Et sans perdre plus un ongle de temps il leur sermonna toute une foule de missions, de parades de représentations coupe ruban, et de pouvoirs tyrans sur la brousse et ses zabitants sans autre forme de procés ni mode d’emploi.



L’esprit bat la campagne

Cèdre protecteur, et pluie qui rebrousse

Chemin s’éclaircie

la voie à la rosée

Sur la terrasse de ses dômes

Je vois passer mes saisons et vivre

effeuille mes crépuscules

Roues qui brûlent, chemin qui crève

Me voilà

livré délivré

A la Terre et ses battues

Proue d’ocre des Géants

Pavillons soufflant à l’oreille

les conciliabules des lumières

Le bonheur est lisière

chemin de mousse molle

Comme

pour ne pas bousculer cette fragile petite Ste Victoire

Ton sourire qui écarte

les rideaux du Spectacle

Quelle espérance de vie ont la peau des couleuvres?

Suspens de calcaire

où se niche, se cloche, se déhanche

un pin

au grattoir des grillons

Zénith jazz band à l’affiche

(le Sun Ra Orchestra)

Un temps, vrombit,

Ne décolle toujours pas mes monuments aux morts

Clapotis d’insousciance

le festin fait la planche

et lampe à pleine bouche les nectars du Far Nient



Rebellion

Rebellion, d’une sève qui monte, une fois le pagne mis.

Indienne incolonisable face aux festins des vautours, face aux danses d’orgueil des chochers, des tours, et autres miradors un à un plantés dans la logomachie du décor, et dans le paysage mental. Tout bois, de toutes lois, faire feu, une fois. Rompre la position du modèle, fissurer le socle, la statue, éclater le pacte de l’infatué.

Je viens scander mes postures sensibles, rouler mes torrents de miel, toutes épices.

Déchainer la muse, et une houle de flots pour porter mes fleuves de douceur, mes lacs fertiles… les sources…

Moi, la petite goutte de sable enroulée, enrouée entre leurs plans et leurs pensées.



Midi est quatorze heures

Tu es assis, face à la pluie, et sous les fleurs, tes jambes en tailleurs.

Tu pourrais vaquer entre les pierres antiques d’un des jardins du centre.

Mais tu sais qu’il vaut mieux te poser, pour tes jambes laisser couler tes pieds.

D’ailleurs. Ce n’est pas la pluie qui est en face de toi, mais bien une fontaine, une simple fontaine, un mécanisme fort compliqué. Mais tu oublies les mécanismes, les hommes et les forts, ceux qui se creusent la tête à en faire des puits. toi tu flottes, tu te répands, sur le décor. Une huile, une flaque. Le remous te mène, les pertubations te balancent, tu y prends forme.

Tes mots mitraillaient le réel, les gouttes tombent en rafales. Profondeurs inacessibles. Faire des cercles concentriques à sa surface. Parfois deux cercles se percutent et creusent, un peu.

Choses savonneuses, observations futiles.

Tu as posé là tes mots, à tes côtés, ta boite à bulle.

La brume s’étend encore, les paroles se font rumeurs, les hommes sont redevenus des animaux. Tu es surpris de les voir s’approcher si près. Peut être pour la source.

Tu n’es plus qu’un morceau de brume qui joue à l’étologue.

Tu te vaporise un peu plus loin.

Des pensées. Tu t’étales



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