Byzantin

« Beez ! beez ! » Antin dans sa petite voiture klaxonne à tout va en se tamponnant aux autres, qui lui arrivent dessus de face ou de côté. Virant de droite ou de gauche, on aurait dit un trajectoire chaotique ; – c’eût été mal le connaître. Qu’il avance, recule, ou tourne sur lui-même, ce n’est pas au hasard. Il a un plan, un itinéraire, qu’il suit…mais qui n’est pas écrit. Sa contrainte ? Passer par chaque coin de l’estrade des auto-tamponneuses avant que son tour ne s’arrête. Son plaisir ? Colorier (dans sa tête) des arabesques à la Kandinsky, tracées par sa petite voiture.



Labyrinthe

Enroulée, enserrée, enfermée,
Là où le temps s’arrête
Repliée, égarée, oubliée
Presque effacée
    
                               Et un regard
                                                              Souffle, sifflement
                                                               Frémissement
    
                                                                                         Le début, l’amorce, l’esquisse
                                                                                          D’un mouvement



Ariane C.

Alité, alliant le lit au lunaire, il s’étiole et laisse libertiner ses illusions dans de lubriques lupanars peuplés de libellules languides aux allures de louves.
Leurs ailes altières se lèvent sous vos lèvres salivantes et lutines , elles délaissent leurs lectures pour s’allonger à vos côtés, luxuriantes et lisses.
Dans le grand lupanar traîne une odeur de musc , de linge blanc et de rouges à lèvres violents poudrés d’alchimie fine, d’où renaissent sans cesse de fins plaisirs atrocement délicats, inoubliables, qui rendent sans volonté, sans désir, sans envies autres que d’être ici, dans les crissement voilés des chairs encore enveloppées.
Mais bientôt les corps se glissent hors de leurs gazes hypocrites laissant s’échapper les cascades de chairs sucrées et enfantines, les rires nus, des plis dodus, l’alcool éthére l’atmosphère.
Penché dans la cambrure d’un cou vous vous confiez sans vouloir être entendu, car seuls les mots de ces corps dépouillés ont l’intelligence de l’émoi et la musique de l’enfance.
Laissez-vous porter par le vin du désir toujours ajourné, encore quelques pas en arrière, avant d’y basculer, entier, totalement possédé. A vous, absolument dépossédé…

Ariane est l’une des créatures de la maison, portant l’écheveau à son cou.
Elle seule lit dans les sombres dédales des arrière-salles la puissance animale qui palpite alentour des vestales. Vous fuyez son noir regard d’olive , sa sècheresse aride. Son inquiétude aux aboies, sa respiration aux aguets, cette manière brisée de monter une vaine garde vous fait l’éviter , elle pue l’obscur sang du calice. Et vous, tout à vos délices, mordez la pulpe des fruits parfumés dont les rires éclatent en bulle de verre dans les couloirs du grand lupanar.

Il est déjà tard , vos pas vous mènent auprès du monstre palpitant, à l’union sublime de l’humain et du bestial. Le retour, la sortie, réinstaurer le comme avant n’adviendra plus .
Ariane connaît cette chose. Le désir insatiable parcourt d’abord votre corps, puis commence à bondir dans votre sang, vos veines en fusion se laissent inonder de ce feu . Elle le sait, la pâle fille filiforme aux yeux de nuit.
Elle le sait , sa mère le lui a murmuré autrefois.

Franchissant le seuil infernal du lupanar au grand dédale , elle vous voit passer beaux garçons forts , hommes vieux aux haleines viciées, mâles tordus aux fouets du temps, ici la morsure, à l’âge, est indifférente, toutes pareilles sont vos viandes, d’insolentes marmites qui ne demandent qu’à la flamme de les rougir…Et sans cesse revenir et sans cesse y mourir.

Il y en a pourtant un plus timide que les autres que le plaisir tourmente autant qu’il l’aimante.
Un soir, ou peut-être ailleurs, elle s’attire à lui, il la regarde. Ses yeux chavirés ont pris la couleur d’une chaloupe , elle lui lance la corde qu’elle porte au cou pour le sauver des abysses bleutés où la vie se nécrose, mais le jeune prétentieux ne voit pas le fil ténu que balbutient les lèvres d’Ariane, il aspire les vapeurs des corps odorants, des effluves intimes, du chant entêtant des femmes toutes ouvertes, il sourit dans sa bouche avec le goût qui l’emplit, et jetant à la fille muette et brune un regard de matelot rescapé, tourne ses pieds et la page, c’est décidé, il ne se laissera pas sombrer comme toutes ces épaves, son corps vigoureux est fait pour d’autres plaisirs, d’autres lieux , d’autres femmes dont il sera le désir, elles ouvriront leurs belles bouches pour saisir son âme valeureuse. Les créatures du lupanars sont des papillons de papiers virevoltant dans la lueur des torches, crevant aux rayons du jour. Lui aura des êtres de chair fraîche qu’il façonnera le premier, qu‘il poinçonnera de ses forces viriles.
La femme sombre est de mauvais augure, c’est sûr, le lieu pue la mort plus que la luxure.
Ariane a lâché le cordon léger, elle regarde s’éloigner l’homme grisé de lui-même , qu’elle vient de sauver.
Il l’abandonne, elle restera là où il aurait dû être. Ariane crache sur les dalles. A la lueur des torches un fil de salive luit.



Ariane B.

Ariane a mal au pied, elle a un fil à la patte de son destin et ça lui noue les intestins.

Devant les grilles du zoo elle attend tous les jours patiemment qu’un homme qui passe remarque sur son visage les traces laissées par le hasard. Elle espère que parmi tous ceux qui passent il y en ait un qui lui prenne la main et lui dise « Viens, allons sentir l’odeur des bêtes, à l’intérieur ».
Alors il lui tendrait la sienne de main et elle glisserait délicatement dans cette paume inconnue ce paquet de fil comme un cocon de brume.

ZOO, c’est écrit en grosses lettres book antiqua et entouré d’illustrations, des lions aux crinières effervescentes qui rugissent éternellement en d’une crampe terrible, tandis que sous leurs pattes, glauques et perfides, guettent des crocodiles à l’œil torride qui vous invitent à d’étranges plaisirs charnels. Un taureau sauvage écume sans raison laissant courir ses yeux dans un lointain infini, comme un acteur posant pour une photographie blanche et noire. Son poitrail est encore tout vibrant d’un combat victorieux et sa langue rouge pendant aux rivages de sa gueule liquide évoque inévitablement à Ariane un sanglant présentoir de boucherie.

Entourée de tant de bestialité, elle finit par avoir en elle un désir fou qui l’humidifie.
Un violent amalgame de désir de chair , de compassion idiote et vibrante, de sauvagerie puissante la saisit toujours aux alentours de 11h, quand les employés du ZOO qui nourrissent les animaux sortent tout emplis d’odeurs fauves, rancies par l’internement mêlées aux aromes de sang tourné provenant des quartiers de viandes.

Ariane humait l’air avec enchantement et empressement, laissant couler en elle ces divins parfums comme un souffle de clarinette descend par les oreilles au creux de la gorge pour se lover dans le plexus solaire.
La petite porte métallique grise dans laquelle six tirs de balles groupés formaient un beau losange s’ouvrit dans un doux gémissement;
Un jeune homme plutôt bien balancé en franchit le seuil sur les trois coups de moins le quart qui martelaient l’airain de la cloche de St Zacharie.
D’allure spartiate, la peau mate, bien qu’un rien négligé, ses mouvements souples laissaient flotter une odeur fauve et suave, c’est ce que la jeune fille en tout cas pensa immédiatement.
Elle avait d’autant plus raison de trouver les effluves émanant du jeune type subtiles et aventureuses que lui-même sembla renifler parmi les vibrations acidulés des arbres aux fleurs déjà au crépuscule de leur vie, un reliquat de femelle chaude et subversive. Jetant un regard circulaire, il découvrit une fine jeune fille un peu fanée sous un bouquet jaune qui lui ressemblait . Il s’approcha de côté, humant l’atmosphère. De plus près la donzelle était plutôt fleur vivace, c’était tout ce jaune anéanti qui lui faisait tort. Sa peau transparente laissait palpiter de chauds fleuves bleus et cela le mit en appétit.
Sans façon elle lui jeta un regard à la garçon, une véritable invitation. Non qu’il trouve cela très règlementaire pour une fille, mais elle a une expression tellement remplie de vous que cela aurait été une insulte et aussi un supplice de s’y refuser.
Il lui empoigna la main strictement et lui tournant le dos repartit tout en la précédant tandis qu’elle le suivait vers le judas ajouré de la porte d’entrée.
Ça y est pensait-elle je vais pouvoir lui coller mon fil dans les pattes et m’en défaire à jamais, libre comme un funambule. Et de surcroît ce qui ne gâchait rien, l’être à lier n’était pas dégoûtant.
Ayant franchi le sas du monde animal, Théo Zey lança un geste amical à l’homme tassé dans la guérite de paiement de l’entrée au public. L’ombre casquettée lui renvoya un geste sans regard , il était occupé à vendre ses tickets.
Pourtant cela ne l’empêcha pas de remarquer la petite, la pâlichonne qui faisait le pied de grue depuis quelque temps déjà devant l’entrée, et il pensa qu’il était pas gêné le Théo. C’est pas le tout d’enfiler les filles, après plus questions de se défiler…
Puis il revint à la file des visiteurs.

Dans les allées ensoleillées et roses toutes ensorcelées des odeurs crues et acides des bêtes, le printemps s’était étendu tendrement, et ça n’était pas pour rien dans la vigueur de Théo et la langueur d’Ariane. Il marchait plutôt vigoureusement et elle suivait en flottant sur le dos du printemps qui lui léchait les jambes à coups de langues tièdes et dorées.
Elle aurait bien aimé que, maintenant qu’il semblait sûr qu’ils finiraient par se rencontrer, il s’arrête un instant, la regarde et se montre, qu’ils fassent une pause, qu’on cause un peu, qu’elle mesure les choses, l’instant propice pour négligemment lui glisser son fil, en douceur, sans brusquerie. Mais il était du genre crazy horse, jeune étalon piaffant dans les méandres du ZOO qui prenaient des courbes à n’en plus finir, toujours plus audacieuses, sinueuses.
Maintenant il poussait les grands battants de la ménagerie laissant brutalement s’échapper la violente odeur sauvage des fauves qui râlèrent en l’apercevant. Que venait-il foutre à cette heure? Leur apportait-il cette chair au parfum trop doux en cadeau? Un ensemble de mouvements feutrés s’orchestrèrent pendant un instant dans le bâtiment dont les murs renvoyèrent les échos soufflés mêlés aux bruits frais des pas. Ariane tira sur sa main pour s’arrêter et contempler les bêtes superbes et exténuées d’ennui s’accrochant à son regard. Elle détesta subitement ce jeune crétin qui la traînait avec ses yeux obscurcis par l’habitude.
Il la tira doucement avec fermeté. Elle se sentait prête, prête à tout . Ils glissèrent silencieusement à l’intérieur d’un étroit boyaux qui longeait l’arrière des cages. Là tout à coup il fit volte-face et colla chacune de ses mains sur chacun de ses seins. Il fit de même avec sa bouche qu’il ventousa à la sienne aussi étroitement que les parois du labyrinthe. Elle gémit, il lui tordait le cou. Elle se dégagea et lui dit en chuchotant :
« Dehors. »

Ici elle étouffait dans les intestins de la ménagerie tout gargouillant des exhalaisons de chairs avariées, d’ urines oxydées et de libertés confinées.
Il lui fit une petite moue de dédain vaguement dégoûté, mais juste ce qu’il faut pour ne pas perdre le morceau.
Pauv’con, pensa-t-elle et elle sourit, dévoilant ses jolies canines blanches . Il lui passa son pouce sur la bouche, un réflexe avec les bêtes qu’on aime.
Ils ressortirent .
Reprirent leur cavale dans les allées tourmentées plus rapides. Le temps commençait à presser pour des tas de raisons trop longues à développer car très variées.

Enfin ils débouchèrent sur un large enclos herbeux au milieu duquel se tenait, robuste et écrasant, un taureau sauvage, luisant de fureur contenue, dont les yeux renvoyaient la luminosité des deux longs coups de quatorze heures qui venaient de se heurter à l’airain de St Zacharie.
Déjà, se dit-elle…
Déjà! se dit-il.

Alors il la poussa dans la paroi de stuc en rocher, une porte s’effaça pour les laisser pénétrer dans la soudaine pénombre tiède , pleine de stupeur anéantie par la vigoureuse fragrance taurine. Adossée au décor elle se laissa pénétrée à son tour par le membre robuste et dur de son guide maintenant écumant de plaisir. Elle sentit qu’elle s’ouvrait comme un tas de portes successives laissant circuler l’air à l’intérieur d’elle-même. Peu à peu le souffle se fit si puissant qu’elle sentit qu’une gigantesque vague commençait à se lever du fond de l’horizon. Elle s’enroulait sur elle-même toujours plus haute et rugissante, elle avançait maintenant à une vitesse vertigineuse balayant tout ce que son passage croisait. Les parois de son bas ventre en recevaient un écho divin, elle était une immense peau de tambour battue de l’intérieur, ses jambes se soulevèrent, elle était suspendue à l’écho de l’onde de choc . Elle gémit très intérieurement, lâcha son maudit fil . T.Zey, comme l’indiquait son badge, avait l’air complètement barré dans la tempête, elle referma ses paupières pour sentir plus confusément la déferlante s’écrouler de toute sa monstrueuse hauteur éclaboussant le sable de son ventre, faisant trembler les berges et rugir sa gorge. T.Zey s’accrochait à elle comme un surfeur jouissant de sa noyade. Puis tout redevint calme. Alors un long meuglement résonna déchiré et atroce. Ariane savait qu’elle était libre.
Elle n’avait plus de fil à la patte. Elle regarda T.Zey bien en face dans ses yeux, lui envoya un clin d’œil qui le laissa un peu groggy tandis qu’il rangeait son matériel de surf et relevait la fermeture de sa braguette, encore tout humide de cette sortie en haute mer…
Elle passa devant après lui avoir collé une tendre tape sur la joue gauche afin d’éliminer les dernières gouttes…
Avant de s’échapper des couloirs de stuc elle rajusta ses petites affaires. Elle voulait être présentable face à l’ire maussade du gigantesque taureau dont elle craignait en vérité le regard halluciné et réprobateur.
Elle poussa la petite porte et embrassa à toute bouche l’haleine tiède de l’air printanier. Cette fois on ne la raccompagnerait pas à la sortie pour l’y abandonner… Elle traçait, seule et légère. Ses pieds comme des chaussons de danseuse s’envolant dans une acrobatique pirouette caressaient innocemment les graviers chantants des allées du ZOO.
T. Zey s’était appuyé à l’ombre d’un prunus tout constellé de rose. Il suivait des yeux cette fille si bizarre qui venait de le jeter hors de lui et qui déjà s’échappait, le laissant tout essoufflé, poisson hors des flots, manquant d’air. Et soudain un pesant, profond et torturant sentiment de mélancolie le submergeant. Il savait qu’il allait pleurer. Il ouvrit ses deux mains pour s’y enfoncer. Autour à gauche, tout entortillés à son index et son majeur, un petit écheveau des cheveux de celle en qui il avait plongé, comme des algues alanguies, il les respira. Il pensa qu’il ne connaissait même pas son nom…



ariane A.

Ariane déambule le long des longs couloirs blancs de l’hôpital psychiatrique.
Plus que quelques fois, les fils de sa pensée s’enchevêtrent. Ils font des nœuds aux carrefours des idées.
Qui pourrait bien y plonger des doigts agiles et souples pour évider les yeux morts de ces nœuds crispés, leur faire vomir ce poids toxique, expulser ces chairs morbides.
Ariane se sent dévorée de quelque part de son intérieur, mais quand elle pense à s’échapper une chose de monstrueuse aspire sa substance et le plie dans son elle-même.
Ariane traîne, en chaussettes de laine, oubliée dans le labyrinthe écrasant de ses pensées organiques.Deux parois parallèles , viscères intestinales poignant dans mon ventre animal.
M’ont laissée au fond d’un couloir. M‘expulser hors de cet en-dedans sans cesse. Sentir sentir les murs, lécher les murs. Y perdre ma trace dans la douleur . Je me broie le long des granits, me souille sur les plâtres fades . Le sang coule de mes doigts, je vois clair. Il me fait peur dans mon ventre gonflé. On entend des qui sont derrière sans vouloir nous dire où est le vrai vivant. Qu’est-ce qu’ils croient? Je ne suis qu’une bête tordue? C’est ça ma colère. Ils me l’ont placée dans ma poitrine comme la marche de l’horloge . Ca s’est bouché dans les tuyaux. Ils m’ont sali, je sais que c’est eux, mais l’expliquer comment puisqu’ils font des manières de ceux qui ont perdu le sens du sens . Alors je hurle dans ces tunnels. Ils pensent je crois que je ne pense plus. C’est comme ça qu’ils m’ont enfermée dedans.Elle, elle se tient parfois sur mon chemin, celle qui a les yeux vers l’intérieur d’elle , je renifle son odeur de crainte affolée, parfois elle se pose sur moi; parfois elle oublie.
Et elle c’est pourquoi sa sueur aigre de peur?

Parcourant le dédale des corridors aux échos nus de l’hôpital psychiatrique le docteur absent à tout ce qui l’entoure cherche à s’échapper. Il ne peut plus faire seul face au souffle fétide de cette médecine archaïque. Il lui faut trouver une nouvelle arme, un fil qui lui permette de conduire autrement des thérapies inventives, il veut sortir du mythe de l’enfermement, des substances qui détruisent les espaces héroïques de ses patients pour les transformer en inscriptions cliniques figées dans les registres de l’hôpital. S’il n’en sort pas, lui aussi il meurt.

Accroupi face aux flots, ses pupilles resserrées scrutent la surface éclatante de l’eau. Il pénètre le labyrinthe liquide, la matrice aux mouvements de chair palpitante. Sur son visage ses yeux attentifs sont enrubannés dans les circonvolutions des lignes vitales de son tatouage.
Chaque souffle de ses poumons emporte avec lui un tourbillon extraconcentrique dont les bords frémissants jaillissent en débordements sur l’univers. De même chaque inspiration de ses poumons ramène en profondes vibrations intraconcentriques la respiration du monde, des êtres du monde, et toutes ces particules s’unissent à sa chair comme les lignes de ses tatouages à sa peau. Ainsi dans ces traces conjuguées s’inscrivent la pénétration du vivant , la trace du mouvement , l’interminable va-et-vient des flots. Respiration. Il peut sentir une grande peur quelque part, ailleurs…

Il crie dans le labyrinthe il hurle mais bordel qui est-ce qui a bien pu foutre un bordel pareil? Il hurle pour que les sinuosités du bâtiment lui renvoient les échos déformés de sa voix et que le tonnerre de sa colère éclate en mille morsures et s’éteigne.

Ayant roulé sous le pneu avant gauche d’un engin roulantlui-même à vive allure, il s’est pris un tel coup dans la gueule qu’il a perdu un morceau de truffe et la totalité de son odorat. Traumatisme. Il ne sent plus son aura olfactive ni celles des autres, les crottes et les flaques d’urine sont vides, froides et nues. Le monde s’est dévêtu, et court écorché sous ses pattes. Les bruits, les images ne lui permettent pas d’être dans la trace. Il sait qu’il va crever.

Je ne veux plus sentir les cris du lit dans lequel il faut que je m’allonge. Je ne veux plus sentir rouler dans la peau de ma gorge les médicaments des jours et des jours. Je ne veux plus rester dedans. Je ne veux plus le voir ce sourire cloué . Je ne veux plus ne pas arriver à respirer. Je ne veux pas encore être toujours traîner dans ce labyrinthe sans fin .
Je veux du dehors même si c’est aussi comme une prison, les barreaux ne sont plus au même endroit. Docteur docteur, accompagnez moi au delà, sortez dans ma main votre main , regardez avec vos yeux de poisson mort l’ignoble cœur où nous battons. Tuons-le!

Devant l’hôpital, il se tient raide et transi, il sort du cauchemar de sa vie pour enlacer soudain le corps futile, insaisissable de la réalité du dehors.
Elle se tient debout à ses côtes, tanguant dans la respiration du monde, au bords des lignes tatouées sur la quatre voies par les autos qui sillonnent la nuit, labourant l’ombre de leurs yeux mouillés. Ils se tiennent la main, plus pour longtemps il le sait il va bientôt la lâcher sa main à elle qui se serre autour de la sienne.
Elle aspire tout à coup les vibrations du monde, un chien hagard passe, un petit filet de sang accroché à l’oreille droite. Alors l’homme la regarde vraiment, l’embrasse d’un long baiser enchâssé, chaud, comme un dernier envoûtement, une ultime tromperie. Elle trace avec sa langue des méandres sur la sienne, un code secret, un message longtemps gardé qui enfin pourrait être capté. Mais il est trop tard, depuis le début. Il reprend la main qu’il lui avait offerte, se tourne, laissant mourir dans sa bouche les dernières vibrations qui ressemblaient à des mots d’amour et abandonnant Ariane au bord de l’avenue et du non-avenu, il s’engouffre dans la nuit avide et disparaît.



Ariane

Ariane l’attend . Epuisée , harasée , elle est allongée à même le sol brut et dur . Elle n’en peut plus . elle erre depuis si longtemps en elle-même à la recherche de ce qui pourrait enfin la libérer . chaque plongée en ses pensées ouvre de nouveaux abîmes sans fin ni fond . Ses longs cheveux dénoués deviennent des tentacules qui la retiennent et l’emprisonnent . Elle coule à pic dans l’enfance et s’y noie .Les algues verdâtres de la mémoire lui collent au coeur et au corps . Elle souffre avec délices. Les souvenirs lui sont torture et nourriture . Leur saveur lui échappe , ils se dispersent soudain , insipides. Elle s’éveille en sueur, la peau moite et salée. Le rivage s’éloigne . NOIR Ariane caresse la paroi . Enfermée , muselée. Ses lèvres sont sèches des mots qui se refusent . Ceux-là mêmes qui s’écrivent tous seuls les nuits d’insomnie. Ceux qui insatiables bavards parlent en elle et la condamnent au silence. Ceux qui emplissent sa bouche , lourds comme des cailloux polis par l’obsession. Ceux qu’elle vomit parfois avec la violence d’un viol . Les mots comme des murs. NOIR Ariane refuse son destin ; “Vous qui mourûtes aux bords où voius fûtes laissée”. Elle ne veut pas accomplir ce que l’on a écrit pour elle. Son fil est le sien. Il y a de la folie en elle . elle la redoute . Elle sait sa faiblesse fascinée pour le néant , ses désirs fulgurants, ses excès impétueux . Elle pose ses mains sur ses cuisses , sur son ventre , sur son sexe , se souvient d’avoir enfanté , sans douleur. Les fantômes sont là , ils la guettent , ils se préparent à danser en elle , à s’installer en elle , repus et victorieux tandis que , défaite à nouveau , elle s’abandonnera .Non. Elle bande ses muscles. Ariane est debout. Elle avance. elle ne fera pas comme Orphée. Le passé , c’est la mort. Il y a beaucoup de morts en elle . Trop. Chaque pas compte . NOIR Ariane est lourde du poids des autres. Elle a l’air si solide qu’on peut se faire léger auprès d’elle . Comme une éponge Ariane absorbe tout.Elle est grosse des confidences , des espoirs , des envies , des dégoûts ,des douleurs , des plaisirs..Ariane n’a jamais su dire non . Alors elle prend tout . Son corps fonctionne au ralenti ,ses organes sont saturés .La boule au ventre est là , tenace . NOIR Ariane l’ a attendu . Elle a cru à sa venue .C’est qu’elle a lu tellement d’ histoires … NOIR Ariane a peur du noir et pourtant elle ne peut trouver le sommeil que dans une obscurité de ténèbres tendue.



BYRHAT histoire 6

Elle avance lentement. Lentement dans ce couloir. Couloir éclairé seulement par des niches aménagées dans les murs. Elle avance lentement et seul le bruit de ses pas la signale. Ni la faim ni la soif ne torturent elle est légère comme une plume. Dos droit bras ballants ombre ou fantôme toujours les autres elle évite. Ici elle ne possède aucun objet aucun colifichet. Ici et de tous temps comme en bien d’autres endroits elle n’habite pas elle flotte. Sa jambe droite raide parce que le temps est au gris l’air humide les plaintes du vent transperçantes. Mais elle est légère comme une plume. Sa jambe droite qui freine sa jambe gauche qui court.

Ici elle ne possède aucun objet aucun colifichet encore moins l’objet de son amour. Un objet doré entrelacs de feuilles minuscules un oeuf scintillant posé en haut de la cheminée. Elle n’est que la sixième fille du Comte et n’a évidemment pas le droit d’y toucher.

Elle avance lentement dans ce couloir immense prison glaciale puits irrespirable ses poumons réclament un air depuis longtemps interdit. Un air destiné aux autres, aux docteurs et aux prêtres. Les jours de saignée elle croit pouvoir toucher palper étreindre mais la descente sur le sol compact est brutale douloureuse. Surtout douloureuse.

Ici de pièce en pièce de la cave au grenier du patio au jardin elle meuble les courants d’air mais se bouche le nez. Finalement elle est devenue maigrelette, avant elle n’était pas grosse. Finalement son visage s’est émacié des plaques rouges ça et là sont apparues. Mais on lui trouve bonne mine. On trouve.

Là-bas, au creux du val où coule une rivière ses soeurs jouent à la balle. Là-bas ses frères tourmentent les servantes. Là-bas. Elle n’a pas le droit de sortir.

De dos on la croirait élastique, si lourde et si fine. De face ses yeux immenses agrandis par les privations, les verres d’urine régulièrement posés devant son assiette et le sang noir qui coule hors de ses veines crient d’autres besoins.

Besoin d’un nuage sur lequel voguer. Besoin de l’amour de sa mère qui habite au cimetière.Besoin de repos. Son regard reste agrippé au passé elle se sait sans avenir. Les pas la tiennent pourtant accrochée à la terre ferme. Les pas qui pourraient naviguer entre lune et soleil. Avant elle voulait fuir prendre le bâton de pèlerin marcher pieds nus sur les routes. Aujourd’hui elle sait qu’il faut attendre et se résigner. Voir jour après jour son pouls battre à son rythme de métronome. Le voir brusquement s’arrêter et ne pas se plaindre. Jamais.

Longtemps le bruit s’est poursuivi, le claquement tiède des sandales contre le carrelage en pierre. Longtemps.

Dans le labyrinthe du château Ariane glisse jusqu’à la salle principale. Sous le manteau de la cheminée cela flambe et crépite car le vent dehors plie les arbres et applatit les buissons de lavande.Elle se soulève sur la pointe des pieds et happe, petite main imprudente, l’oeuf doré. Elle le cache dans un mouchoir, le range entre la chemise et le ventre. Il faudrait qu’elle s’explique, mais il y a beau temps que sa voix n’est plus qu’un rauque son de gorge. Le froid de la clé ne la gène pas au contraire. Elle sait que là-bas au creux du val où coule une rivière il y a un chêne vénérable qui l’accueillera avec bonté. Le froid de la clé qui ouvre la porte de l’appentis vers le ciel les astres et les bourrasques de vent.

Elle avance lentement à l’affût des signes. Près de la porte paillée. Elle guette. Elle ne se sent pas forte elle ne s’est jamais sentie forte. Mais elle a soigneusement brossé ses cheveux pâles, depuis enserrés dans un bonnet. Elle a mis sur son dos fragile la veste matelassée de la lingère qui tous les matins brosse les vêtements dans le lit de la rivière. Il se fait tard les domestiques boivent tous un vin chaud. Elle attend patiemment que ses frères et soeurs rentrent de leur escapade champêtre. La porte d’entrée, aussi lourde qu’une masse et à moitié sortie de ses gonds, le lui signale. Alors elle tourne la clé gelée dans la serrure chantante ouvre la porte doucement car le vent devient violent et sort subrepticement.

Le maître du château joue aux échecs.Les enfants se réchauffent devant l’hâtre. Personne ne pense à elle, si ce n’est le médecin qui éguise ses couteaux pour la séance prochaine et le croquemitaine.

Sa robe s’enroule autour de ses jambes décharnées. Elle ne bute pas sur les tertres caillouteux. Elle ne se plaint pas des chardons des orties elle entend le rire de la rivière. Elle respire enfin, elle sourit. Les amas de bois que les paysans ont brûlé sentent la soupe de la chaumière. La nuit qui tombe sombre paletot de plomb la surprend à esquisser des pas de danse. Le glou-glou de l’eau empêche d’entendre le bruit de la corde cachée sous ses vêtements qu’elle déroule. Et avec le claquement sec de la corde enserrant son cou elle danse en souriant. Au bout de la branche avec le vent.




BYRHAT histoire 5

Elle avance lentement. Lentement dans ce couloir. Couloir brillamment éclairé par des lustres en cuivre et laiton. Cuivre et laiton qu’elle brique chaque semaine. Elle avance lentement parce que courir n’est plus de son âge. Seul le bruit de ses pas la signale. Ni la faim ni la soif ne torturent parce qu’elle a avalé un solide déjeûner, et si elle baille c’est à cause de la sieste qu’elle ne peut faire. Elle se croit toujours légère comme une plume, mais en trente ans de bons et loyaux services le corps change. Dos droit bras ballants ses cheveux gris rassemblés en chignon lâche. Elle est si fatiguée. Dans son pantalon souple d’ouvrière si confortable elle a toujours le regard acéré. Le pull est lâche. Sa poitrine, ferme en son jeune temps, a changé depuis d’apparence. Les pointes des seins tendent vers le bas. Le gras des jambes flotte suivant ses pas. Elle est vieille.

Vieille vieille chose qui astique nettoie lave les bols des enfants des autres et regarde par la vitre impeccable le soleil du matin se lever. Et sa fille qui n’arrive pas à payer le loyer de son garage. Elle l’aide, mais en cachette et en espèces parce que le mari, lui, n’accepterait pas. Le mari qui ne parle plus à sa fille. Ce n’est pas le père de la fille et pourtant il l’a élevée. Ce n’est pas le grand-père de sa petite-fille et pourtant il récupère l’enfant à la sortie de l’école. Cela évite les mauvaises surprises et cela arrange tout le monde. Il marche en descendant les escaliers, il marche le long de la rue vers l’école primaire, il tient le cartable de la petite au retour, il lui prépare souvent de quoi déjeuner car la petite vit pratiquement chez sa grand-mère. Le mari fume le cigare en permanence un jour il mourra foudroyé par l’accumulation de nicotine. Il ne veut pas voir de docteur avec sa toux si grasse et cette voix d’outre-tombe.

Elle avance lentement. Lentement dans le couloir où elle croit entendre qu’on l’appelle. Son mari et sa fille ne se parlent plus depuis deux ans. Depuis que la fille et le gendre ont décidé de se séparer. De divorcer. Puis de se remettre en ménage. La fille est elle aussi femme de ménage. Son conjoint jaloux plus âgé qu’elle, faut croire qu’elle aime la sécurité. La fille a fait des emprunts dans des banques usurières, elle croyait pas à mal. Elle croyait qu’elle pourrait rembourser. Et s’est retrouvée à la rue sans maison sans toit pour la nuit.

Le mari de la vieille a dit que cela finirait très mal. La fille a dit que ce n’était pas son problème. Et les injures. Et les regards sans paroles. Et la porte qui claque en laissant la petite aux bons soins de la grand-mère. Tout cela, c’était il y a longtemps. Exactement deux ans.

La vieille se fait payer en espèces. C’est de bonne guerre. Cela arrange le beurre dans les épinards quand les impôts locaux tapent à la porte, ou la facture d’eau.

Pourtant il y a des choses qu’elle ne voit pas, la poussière sur les étagères les taches de gras sur la cuisinière les miettes par terre. Pourtant il y a beaucoup de choses qu’aujourd’hui elle ne distingue pas comme la lumière du plafonnier. Ses mains qui serrent le chiffon jaune deviennent noires, et les pieds se dérobent sous son poids. Il y a beaucoup de choses qu’aujourd’hui elle ne voit pas comme son corps par terre pourtant si proche. Son corps informe mais là-bas une lumière, comme la lumière du soleil levant à travers le carreau de la fenêtre. Oui, elle avait bien entendu quelqu’un l’appeler au bout du couloir.



BYRHAT

1) Elle avance lentement. Lentement dans ce couloir. Couloir éclairé seulement par des niches aménagées dans les murs. Elle avance lentement et seul le bruit de ses pas la signale. Ni la faim ni la soif ne torturent elle est légère comme une plume. Dos droit bras ballants ombre ou fantôme toujours les autres elle évite. Ici elle ne possède aucun objet aucun colifichet. Ici, comme en bien d’autres endroits elle n’habite pas elle flotte. De pièce en pièce, du jardin au patio, de la cave au grenier elle meuble les courants d’air. Mais là-bas au creux du val où coule une rivière existe une cabane humide sans fenêtres ni porte.

Fermée si hermétiquement que personne ne peut y entrer. Là-bas son coeur en permanence réside. Et le pouls, toujours, qui bat à son rythme de métronome.

Elle avance lentement dans ce couloir immense prison dorée puits irrespirable. Les pas, pourtant, la tiennent accrochée à la terre ferme. Les pas qui pourraient naviguer entre lune et soleil. Ses ongles et le bas de sa robe sont salis par la glaise. Avant elle voulait fuir. Combattre les dragons à l’haleine brûlante. Sourire, et même rire. Avant.

De dos on la croirait élastique, lourde et fine à la fois. Longtemps le bruit s’est poursuivi, le claquement tiède des sandales contre le carrelage en pierre.

Elle n’a pas voulu qu’il parte à la guerre, pas lui qui ne sait pas tenir une lame tuer pourfendre. Pas lui qui ne sait que pleurer. Mais à présent il est à l’abri. Lui dans son armure étincelante immobile et sans pouls assis sur une chaise branlante. Les pieds déjà putrescents recouverts du fer de sa cuirasse, près de l’arbre qui a caché leurs premières amours. Elle a façonné la cabane autour de lui, amoureusement. La terre des murs prélevée aux endroits qu’il chérissait. Afin que, si la maisonnette venait à tomber, l’arbre vénérable dans sa bienveillance le soutienne au fils des années.

Dans le labyrinthe du palais Ariane glisse jusqu’à la salle du trône. Il faudra qu’elle s’explique. Sa robe éclaboussée de rouge et de glaise l’enrobe, tissu mouillé collé au coeur. Pour une fois elle sera décorative. Le froid du couteau ne la gène pas, au contraire. Et puis, après, elle pourra devenir fumée. Son pouls ne donnera plus de concert bruyant il s’envolera enfin oiseau poursuivant sa course folle vers les astres la lune et le soleil.

2) Elle avance lentement. Lentement dans ce couloir. Couloir éclairé seulement par des niches aménagées dans les murs. Elle avance lentement et seul le bruit de ses pas la signale. Ni la faim ni la soif ne torturent elle est légère comme une plume. Dos droit bras ballants les autres elle évite car elle a un rendez-vous secret. Ici elle ne possède aucun objet aucun colifichet encore moins son amour. Ici comme en bien d’autres endroits elle n’habite pas elle flotte. De pièce en pièce, du jardin au patio, de la cave au grenier elle meuble les courants d’air. Mais là-bas au creux du val où coule une rivière l’attend près du chêne centenaire le fils du roi.

Là-bas son coeur en permanence réside. Il, pour la première fois, joué avec ses cheveux à la période où les blés sont mûrs et où les rayons du soleil brûlent tout. Il a, pour la première fois, baisé sa bouche de tendre façon au moment où les feuilles mortes tapissent cours et champs d’ocre et de brun. Ensuite il a voulu et elle a espéré, souvent.

Elle avance lentement dans ce coloir immense prison dorée puits irrespirable ses poumons réclament l’air de la terre entière et elle doit se taire. Les pas, pourtant, la tiennent accrochée à la terre ferme. Les pas qui pourraient naviguer entre lune et soleil. Avec lui elle veut fuir. Combattre lesdragons à l’haleine brûlante. Elle veut sourire, et rire alors qu’elle n’a droit qu’au silence.

De dos on la croirait élastique, lourde et fine à la fois. Longtemps le bruit s’est poursuivi, le claquement tiède des sandales contre le carrelage en pierre.

Elle ne veut pas qu’il parte à la guerre, pas lui qui ne sait pas tenir une lame tuer pourfendre. Pas lui qui ne sait que pleurer sur la tombe de sa mère. Sous le chêne vénérable qui cache si bien leurs éclats de tendresse elle saura faire valoir les droits de celui qu’elle porte au fonds de son corps. elle saura monter combien c’est raisonnable.

Sous ses nattes savamment mêlées en chignon sinueux elle garde des fleurs fanées et un peu de dentelle. Il y a bien longtemps il a déchiré un pourpoing rouge en escaladant une branche haute du chêne. De leur chêne. Il avait sept ans. Cachée derrière un buisson de houx elle avait vu sans être vue la peau tendre zébrée de rouge quelques gouttes noires perler au bout de la griffure. La dentelle souillée pendre au bord de l’arbre, comme s’il voulait le rendre. Une fois seule elle avait ramassé et vite mis dans son caraco le tissu coloré. Les fleurs cueillies plus loin soigneusement insérées dans la soierie pour humer de temps en temps le souvenir.

Dans le labyrinthe du palais Ariane glisse jusqu’à la salle du trône. Il faudra qu’elle s’explique. Et le pouls, toujours, qui bat à son rythme de métronome. Bientôt elle deviendra oiseau poursuivant sa course folle vers les astres la lune et le soleil.

3) Elle avance lentement. Lentement dans ce couloir. Couloir éclairé seulement par des niches aménagées dans les murs. Elle avance lentement et seul le bruit de ses pas la signale. Ni la faim ni la soif ne torturent elle est légère comme une plume. Dos droit bras ballants ses cheveux gris rassemblés en chignon d’où sortent des flammèches de brun. Le regard est toujours acéré.

Ici elle ne possède aucun objet aucun colifichet même pas la robe qu’elle porte. Ici comme en bien d’autres endroits et de tous temps elle n’a pas habité elle a flotté , une ombre vague ouvrant et fermant les portes. de pièce en pièce, du jardin au patio, de la cave au grenier elle meuble les courants d’air.

Finalement elle a peu servi. Enfant elle tenait les cruches d’eau à tablepour le maître et versait les seaux d’urine dans la cour. Jeune fille on l’a placée dans cette grande maison. Elle cousait nettoyait les assiettes balayait.Bassinait les lits les soirs d’hiver à la bouillotte. A l’occasion était utilisée pour la chose.

Elle avance lentement dans ce couloir immense prison dorée puits irrespirable elle patiente depuis tant d’années. Son regard aggrippé aux souvenirs tenaces du passé. Les pas, pourtant, la tiennent accrochée à la terre ferme. Les pas qui pourraient naviguer entre lune et soleil. Seule, avant , elle voulait fuir sa condition. Combattre les dragons à l’haleine brûlante. Avoir des draps soyeux sous lesquels dormir. Une petite tapisserie représentant des tournesols. des rideaux prune pour encadrer sa minuscule fenêtre sous les combles.

De dos on la croirait élastique, si lourde et sifine. De face ses rides naissantes mettent des pattes d’oie au bout des yeux verts brillants d’étincelles.

Longtemps le bruit s’est poursuivi, le claquement tiède des sandales contre le carrelage en pierre.

Elle n’a pas obtenu de rideaux de tapisserie de draps soyeux. Ni couverture chaude ni bouillotte l’hiver. La toile rèche qui couvre son lit est la même toile qui couvre tous les lits des domestiques.

Le vieux maître est mort d’une pneumonie, et son fils le jeune maître a investi la place comme un guerrier qui gagne à la guerre un bout de territoire. Sous le chêne vénérable au bout du grand jardin il l’asticote, lui qui il y a quinze ans lui obéissait. Il y a quinze ans elle servait encore de nourrice. Il y a quinze ans ce petit blond devenu homme lui tétait la poitrne. Là-bas au creux du val où coule une rivière. Pourtant aucune goutte de lait n’en sortit.

Le jeune mai^tre a de jeunes maîtresses et une jeune épouse. Qui toutes se moquent des rides de la couperose des varices. Et qui boivent comme des trous.

Dans le labyrinthe de la grande maison Ariane glisse jusqu’au salon. Dans ses bras un coupon de soie sauvage pour Madame qui choisit des robes et des chaussures. Les sabots ne font pas plus de bruit qu’une souris. Le pouls, toujors, bat à son rythme de métronome. Bientôt, parce qu’elle est si fatiguée mais pas tout de suite, elle poursuivra sa course folle vers les astres la lune et le soleil… en fermant les yeux.

4) Elle avance lentement. Lentement dans ce couloir. Couloir éclairé seulement par des niches aménagées dans les murs. Elle avance lentement et seul le bruit de ses pas la signale. Ni la faim ni la soif ne torturent elle est légère comme une plume. Dos droit bras ballants ses cheveux gris rassemblés en chignon d’où sortent des flammèches de brun. Le regard est toujours acéré.

Ici il ne possède aucun objet aucune pièce de valeur même pas la dague qu’il porte dans sa manche. Ici de tous temps il n’a pas habité elle a flotté, ombres vagues ouvrant et fermant les portes. De pièce en pièce, du jardin au patio, de la cave au grenier ils meublent les courants d’air.

Finalement il a peu servi. Il lui a peu servi. Et lorsqu’il pense à tout ce qu’il aurait pu ne pas rater il boit une gorgée de plus. Une gorgée dans son pub préféré du centre de Londres Sur un tabouret devant le bar. Là où on connait ses habitudes ses préférences féminines et ses tirades sur le malheur humain. On connait.

Il se lève, groggy, mais le froid extérieur le ranimera, de cela il est sûr. Il avance lentement , immense prison dorée puits irrespirable, il patiente depuis tant d’années. Il rêve à la terre natale et connaît pourtant si bien sa terre de désespérence. Le sol où il a vu le jour le sol où elle réside. Son regard aggrippé aux souvenirs tenaces du passé. Les pas, pourtant, le tiennent accroché à la terre ferme. Les pas qui pourraient naviguer entre lune et soleil. Ensemble ils auraient pu bâtir tellement de choses visiter tellement de lieux combattre les dragons à l’haleine brûlante. Créer leur univers. Ensemble. Ils n’ont jamais éé ensemble.

De dos on l’aurait crue élastique, si lourde et si fine à la fois. Avant le temps présent parce que maintenant il ne sait pas à quoi elle ressemble, si ce n’est des cheveux gris et des pattes d’oie autour des yeux. Lui aussi a des pattes d’oie autour des yeux , des cheveux gris aux reflets gris.

Il pousse la porte du pub et l’air froid dehors pique. La chaleur de l’alcool dans sa gorge et la main du copain qui lui tapote la tête dissipent les brumes du souvenir. Souvenir d’un genou proche de son propre genou, si proche et si lointain.

Longtemps le briut se poursuit sur le trottoir, le claquement tiède des chaussures contre le béton londonien.

Le théatre où Vincent répète n’est pas lion, à un jet de peirres. Mais son coeur toujours saigne de cette inguérissable blessure , lui qui tous les soirs joue Don Juan avec son accent français.

Dans le labyrinthe des loges, il retrouve sa coiffeuse qui croule sous les pots de maquillage et les bouquets de fleurs. Une fois encore, comme chaque soir depuis le début du spectacle, il fait mine de se crever le coeur avec la dague en plastique de son personnage. Lilian tape à la porte et lance un ‘Five’ avant de s’éloigner. Le pouls bat à un rythme de métronome. Il laisse son coeur palpitant sur la chaise, et, détaché, s’élance dans la course folle des astres de la lubne et du soleil.



Le labyrinthe de Renard d’Audrey

A l’attention de Corinne

J’ai voulu travailler pour un public d’adultes et le résultat est plutôt destiné à un public de 8 – 10 ans. J’ai réfléchi sur la branche I du Roman de Renard et j’ai choisi de lire un passage de la branche V. Je comptais embrayer l’exercice sur la lecture, et ma lecture cloture l’exercice. C’était déroutant. Bonne lecture:

Oyez oyez mesdemoiselles messeigneurs le début de l’histoire que je vous conte.

Renard est un renard très malin qui vit dans un monde d’hommes et d’animaux. A la cour du roi Noble le lion il a de nombreux ennemis et fort peu d’amis. Les hommes ne cherchent qu’à lui prendre sa peau . Aussi il se cache dans la forêt.

Isengrin le loup et Roenel le chien sont ses plus féroces ennemis. Ticelin le corbeau, Chanteclerc le coq, Pinte le poule et Dame Mésange ne l’aiment pas mais cherchent pas à lui nuire. Son cousin Grimbert le blaireau et Tibert le chat lui vouent une indéfectible amitié.

Hélas! Renard ne peut s’empêcher de jouer à tous des tous à sa façon. L’une des raisons est qu’il a bien souvent le ventre vide, et la vue d’une oie grasse ou d’un poisson lui donne envie de croquer l’animal.

Aussi un jour qu’il était affamé, il passa près d’une maison en bordure d’un bois où vivait tout un poulailler Lui vint alors une idée rusée pour contenter son estomac.

Vous allez raconter en quelques paragraphes le tour de Renard pour manger. Votre récit doit se clore par la fin que je vais vous narrer:

« (…) Il abandonne la place et s’en va. Affamé, le coeur sans force, parmi les bruyères, près d’une plaine, Renard s’éloigne par un sentier. Il est très affligé, très peiné que le coq lui ait échappé, et qu’il ne s’en soit point régalé. »



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