RENGHARDISES

RENGHA EROTIQUE ( Monia Dany Véronique JJ )

  

Désir… manque qui naît de ton absence… Il m’oblige à te repenser désarticulée…  comme si toutes  tes parties s’étaient éparpillées et qu’il me fallait te reconstituer… telle ces poupées nues qui ne tiendraient pas debout si elles s’incarnaient.

  

Toi dos arqué et hanches généreuses comme les bords arrondis d’un violoncelle en marbre.

Toi sein lourd et pourtant dressé jusqu’à la pointe du téton.

Toi cou tendu… tendu vers… en attente de … Effleurement de mes doigts … Souffle… Mon souffle… Mon souffle accéléré…et chaud le long de ta peau… Ta peau…Dévoilée, ta merveille… Tes lèvres noires… Ton souffle court… Qui court partout… Ton souffle partout remplit l’espace… Ton souffle qui transcende… Ton souffle coup de grâce, ton souffle cou de feu… Feu sur mon désir… Mon désir en lumière… Pleine… Sous les projecteurs… Ta peau  sur ma peau sur ta peau sous nos souffles…. Courts…. Mélangés… Tendus… Ta merveille  comme une lumière… Tendue…. En attente de …. Tes lèvres….dessinent d’étranges mots silencieux que je happe au bord de mes doigts… Aveugle je lis à fleur de peau ta souffrance délicieuse… Toi marin égaré, moi houle de ton naufrage. Nos souffles…et nos peaux… la longue haleine du vent…Tu m’embrasses à pleine bouche, me bois avidement avant de couler à pic. Flotter sur le désir. Noyés dans le plaisir. Couler à pic et rejaillir. Fusion. Tempête. Eclatement humide.

  

Fin d’un songe mouillé. 

  

Ma larme solitude.



Fête foireuse (d’après une consigne de Louis )

           Il faut laisser couler…fermer les yeux… et que ça roule… Crissent les cris. Foule qui se défoule. Flots et flonflons. Tumulte qui bascule. Multitude qui bouscule. Ronde qui gronde. Clinquant de la fausse joie. Au fond, des couleurs clignotent. L’ orgue de Barbarie égraine tout aigrelet son chapelet de notes. Valsent les lumières. Etourdissant tour de manège. Effluves caramélisés. Pommes d’amour. Pralines grillées. Crinières de barbe à papa flottant sur les chevaux de bois que fatigue, derrière leur sourire peint, l’incessante course immobile. Insistance du mouvement. Rires qui couvrent l’ écœurement. Le bonheur de l’insoutenable empêche tout recul salutaire. Laissez-vous bercer par le flot, la ronde, la rengaine des tournevires, la parade impitoyable des pégases aux ailes coupées… Haut les cœurs soulevés ! Le vertige chauffe les têtes froides. Trop rapide. Défilé de masques affables. Monstres brillants gonflés d’ hydrogène qui ne tiennent plus qu’à un fil. Trop plein. Au bord des lèvres. Au bord des larmes. S’envoler pour ne pas descendre. Le pompon s’affole et gigote. Tous les doigts se lèvent, toute main s’agite, grouillent mille pattes en l’air, prêtes à embrasser le vide. Effleurements effarés avant le coup sec. La corde vide. Pendante et stupide. Nue comme un ver. Allégresse à gauche. Déception à droite. Devant, un éléphant rose. Derrière, une souris verte. Des avions qui ne décollent pas. 

Et puis le tournoiement ralentit comme une robe de derviche en fin de prière. S’apaise la tempête de l’instant suspendu, de la vie réduite à la vitesse. La toupie géante freine. Ramène à la réalité. Le chanteur dans l’électrophone ne s’en est pas même aperçu. Poursuit son refrain coûte que coûte. Grossière, l’interruption du forain. Couvertures de bruits. Pas cendre vent rêt plet des chines. Parle trop près du micro. Ne pas descendre avant l ‘arrêt complet des machines. La chanson est finie. Banalité du sol qui ne bouge pas. Tourbillon encore imprimé dans le ventre. Mal de terre. Fermeture. Terre ferme qui reprend son rythme et ses contours, réinvestit les êtres et les choses. Les corps reviennent à leur place. Retrouvent leur bonne dimension. Ils étaient stickers sur la vitre d’un train filant à toute allure, succession d’images plates détachées sur un point de fuite. C’est le Temps qui défile à présent. Passe un souffle glacé. Buée de sauvetage.

  



SECRETS DE FAMILLE

               

    

       

Vous auriez préféré, bien sûr, que je me taise.

Tout raconter, tout dire est comme un jeu d’enfants :

On veut y exceller et l’on prend les devants

Pour sortir le Passé de la cendre et la braise,

  

Chercher le souvenir au bord de la falaise

Dans le vol effacé des gracieux goélands,

Dans la fête foraine aux  flonflons entraînants,

Où les chevaux de bois galopent à leur aise.

  

Ma mémoire endormie attendait le déclic.

Je craignais l’Invention chauffée dans l’alambic

Qui masque les accrocs de nos lambeaux intimes

  

Car, parfois, pour changer ce qui est vrai en faux,

Basculer dans l’erreur déformée, peu s’en faut :

Ephémère, illusion où nos destins s’abîment !

    



F M R

Tout d’abord je ne voulais pas…puis je me suis ravisé. Vous auriez préféré que je me taise, sans doute. Pour moi aussi, c’eût été plus confortable. Mais c’est stimulant de se lancer des défis. D’aller tâter ses limites. De prendre des forces pour aboutir là où l’on ne s’attend pas. Ainsi j’ai décidé de franchir le pas. Finalement, j’allais raconter. Tout dire. Ou du moins ce qu’il en restait… Ce qui du souvenir pouvait m’appartenir encore, sans rien avoir à inventer. Trop fatiguant, l’invention ! Ça vous échappe encore pire. Ça vous sort de la bouche et ça suit son chemin. Vous n’êtes plus capable d’en maîtriser le sens, d’en orienter la fin. Pas plus que de forcer la mémoire, certes, mais on peut parfois avoir aussi confiance en elle. Quand un déclic la fait s’ouvrir et que tous ces mots jaillissent, comme d’une boîte à musique. Il faut laisser couler ; fermez les yeux et que ça roule… Laissez-vous bercer par le flot, la ronde, la rengaine des manèges de foire, la course immobile des chevaux de bois… Mais voyez, déjà, j’anticipe. tout un destin à repriser , à reprendre morceau par morceau. Réduit à ces petits bouts décousus, à ces lambeaux de papiers collés, résistant à la déchirure, sur chaque mur de ses Berlin intimes…Presqu’ un siècle…une saison….une après-midi…une minute bien précise…une poignée de sable dans la main de l’ Eternité…Quelques secondes font basculer une vie, non ? Mais ce moment fatal, il arrive d’un seul coup. Le temps qu’on réalise et hop ! Tout se bouscule ! Plus rien n’est comme avant, comme hier, comme ce matin, comme tout à l’heure…Vous voilà un peu plus mortel, un peu moins riche d’avenir qu’à l’instant ! Le présent vous a dépassé. vous êtes traversé par le Temps. Oh, c’est imperceptible… mais quelque chose de vous se détache déjà. C’est pourquoi il serait utile de se munir toujours d’un…vous savez bien, quoi …comme un filet…un filet à papillons… pour capturer les phrases qui volent, Chronos qui vous vole, les petites miettes de vous qui tombent à votre insu dans les oubliettes du Passé. En vain… Peine perdue ! Qui peut résister? Ne joignez pas l’inutile au désagréable… laissez – vous aller doucement, imperceptiblement, insidieusement… et devenez mystère, chimère, éphémère dans la grande cosmogonie de tout ce qui vient d’exister.   



Speed dating

Fuir ce monde! Trouver la solution! Fuir ce monde pour le guérir! Alors j’ai pris ce bateau. ça m’a rendu malade cette mer déchaînée. ça m’a rendu malade de honte aussi. malade. purger la maladie. La maladie de tous les êtres réunis. Mais… Quand le ciel noir a rendu ses étoiles par milliers au monde , c’était comme quelques touches de lumière posées ici et là sur la noirceur du monde. l’espoir au bout du chemin?

c’est fou, il doit se la couler douce à Abdoularomaine. C’est ça, il nous a oublié, il sirote son machin-chose.
Remarquez chez nous, on ne repart jamais sur une seule jambe.
Il sirote la deuxième chose à Abdoularomaine dans le vent
J’ai envie d’une richelieuse là maintenant, pas toi?
c’est pas tout ça mais il fait soif, non?
ils auraient pu réparer la climatisation vu le prix qu’on paye.
ne vois-tu pas les 3 petits points dans le ciel?
Il y a des jours, je supporte plus la nuit.
une belle jambe, ça me fait une belle jambe!
bahbahbah! ce qu’on s’en fout de ça!
c’est bon c’est bon j’ai rien dit
et puis j’ai pas envie de parler
non madame Irma, nous ne partons pas encore
c’est infernal! ce type qui court il va plus vite que nous
Oh la la les jeunes, on se calme
le monde est complètement cinglé mais est-ce si nouveau?
c’est à cause de mon prénom, Meltem signifie  » souffle le vent »
chez nous on repart jamais sur une jambe
j’aurais pas du mettre ces chaussures (Dany)

 

Le souvenir s’éloigne, se rapproche, s’ajuste. Je n’étais pas dans cette véranda avec les autres . La journée était froide, comme le vert tilleul des armatures, 4° comme la boisson légèrement alcoolisée et pétillante au goût de carotte servie par cette guenon en guenille aux doigts sertis de bagues…J’étais venu , j’avais choisi de venir pour le printemps . j’attendais le printemps. A cet endroit , le printemps devait être quelque chose d’exceptionnel à vivre. Les autres voulaient partir pour une visite au Parlement. J’étais resté dan ma chambre. Haute et verte, humide et acide, la salade poussait dehors, nouvelle recrue toute crue.

Toutes ces voix tues que je sentais autour de moi , qui voletaient sous les crânes du groupe. Qu’un seul écho vînt jusqu’à moi et se collât à mes propres pensées.. J’aurais arrêté de marcher.. J’aurais cessé de m’isoler dans ma promenade.. Certains s’impatientaient. Le bus était parti .

Quoi faire ?

On dirait que je suis invisible !

On appelle quelqu’un ?D’ailleurs qui on appelle ?

Arrête tes salades.. D’ailleurs ta langue est d’une crudité !

Il se fait tard ,je commence à être fatigué.

Je veux rentrer, sortir enfin de ma bulle.

Et maintenant je dois me prendre en charge ?

Le printemps va partir avec le chauffeur du bus !

Et toi, couvre-toi ! T’as pas froid ?

Là tout de suite, ça me dit rien !

On dirait que je suis invisible..

Tiens passe –moi l’eau , va !

Allez jeune fille , il faut se lever

Tu passes sans me voir

Ne vois –tu pas les trois petits points dans le ciel ?

Mais non c’est moi qui ne te vois pas quand tu me regardes passer près de toi

Et toi t’as pas froid ?

Couvre-toi !

Lâche-moi, que je respire

Taxi au Parlement

Je n’ai plus rien à te dire … (Jean-Jacques)



Eponge est jà côtée

ve d’encre

 

 

Pour nous décourager du Verbe,

Empreinte azurée de la muse,

La page blanche ensevelit Le froid jeté par les mots crus.

Mais l’écorce épaisse du Dire

Vibre sous les coups souterrains

Puis s’effrite, craquelle et s’ouvre…

Imprévisible et attendu, voici enfin le perce-neige. Pionnier de

l’ hivernale saison, il sort ses griffes tendres et

molles des profondeurs où il s’était enfoui.

Ce n’est d’abord qu’une touffe drue de chevelure herbeuse et

raide qui, courageuse, brave le gel sans attirer

vraiment l’attention.

Maigrelette, elle grelotte, sous la grêle, de

tous ses grelots. Deux trois rayons de soleil plus tard,

elle s’enfle de quelques boutons comme une botte de

bâtons-tiges. Soudaine, explose l’ éclosion en un

triomphe virginal dont s’ anoblit tout le jardin…

Percée, la neige du silence

Voit la parole enfin germer,

Verte, dure, douce, fleurir,

A lire à l’ombre des allées.

 



Eclaboussure sonore

Eclaboussure sonore .

Un bruit rouge

Vif et chaud .

Etrange sensation d’une bonde à peine ouverte, d’une

aspiration qui extirpe de soi, vide l’être de l’intérieur,

le précipite chauffé à blanc dans un abîme vertigineux où

tourbillonne, comme un cyclone dans une forge, la

spirale emballée d’un film sans paroles déroulant ses images à

l’envers.

Flash back plus que trou noir.

Flash black

Qui cloque et claque.

 

Glauques et flasques

Visions au seuil confus de l’au-delà.

Liquide gras

Qui, suave, déborde

Pour noyer le dernier fantôme.

Puis le plat linéaire des limbes !

 

 

 

 



Cuisine et dépendances ( Hommage à A. Volodine)

Vau-l’eau digne

de poireau à la crème de châtaigne

 

Billy Raspoutine éplucha l’oignon . Le poireau plein de terre attendait sur l’évier . Raspoutine le prit comme une dernière chance et le passa sous le robinet qui crissa lamentablement . L’eau brunâtre ne rendit pas sa blancheur initiale au légume qui fut haché cependant , aussi finement que l’oignon . Sur feu doux , la cocotte graissée à l’huile d’olive reçut un peu de thym . Billy ajouta l’oignon et le poireau . Soit par résistance, soit par espièglerie , soit par manque de gaz , le brûleur s’éteignit . Raspoutine n’avait pas changé la bonbonne depuis sa dernière tentative de suicide . Comme si de rien n’était , il remua de temps en temps en respectant les trois minutes conseillées par son livre de cuisine …Et le mélange resta froid .

Billy changea la bonbonne , relança la cuisson et pela les châtaignes . Elles furent versées avec un peu d’eau , un cube de bouillon et , trente minutes après , Raspoutine voulut mixer le tout . Mais l’appareil ne marchait pas . Le fil était bien branché , le bouton tourné sur ON : les hélices de métal semblaient obstinément figées . Billy pensa y fourrer son nez ; Raspoutine y mit les doigts . A leur approche , le moteur ronronna sous le bruit des hélices . Mais l’ampoule blafarde qui pendait au plafond clignota . La main se retira d’un poil . La lumière à présent envahissait la pièce , tapissant les murs d’un jaune pisseux . Billy cligna des yeux pour ne pas tourner de l’œil . Un oiseau le fixait derrière la fenêtre , à peine distinct dans l’obscurité mortuaire du soir . Les lambeaux du jour artificiel accrochèrent en vain son plumage . Puis il disparut .

Raspoutine réduit sa mixture en purée . Mais la crème était trop épaisse , comme la nuit dehors , accablante et poisseuse . Huile de noix et de courge . Billy sala . Raspoutine moulut du poivre . Les consommateurs en grève ne défilaient pas encore dans cette manif annoncée la veille . Ils se mettaient en voix . Le vent emporta leurs slogans , étouffés dans un suaire crépusculaire qui , avec les sirènes , déformait leur chant : « Mettez l’os dans la moulinette ! » …Billy Raspoutine les écouta …Et tout son bras se déchira .

 

 

 

 



LETTRE CHAIR ( Ultima verba de paucis meae )

Merci Corine , merci ma chère… Sans vous , sans vos consignes , sans doute serais-je restée enfouie sous les strates de Sa mémoire , aplatie comme une orchidée glissée entre deux pages de souvenirs , deux piles d’anciens linges sales qu’Il n’aura jamais lavés en famille par crainte d’y laisser sa peau …Mais vous L’avez forcé à penser à moi , Se mettre dans ma peau …Enfin !…

C’est comme si , lambeau sorti des limbes , intumescence d’intime essence , je revivais le jour de ma naissance , ce 13 Février 1980 , où Son meilleur ami a fêté ses quinze ans .

Eh oui … je ne date pas d’hier , décalcomanie collée à vie sans son accord , vieille peau qui en a vu d’autres , des estampilles d’Infortune sur du vivant bien vulnérable , des labels d ’ organique cent pour cent altérable , des marques qu’on remarque , des marques qui démarquent , des fresques pour les frasques et les farces des sabres , des balafres blafardes affreusement barbares , des rauques barbaresques aux restes un peu baroques , des arabesques obèses qui dansent sur le ventre , des bourrelets à part pour coup de bourre au bar , des misérablement remises qui n’ont que la peau sur les os , des peaux d’Espagne parfumées qui par un coup de Trafalgar se transforment en cuir de Russie , des tuméfiées qui se méfient , des potelées de spot – télé , des glabres arasées , des pétales cloutés , des buvards en robe de bure , des points de croix , des chemins de croix , des stigmates du Christ , des couronnes d’épines , des qu’on signe à coups d’encensoir , des qui trempent au bénitier , des lisses lues avec délice qui suent et plissent dans le supplice de leurs cilices , des sous peau de Satan , des auréoles sur peau d’ange , des impures qui suppurent , des turbulences en tubulures , des nébuleuses étoilées , des grains chargés de peau qui se réduisent en peau de chagrin , des pas nées de la dernière pluie , des coups de parapluies qui sèchent , des déperlantes en peau de pêche , des qui arrivent en coup de vent , des qui redoutent les coups de soleil , des qui éclatent en coup de tonnerre , des qui étonnent , des qui détonnent, des qui trompent sur la personne , des frappées d’un coup de folie , des impulsives sur coup de tête , des Peau d’Âne sur peau de bête , des sportives sur un coup franc , des qui démarrent au coup d’envoi , des qui tournent d’un coup de volant, des qui foncent à coups de pédales , des qui s’arrêtent au coup de frein , des qui s’affinent au coup final , des qui s’affaissent sur les fesses , des qui portent le coup de grâce , des jumelles nées d’un coup double , des bûcheronnes à coups de hache , des paysannes à coups de sabot , des cavalières à coups de cravache , des péronnelles à coups d’éperons , des qui progressent par à-coups , des qui ne sont plus dans le coup , des peaux de vaches tauromachique , des qui ruminent un coup de corne , des qui demandent un coup de pouce et qui reçoivent un coup de main , des tordues à coup de torgnole , des éclopées à coup de clope , des claquées qui en ont leur claque , des létales au coup fatal , des qui sont mortes sur le coup , des défaites des soirs de fête , des balèzes à coups de balai , des torchis à coups de torchon , des qu’on entame sans état d’âme , des qu’on défonce à coups de marteau , des qui défilent à coups de tambour et qu’on déclare à coups de canon , des qui vibrent à coups de trompette et serpentent à coups de sonnette , des qui s’alignent à coups de règle , des qui se creusent à coups de pelle , des qui se fendent à coups de pioche , des qui s’étalent à coups de latte ou se déplacent à coups de rame , des qui d’une pierre ont pris deux coups , des qui travaillent au coup de fatigue , des codes barres à coups de barre , des qui gonflent d’un coup de pompe , des qui explosent d’un coup de colère, des qui subissent les contrecoups , des qui se gênent aux entournures, des qui raillent , des qui déraillent , des entailles qui serrent la taille , des qui baillent écrites en braille sur de l’écorce en code morse , des qui démangent , des qui dérangent , des qui s’arrangent des peaux d’orange , des nues émues qui changent de peau , des qui ne manquent pas d’allure, des qui cherchent le coup d’éclat, des qui n’auront pas de figure , des qui jurent et qui défigurent , des qui se maquillent au laser, des qui voudraient faire esthétiques , des qui ont tenté des teintures , des roussies issues de la brousse , des rougies au mercurochrome , des qui jaunissent à l’ oxygène , des auburn qui comptent les prunes , des pétasses qu’on rapetasse , des métisses qui rapetissent , des épaissies à coup d’épée , des qui se cultivent au cutter dans des duels de fines lames , des qui trouvent cela rasoir , des qui lacèrent et qui macèrent, des qui pourraient sembler sincères , des qui mentent , des qui fermentent , des qui montent jusqu’au menton , des qui descendent jusqu’au nombril , des qui parfois Lui sautent au cou , des chirurgicales au scalpel , des médicales au bistouri , des opérations coup de poing , des qui naissent d’un coup d’Etat , des césariennes assez aryennes , des nerveuses à fleur de peau , des qui s’écartent à coup de fouet , des qui Lui flattent l’encolure, des qui ont fait les quatre cents coups , des qui devraient être aux cents coups après un coup de téléphone, des coquettes un peu toquées qui se sont retrouvées en cloque , des rocailleuses qui craquent aqueuses , des prêtes pour le corps à corps , des ogresses qui montrent les crocs , des moqueuses croqueuses de diamants , des qui s’y sont cassé les dents , des édentées mangeuses d’homme , des gourmandes qui font bonne chaire , des qui ont un bon coup de fourchette, des douloureuses au coût salé , des qu’on mouille d’un coup de langue , des tendres qui ont la peau dure , des méchantes qui veulent Sa peau , des leurres qui ne l’auront pas , des qui sentent le coup fourré , des qui paniquent au coup de la panne , des qu’on voit au premier coup d’œil , des qu’on sent sous un coup de sang , des qui fument sous un coup de feu , des dures à cuire qu’on n’a pas crues , qui portaient plainte pour coup de foudre, des motus et bouches cousues , des dégueulasses qui dégueulent quand elles se fendent la gueule , des égueulées d’un coup de gueule , des comme issues des commissures , des vineuses d’un coup dans le nez qui rognent les trognes d’ivrogne , des piquées de haute couture , des bien ourlées , des bien brodées , des boutonnières à la bordure , des qui méritent un coup de chapeau , des qui se percent à coups d’épingle ou se criblent de coups de bec , des pieds de coq pour chair de poule , des pattes d’oie pour coup de canne , des qui s’ouvrent en deux coups de ciseaux , des qui tiennent à un coup de fil , des qui dépassent la mesure et se relèvent d’un coup dur , des qui passent pour un bon coup et jouissent sous les coups de reins , des qui s’allongent coup sur coup et qui parlent derrière Son dos , des qui tirent sous la ceinture et qui aspirent à autre chose , des disparues aux coups de minuit , des qui viennent au coup par coup , des qui sont sorties d’un seul coup et partent sans laisser de trace , des qui attendent les trois coups pour surgir en coup de théâtre , des qui se saignent aux quatre veines , des qui pètent pour des pépettes , des qui assurent , des qui rassurent , des qui cailleraient sans présure , des qui marchent aux coups de bâton , des qui ont manqué d’attention et qui franchissent la clôture , des officiers de la lésion , des décorées de la nation qui vont abreuver nos sillons , des qui préparent un mauvais coup , des qui palpitent au coup de cœur , des qui changent de texture , de tissure en contexture , de coulure en égoutture , de collure en colature , de saburre en saccharure , de saumure en dessalure , de griffure en égratignure , d’écornure en écorchure , de déchirure en déchiqueture , d’entamure en étampure , d’étamure en emplanture , de roulure en éraillure , d’enflure en éraflure , de rainure en ruinure , d’épure en fioriture , de liure en sertissure , de chinure en écharnure , de charnure en effanure , de filure en effilure , de Lémures en limure , d’enlevure en élevure , d’enchevauchure en voussure , de damasquinure en crêpelure , de jaspure en parementure , d’engrêlure en grivelure, de guipure en appogiature , de maillure en émaillure , de peinture en enluminure , de parure en armure , de dentelure en crénelure, de cannelure en alésure , d’arcure en arcature , de moulure en rudenture , de bouture en coupure , d’ échancrure en bosselure , de boursouflure en bouffissure , de baisure en brasure , de bigarrure en bariolure, de bavochure en ébréchure , de vomissure en éclaboussure , de moisissure en cramoisissure , de pourriture en panachure , d’angusture en dépure , de pelure en épluchure , de paumure en épaufrure , de tonture en troncature , de censure en vigneture , d’évidure en râblure , de râpure en raclure , de talure en tavelure , de gratture en sciure , de scissure en ciselure, de fêlure en flexure , de fissure en tapure , de cassure en fracture , de blessure en meurtrissure , de froidure en gerçure , d’engelure en gelure , d’enjolivure en gélivure , de soudure en croisure , d’ébarbure en barbelure , de brûlure en échaudure , d’échauffure en échauboulure , de suture en ligature , d’encavelure en craquelure , d’envergeure en vergeture , de bavure en injure , de désinvolture en usure , de flétrissure en souillure , de pliure en salissure , de moucheture en tacheture , de zébrure en marbrure , de hachure en mâchure , de striure en brisure , de bitture en biffure, de panure en panelure , d’enture en aventure , d’imposture en fâcheuse posture , de capture en rupture , de luxure en forfaiture , de cure en villégiature , de filature en dictature , de rature en râtelures , de morsure en torture , de lecture en pâture , de signature en caricature , de césure en vermiculure , d’écriture en littérature , j’en ai vu – question d’épiderme ! – des vertes et des pas mûres qui Lui sont passées sur le corps pour éclore , s’épanouir , se fermer , se rouvrir, se faner , se ratatiner, s’effacer…Quelle déconfiture ! Je n’ai jamais donné bien cher de leur peau !

Coup de bol ? Manque de pot ? Moi , j’étais si profonde qu’Il a dû me garder…à Son corps défendant peut-être… Car Il n’apprécie pas les cicatrices , ni les trous , ni les accrocs …moins encore s’ils ont été créés volontairement comme pour donner corps aux cautères , aux crachats , aux cratères de coeurs sans caractère , de tares scarifiées , d’ escarres tarifées ; pour Lui qui n’aime que les douces , la peau est un tissu sacré chèrement vendu , hardiment risqué et parfois provisoirement , dérisoirement sauvé de l’Age qui fond dessus , qui dessine , burine , imprime inexorablement sa trace , sans qu‘on puisse lui faire la peau , lui tordre le cou …et cela suffit grandement à Lui poser problème : quelle plaie !

En même temps, Il me respecte ..hum!…disons qu’Il ne cherche pas à me cacher…Mais , soyons honnête , il me montre plus souvent par négligence que par fierté …Je ne suis pas très glorieuse à ses yeux … Je n’ai rien d’un tatouage guerrier…mais ça Lui correspond ; Il préfère toujours les suçons de Vénus aux paraphes d’Arès…

En fait , un soir , Ses petits … non , je me trompe : c’était deux soirs différents … un pour chaque chérubin …Chacun , au creux le plus douillet de sa petite enfance , alors qu’ Il le faisait sauter sur Ses genoux , eut le même réflexe , une fois, en promenant des doigts curieux et caressants sur la pilosité paternelle , de s’arrêter exactement sur moi , petite ombre en relief , ocre et brune comme une minuscule géode , aux contours découpant presque un cœur à l’envers. A ces deux moments – là, Il me fit briller … Il se proclama Roi de Cœur , majesté suprême de Son nid d’amour constitué exprès pour Ses deux angelots . Cela sonnait si juste!!!..Ma présence ne pouvait qu’attester , telle un sceau divin apposé par Providence, Destinée ou Fatalité , ce tissu de mensonges …. aussitôt déchiré , tout d’un coup mis en pièce par Son grand rire si soudain !…. Pourtant j’aurais aimé faire peau neuve , ainsi habillée … Ma vraie histoire , la voici…la voici comme Il la leur a finalement racontée .

Ca s’est bien passé lors d’une boum chez le Tonton Renaud ( puisque , depuis , cette amitié a pris un tour tout fraternel !) . Il y avait du monde ; des couples se formaient …Marc et Nathalie se poursuivaient dans le jardin…Lui était resté derrière la porte-fenêtre entrouverte , à l’intérieur , sans perdre une seule miette de leurs marivaudages …Et quand Nath avait voulu s’échapper des bras de Marc , prête à rentrer dans le salon , croyant avoir assez d’avance pour laisser l’amoureux transir dehors , Il avait cru bon d’aider Son copain à reprendre l’avantage : Il avait fermé à clef . Nath avait stoppé net…mais pas Marc . Coup du sort : quel télescopage ! Elle avait traversé la vitre ! Du verre partout ! L’Autre Grand Nigaud S’en était reçu un pan entier sur la jambe droite , très près de la rotule , S’entaillant tout le côté ! Aussitôt une cour féminine et bénévole L’avait allongé sur le canapé pour prodiguer les premiers secours . Il avait même eu droit à une piqûre : le frère de Renaud faisait médecine . Moins d’ une heure après , Il régnait sur la piste , genou bandé , exécutant un charleston pour épater la galerie .

Depuis je vis avec Lui , plus fidèle que son ombre , comme une première maîtresse dont on ne songe plus à se débarrasser. Il ne m’a jamais donné de nom ; pourtant j’aurais adoré …Dolorès ? Incarnation ? Un peu trop exotiques peut-être ! Et comme , au fil du temps , j’ai changé de couleur , ce n’est plus Rose , ni Blanche , ni Ambre , ni Violette , ni Pervenche , ni Mélanie , ni Isabelle dont je souhaiterais me faire baptiser mais sans doute Epiphanie car , immarcescible image , désuète comme ce prénom , comme si c’était moi qui L’avais dans la peau , je reste , éternelle apparition , la manifestation sombrement rayonnante de tout l’amour que je Lui porte et dans lequel je suis baignée .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 31Décembre 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Labyrinthe intérieur

Difficile de parler de liberté alors que , même sans chercher plus loin , chacun est verrouillé à l’intérieur de soi , perdu dans les dédales , entre l’acquis et l’inné , de ses interdictions essentielles , de ses convictions castratrices et de ses censures inconscientes.

Le mental est un puissant fond , une enceinte abyssale , une prison sans murs ni grilles .

De quoi perdre la raison …On dit aussi « perdre les pédales « …on peut dire aussi « mettre un frein « …

Tout ce qu’on enseigne à l’école , tout ce qu’on tient des parents , tout ce que le frottement à l’existence charnelle , concrète des choses et des êtres cherche à nous faire entendre bâtit un couloir dans cette geôle sans fin qui nous invite au vertige de la poursuite plus enivrant que l’absinthe , comme une eau de vie salutaire , un alcool où la fleur fanée de nos grosses incertitudes et de nos imperceptibles doutes désaltererait ses pétales .

JJ M



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