Variations du genre les Exercices de Style de Raymond Queneau sur le mythe du Roi des Aulnes.


1)
Un père chevauche à travers la forêt, son fils fiévreux dans les bras. En chemin l’enfant entend une voix : c’est le roi des aulnes qui l’appelle pour l’emmener dans son royaume, où ses filles lui ont préparé un tapis de fleurs.

Père, père, entends-tu ?
Quoi, mon enfant ? Je n’entends rien.
Père, père, cette voix, n’entends-tu pas ?
Mais non, mon fils, ce n’est que le vent qui fait frémir les arbres.
A l’aide, père ! A l’aide ! Il m’appelle, m’entraîne…
Ce n’est rien, mon fils, c’est la pluie sur les feuilles…

Lorsque le père sort enfin de la forêt, son fils est mort dans ses bras.

2) Conte :

Il était une fois un homme et sa femme qui n’arrivaient pas à avoir d’enfant. Tous les jours leurs prières montaient au ciel, mais rien n’y faisait, jusqu’au jour où une vieille dame frappa à la porte et offrit ses services. « Tu couperas une jolie branche de noisetier et t’en iras à la pêche dans le petit ruisseau qui coule à la lisière de la forêt. » La femme n’était pas superstitieuse, mais elle était prête à tout essayer pour avoir un enfant à elle, alors, sans en parler à son mari, elle fit ce que la vieille dame lui conseillait. Très vite elle attrapa une belle truite. Mais ce poisson brillait de mille éclats au soleil du petit matin, et la femme n’eut pas le cœur de le faire cuire. Elle rejeta donc le poisson dans l’eau et oublia toute l’histoire, ne se doutant pas que l’histoire, elle, ne l’oublierait pas.
Neuf mois plus tard, elle berçait dans ses bras le plus joli des petits garçons, qui tous les jours lui semblait encore plus beau, jusqu’au jour où, perdant subitement de son éclat, il tomba malade d’une très forte fièvre. Alors son mari prit l’enfant sur son cheval pour l’emmener voir le médecin de l’autre côté de la forêt.
Mais l’orage ne tarde pas à éclater, et la forêt est emplie du vacarme du tonnerre et d’une pluie battante, et les éclairs font se cabrer le cheval que le père pousse de plus en plus vite à travers les arbres. L’enfant a peur et crie au secours, mais ce n’est pas l’orage ni la chevauchée frénétique qui le terrifient, mais le roi des aulnes qui l’appelle dans la nuit de sa voix douceâtre, lui parlant de ses filles et de bosquets fleuris… Il le veut pour sien, ce roi, pour être le fils tant désiré, l’héritier de son royaume. Le père, qui ne peut entendre la voix du roi des aulnes, le rassure comme il peut et aiguillonne toujours plus fort sa monture.
C’est ainsi qu’il ne vit pas son fils se laisser doucement s’éteindre dans ses bras. Lorsque, les yeux remplis de larmes, il ramena le petit corps inerte à sa femme et lui conta les cris déchirants de leur fils, elle se souvint de la vieille dame et de la truite étincelante, et comprit. Tous les jours dorénavant, on la voyait au petit matin au bord du ruisseau avec à la main une canne de noisetier, à laquelle était attaché un petit filet de pêche.

3) Lipogramme :

Un papa court dans un bois sur son canasson, son fils qui a trop chaud s’accrochant à son bras. Par trois fois s’insinua la voix du roi : « Par ici, mon fils, par ici ! Tu auras mon pays si joli ! », affolant illico l’agonisant qui cria fort à son papa. Par trois fois son papa fut rassurant, niant tout son sauf bruits normaux. Quand il arriva à la maison du toubib, il trouva son fils mort.

4) Au bistrot

C’est l’histoire d’un mec….genre romantique, tu vois ? Il cravache à tout crin dans la forêt, les cheveux dans le vent, tout ça, l’orage qui pète partout… Il a un minot avec lui, le genre couineur, le gosse qui arrête pas… jamais content pour un oui pour un non. Enfin là, c’est vrai, il a de quoi être nifé: il a quarante de fièvre, il est complètement trempé, et son fou de père il va trop vite – il manque de tomber tout le temps. En plus, il a vraiment les jetons parce qu’une voix lui parle à l’oreille de belles choses, de jolies filles et de bois fleuris, et ça l’angoisse. Mais quand il en parle à son père, celui-là il a l’air au courant : « Oh non, le coup du roi des aulnes, manquait plus qu’ça ! » On aurait dit un pneu crevé ou un fer à cheval à changer… Alors il arrête le canasson et il regarde son fils droit dans les yeux, là sous la pluie avec les éclairs qui tombent – l’endroit rêvé pour causer d’homme à homme. « Bon, ce roi-là, avec sa voix envoûtante, c’est un charmeur. Vai, t’en verras d’autres. Alors écoute un peu, tu t’en vas avec lui, et tout se passera bien, et puis un jour il en aura marre de jouer au papa et il te laissera tomber. A ce moment-là tu t’affoles pas, tu m’appelles et je reviendrai te chercher. » Et là, il plante son fils dans les fourrés, il fait tourner son cheval et il repart chez lui. On peut pas leur mâcher le travail, quand même ? Faut pas les empêcher de toucher à la vie, de quitter le nid et de voler de leurs propres ailes, non ? Et puis, « faut bien que jeunesse se passe… »


5) Pastiche (Les versets sataniques de Salman Rushdie)

« Oh là, mon garçon ! Schönes Kind, baba, c’est toi ! Faut dire à ton papa d’y aller mollo, tu vas tomber !  » Et pour illustrer la chose, le roi des aulnes se laissa choir de la branche sur laquelle il était assis, fit une cabriole dans l’air, puis, juste avant de s’écraser sur le sol, il remonta en tournoyant à la verticale, tout comme Peter Pan dans le film du même nom de Walt Disney. Les yeux écarquillés, le garçon regardait, épaté, oubliant son précaire équilibre sur le cheval et la pluie qui lui gouttait du chapeau de son père sur la nuque.
« Ohé, par ici, baba !  » Le roi apparut dans l’instant, quelques arbres plus loin, suspendu par les pieds, jouant une mélodie molto agitato au violon et chantant à tue-tête en même temps. « Oh, il jouait sur une cuiller à soupe, une cuiller à soupe, une cuiller à soupe, et il jouait sur une cuiller à soupe et se nommait…  », traduisant en allemand, pour le plus grand bonheur du mioche tant convoité, une chanson traditionnelle du Royaume des Aulnes. Accrochant son violon à une branche, il leva l’archet au-dessus de sa tête, lequel se changea dans un éclair bleu ciel à paillettes dorées en cuiller à soupe, que le roi se mit alors à tapoter avec une brindille, en la remuant d’avant en arrière, telle une contrebasse folle sous la baguette d’un chef d’orchestre pressé. « Pour renaître, baba, il faut d’abord mourir  », et il balança la louche et s’aplatit dans l’air comme un accidenté de la route passé sous les roues d’un camion citerne, avant que des ailes de papillon aux couleurs vives lui poussent, et qu’il s’envole avec grâce.  Le garçonnet réfléchit. Il n’était pas né de la dernière pluie et en avait vu d’autres. Il leva la tête vers la figure grave et soucieuse de son père, le dévisageant d’un air critique, il parcourut la forêt ruisselante des yeux et prit sa décision. Surgissant de son corps, il se projeta d’un bond dans les feuillages trempés d’un grand chêne, et se retrouva assis sur une herbe très verte dans un joli jardin printanier, avec des bosquets et des charmilles de rosiers, où de jeunes couples contaient fleurette au soleil…



Pastiche du Cid à la sauce picrocholine rabelaisienne

Comment Rochibre fut nommé Le Cidre

Adoncques Rochibre, prime de son nom, & sa caterve se transportèrent aux digues de Valence. En cestui jor, Rochibre reçut ordre de conduire, por escrabouiller l’ars sarrasine, l’armée des Castagnettes & son artillerie, en laquelle furent comptés quatre cents malles de poëles à frire, trois mille fours à griller l’Impie, cinq mille fourchettes à piquer le jambon. Partis de Madrid à cinq mille homines, fut compter moult plus de trois millénaires guerroyers castillans à Valence.

Sitôt arrivés, Rochibre lequel incontinent sans plus outre se soucier des ordres de la dive seigneurie fit crier par davant & darrière de ses troupes que un chacun de la totalité de ses troupes divisés en trois & moultipliée en deux resteroit stagnant dans les embarcations, requises dès lor venue, la tiers partie restante conviendrait en le port avecques le nove chief.

Tant les Ibères attendirent longue partie de la nuit durant, la mer soudain se démonta. Lors dans l’obscure clarté, chacun sur le port put voir trente voiles venir à eus. Ce fut la flotte melone qui approchait, plein d’aplomb & d’esprit belliqueux, por occire tos ces Chipolatas Ainsi débarquèrent en le port, déchargèrent cinq mille hommes, six mille citernes remplies de trois mille moutons égorgés sus bonne estoile divine, quatre cents appareils de tortures culinaires, cinquante-sept plats à tagine, trente-sept tonneaux de harissa.

Ce que voyant, les Chipos de la terre sortirent de lor abri & à grands cris & coups de banderilles assaillirent les Melones. Saisis de stupeur, ces derniers gémirent tels moutons à l’Aïd el Kebir. Ce que entendant, les Chipos de la mer sortirent de lor abri & à grands cris & coups de harpons transpercèrent jusques à lor viscères les malins ennemis.

Adoncques la bataille des Chipos contre les Melones commença. Les uns frappèrent à coup de chorizos, les autres à coup de merguez. Puis ce fut moules à la castillane contre briways à la marocaine. Hostilités jà lancées, l’on put voir de tote part les lancers de munitions savoureuses; por un camp, ce furent moules farcies, patatas bravas, tortillas, panes con tomate, poulpes à la plancha, jamon con melon, soupions à la madrilène, calmars persillés, manchego con queso, crèmes à la catalane; por l’autre, briwats, merguez, couscous royal, bakhlawas, macrouts, cornes de gazelle, tajines de poulet, pastillas de pigeons, boulettes de viande. Les chefs, largement plus toqués que les autres, allaient & venaient de part tos les marmitons, les encourager en cuisine : « Plus de piments! » ou « Plus de harissa! »selon le label de la contrée.

Nuit jà avancée, un chacun estoit recouvert de mets en tot genre, arrosé d’un mélange chorba-sangria à faire pleurer les plus gourmets de tot bord. Tandis que les combats des chefs & de lor marmitons faisait rage jà de longues heures, le jor pointa à l’horizon. Un chacun put constater l’étendue des dégâts & l’état des ses troupes : les tapas l’avaient emporté sur les tajines en tot genre.

Ce que voyant, quelques uns de barbares s’enfuyèrent à la route par la mer, sans regard darrière soi, comme un chien qui emporte un plumail. Lors Rochibre, voyant son avantage, proposa aux toques ennemies le trou normand. Les autres toques étoilées ne pouvant se convenir de quitter la table en ces conditions boudèrent lor soupe; mes après quelque temps se résolurent à baisser les cuillères & firent quérir le plus toqué des Chipos.

Le nom de Rochibre retentit dans tot le port; cestui homme michelinisé se présenta aux khalifes enrubannés qui lui décalrèrent : «Dès or mais en homage en t ingénuité brutale & la saveur de ton armée , tu ne seras plus appelé Rochibre mais tu deviens Le Cidre! »



Diégénèse

Version de Base

Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.

La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.

Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut.

Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres.

Puis Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.

Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme.

Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez vous, remplissez la terre, et assujettissez la; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.

Le Régisseur

Quand Je l’ai décidé, après avoir émerger d’une sieste qui, à un mouvement d’onde près, faillit être éternelle, j’ai créé les cieux ET la terre.

Je me déplaçait, dégourdissait mes pouvoirs au dessus des eaux. On ne distinguait rien : une couche d’abime sur une couche d’abyme.

J’ai dit : Lumière! … Ca s’est allumé.

J’ai esquissé un petit sourire d’autosatisaction, je commençais à prendre confiance en moi. Et j’ai envoyé l’ombre définitivement se faire pendre de l’autre côté de la lumière.

Quelques jours plus tard, j’ai attrapé ce petit morveux, l’homme, et je lui ai asséné une belle paire de fonctions et de responsabilités vis à vis des autres espèces. J’ai vu la cupidité du pouvoir briller dans l’oeil du minus. Homo sapiens sapiens, j’en rigole encore…Je l’ai béni.

J’aurai mieux fait d’apprendre directement l’écriture aux papyrus, et l’hébreu aux poissons chats.

Sérieux!

L’engagement à peine sifflé, l’Arbitre Le v’la qui s’met à s’affairer dans tous les sens de l’isotropie j’te jure! Y s’met à déballer de la pelouse, à construire un toit.

Avant ça y avait rien, que dalle, à peine un vague terrain vague vague, tu vois le genre, pas un troquet, ouelou, l’âme en rade.

Et pis, y a l’Autre Lampiste qui débarque, tagada tsouin tsouin, il incendie les projos…

L’Arbit, il s’retourne, il dit OK, pis y fait une équipe noire et une équipe blanche…Comme j’te le dit!

Après on perd le contact, Le Mec, il déconnecte, comme si ses fils y viendraient un jour à se toucher. Il déblatére et ciel dans le miroir des histoires de biologie, de faire des multiplications, de souligner le sujet, je sais moi… J’hallucine! L’Arbit il était en train de virer Prof, blabla le cours, blabla la morale, on comprenait plus rien.

Hé tu crois pas que je te fais des mithos?

Soupe primitive

A l’origine c’était l’Esprit qui avait instauré les cieux et la terre.

Alors que l’homme tremblait à se refaire une beauté, à s’arracher un cil par ci, à peaufiner sa partition de cheveux, s’observant tant et plus, au bord de la chute dans l’une de mes flaques, d’un rien, Dieu lui fit une fleur et lui donna toutes sortes de travaux domestiques à effectuer. Une manière de l’occuper face aux abymes, lui éviter de sombrer.

J’avais connu d’autres époques de néant presque pur, y avait-il à grande peine le verbe, et Dieu le nébuleux, qui vaquait au dessus de ma surface en se tournant des pouces informes.

Mais maintenant, y a des saisons mon petit monsieur, c’est l’heure de la révolution physiologique…

Chamoiseau, chamoiselle,

Bien avant le début des temps d’antan, en dehors des mémoires des ancêtres, au delà des plus vastes encyplodies de rides des monts Bois-Rouge, l’Esprit, qui avait enseigné tous les esprits du premier Continent, créa grand ciel et bout de terre.

Avant Lui, la vie ne semblait guère que le ventre mou d’un nuage sans forme ni manman.

Puis il siffla lumière, et celle-ci pucelle impatiente, accourut comme un nègre chien-chien des premières bitations.

D’un tic tac de glaise il façonna notre vaillant esternome et la douce idioménée qu’il leur dit croire à son image.

Et sans perdre plus un ongle de temps il leur sermonna toute une foule de missions, de parades de représentations coupe ruban, et de pouvoirs tyrans sur la brousse et ses zabitants sans autre forme de procés ni mode d’emploi.



Journal intime

Mardi 21 mars

Aujourd’hui, c’est le printemps. Pas trop tôt. J’en ai marre de me geler les doigts à la mine. En plus, c’est toujours moi qui descends dans la galerie la plus froide.

Mercredi 22 mars

Il est arrivé une chose incroyable aujourd’hui ! On est entré chez nous pendant qu’on n’était pas là. Une fille. C’est Dormeur qui l’a trouvée en train de pieuter tranquille dans son lit – forcément, qui d’autre, toujours le premier à aller s’allonger pendant que les autres bossent. Du coup je vois bien qu’il se prend pour le propriétaire, genre, « pas touche les gars ! c’est moi qui l’ai vue le premier ! ». Ça va faire des histoires, j’en suis sûr. Les bonne-femmes, ça fait toujours des histoires partout où ça passe ! Ils se la badent tous comme un gros choux à la crème… c’est trop pathétique !

(bon, je reconnais quand même que c’est un sacré morceau)

Jeudi 23 mars

J’hallucine. Comment ils étaient pressés de rentrer ce soir ! Un peu plus ils revenaient de la mine en courant. C’est bon on va pas leur piquer leur sainte nitouche. Déjà que toute la journée ils m’ont cassé les oreilles en chantant des chansons guimauves. Et là ce soir, c’est à qui lui fera le plus de sourires : « et tu veux un coup de main pour étendre les chaussettes ? » et patati, et patata… En plus Simplet a refilé son pieu à la donzelle, du coup, ça fait deux jours qu’il dort dans le mien. Il prend toute la place, et il ronfle. Je vais pas supporter ça longtemps moi !

Vendredi 24 mars

Il a plu toute la journée. C’est joyeux de bosser dans la boue tiens ! J’ai le nez qui coule en plus. À tous les coups Atchoum m’aura refilé sa crève. Ce soir on a mangé des carottes. Je suis sûr que c’est Joyeux qui lui a demandé de préparer des carottes. Il adore ça, Joyeux, les carottes. Il adore surtout parce qu’il sait que moi je déteste. Ce type me débecte. À chaque fois qu’il y a des carottes, chacun y va de son « allez, mange, ça rend aimable ». Ils vont arrêter de me charrier oui ! C’est vraiment pas le jour !

Samedi 25 mars

Heureusement qu’on est rentrés plus tôt. On a retrouvé Blanche-Neige à moitié morte étouffée ! Putain ! la sorcière qui lui a fait ça, moi je vais lui faire bouffer son grimoire !

Dimanche 26 mars

Ils sont tous aux petits soins pour elle. Prof arrête pas de lui faire la leçon. Il m’agace !!! Du coup c’est qui qui fait la popote, hein ? Tu parles d’un dimanche ! Je préfère encore aller à la mine.

Lundi 27 mars

C’est pas vrai ! Je l’avais dit qu’elle nous apporterait que des emmerdements ! Elle a vraiment rien dans le citron ! Elle a rien trouvé de mieux à faire que d’acheter un peigne à cette sorcière ! Evidemment il était empoisonné ! Elle a encore failli y passer, elle a du pôt qu’on est rentrés plus tôt encore aujourd’hui. Je suis vert ! Je sais pas comment, mais il faut qu’on se débarrasse de cette immonde sorcière !

Mardi 28 mars

Rêveur est resté avec Blanche-Neige aujourd’hui. Pour la protéger soi-disant (tu parles d’une bonne excuse pour se la couler douce pendant que les autres turbinent oui !)
Ils sont tous super inquiets, du coup personne n’a desserré les dents de toute la journée.
Je préférais presque quand ils chantonnaient niaisement.

Mercredi 29 mars

Tout est ma faute ! Jamais je me le pardonnerai ! C’est moi qui leur ai dit qu’ils exagéraient et qu’on allait pas la couver tous les jours comme un bébé. Voià. A cause de moi on l’a laissée toute seule. Merde. Je suis vraiment qu’un sale con. C’est pas juste ! Qu’elle revive, elle ! J’ai qu’à mourir moi, à sa place. Je mérite plus de vivre après ce que j’ai fait. Et puis de toute façon je peux pas supporter de les voir tous chialer. Comment j’ai pu dire du mal d’elle ! Comment j’ai pu lui en vouloir ! Elle est parfaite ! Même morte elle est encore parfaite. Elle est si belle ! Si belle. Comment on va faire maintenant nous, pour vivre sans elle ? On pourra jamais.

Jeudi 30 mars

Elle est vraiment morte. J’arrive pas à réaliser. Je me le pardonnerai jamais.
On peut pas arrêter de la regarder, on peut pas détacher nos yeux d’elle. On peut pas croire qu’elle soit morte tellement elle est belle.
On va pas l’enterrer. On peut pas faire ça. Pas encore. Pas tant qu’elle est si belle. On peut pas souiller sa peau avec de la boue. On peut pas laisser les vers de terre nous la bouffer. On veut continuer à la regarder. Toujours.
On va lui faire un cercueil en verre.
Je promets de rester près d’elle jour et nuit pour la regarder. Pour lui demander pardon. J’aurais pas assez de sept vies pour lui demander pardon pour ce que je lui ai fait.



Blanche-Neige ou l’innocence

CHAPITRE PREMIER

COMMENT BLANCHE-NEIGE FUT ÉLEVÉE
DANS UN BEAU CHÂTEAU,
ET COMMENT ELLE FUT CHASSÉE D’ICELUI

Il y avait en Grimmerie, dans le château de M. le roi de Schneech-ten-wittchench, une jeune princesse à qui la nature avait donné la peau la plus blanche et les cheveux les plus noirs. Sa physionomie annonçait son âme. Elle avait le jugement le plus innocent, avec l’esprit le plus pur ; c’est, je crois, pour cette raison qu’on la nommait Blanche-Neige.

Avant sa naissance, Madame la reine s’était malencontreusement piqué le doigt par le moyen d’une aiguille, et en avait conçu une grande émotion.
« Oh ! dit-elle, voyez comme le rouge de mon sang est beau sur la neige pure. Pareillement mon enfant sera belle et pure telle l’innocence. » Elle n’eut pas le bonheur de vérifier combien elle avait eu raison. En effet, elle mourut bientôt après l’accouchement avec d’atroces convulsions.

Un an plus tard, on conclut le mariage du roi de Schneech-ten-wittchench avec une nouvelle reine dont tous louèrent la beauté et la grâce. On disait d’elle unanimement que c’était la dame la plus belle de tout le royaume de Schneech-ten-wittchench et même probablement de Grimmerie, ce qui lui valait une très grande considération.
Malgré son premier malheur, Blanche-Neige eut donc la chance de grandir auprès d’un père royal et d’une belle-mère dans le magnifique château de Schneech-ten-wittchench, jusqu’à ce que le roi mourut à son tour horriblement éventré lors d’un accident de chasse. On pleura le père et plaignit l’enfant, mais on se consola de ce ce que la nature avait laissé à la jeune fille le don de la beauté et de la pureté d’âme, ainsi qu’une belle-mère reine et un château, ce qui augurait de son sort mieux que de celui d’une quelconque orpheline. Chacun reprit donc sa besogne et l’enfant grandit.
Cependant que l’enfant prenait les traits d’une femme, la reine consultait son miroir avec inquiétude. Ne l’avait-on pas considérée jusque-là comme la plus belle personne du royaume ? Qu’adviendrait-il si Blanche-Neige devenait encore plus belle ? Cela ne nuirait-il pas à la considération qu’on lui portait ? Ces inquiétudes provoquèrent chez la reine un douloureux tourment qui la priva de sommeil une nuit entière.
Au matin, elle avisa un chasseur de ses sujets qui passait non loin du château. « Voilà, se dit-elle, un jeune homme très bien fait qui pourrait me rendre service ». Elle s’avança vers lui et le pria à dîner. « Ma reine, lui dit le chasseur avec une modestie charmante, vous me faites beaucoup d’honneur mais je n’ai pas de quoi payer mon écot. » « Ah ! Monsieur, lui dit-elle, les chasseurs de votre qualité ne paient jamais rien, n’avez vous point un beau couteau de chasse? » « Oui, ma reine, en effet j’en ai un.» « Ah ! Monsieur, que je suis aise ! Mettez-vous donc à table ! ». Elle lui fit manger bonne chair et boire bon vin, et le persuada avant la fin du repas d’emmener Blanche-Neige dans la forêt, et de lui ôter le foie et les poumons au moyen de son superbe couteau de chasse.


CHAPITRE SECOND

COMMENT BLANCHE-NEIGE
SE SAUVA DANS LA FORÊT
ET CE QU’ELLE DEVINT

Tandis que le chasseur et Blanche-Neige marchaient dans la forêt, la jeune fille ne chercha pas à s’enfuir, se croyant en promenade, ignorante qu’elle était du dessein que la reine avait ordonné à cet homme. Il faisait le plus beau temps du monde et c’était un grand plaisir de marcher en forêt dans la fraîcheur du printemps. Cependant, il fallut bien s’arrêter. Le chasseur dévoila alors son couteau et son projet.
Tombant à genoux, Blanche-Neige cria « Ayez pitié de moi! ».
Le chasseur qui n’était pas mauvais homme, fut touché. Blanche-Neige âgée de dix-huit ans était fraîche et appétissante. Il rougit. Il accepta d’oublier la mission que lui avait commandé la reine à la condition qu’elle oubliât à son tour leur entrevue dans la forêt. Après quoi il se mit à la violer et elle s’évanouit.
Quand Blanche-Neige reprit ses sens, elle était seule. Elle marcha longtemps sans savoir où, pleurant, levant les yeux au ciel. Transie, mourant de faim et de lassitude, elle arriva tristement jusqu’à la porte d’une maisonnette dans une clairière. Ne sachant que faire d’autre, elle y entra.
Quelques heures plus tard, sept petits hommes y entrèrent à leur tour. Quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent la belle jeune fille dormant dans un de leurs lits.
Ils n’osèrent pas la réveiller et attendirent patiemment, puis quand elle fut réveillée, ils écoutèrent son histoire. Ils en furent plus émus encore de compassion que d’horreur. Quand elle eut fini, ils lui proposèrent de rester et de devenir leur servante.
Elle les remercia avec des larmes d’attendrissement.

CHAPITRE TROISIÈME

COMMENT UNE VIEILLE COLPORTEUSE
VENDIT À BLANCHE-NEIGE UN LACET,
ET CE QU’ELLE DEVINT

Blanche-Neige resta donc au service des nains. Elle s’habituait à vivre dans une maisonnette au lieu d’un château et oubliait un peu ses chagrins. Quelques jours s’écoulèrent. La journée, les nains s’absentaient pour travailler. Blanche-Neige lavait leurs écuelles, blanchissait leurs chemises, cuisinait leur dîner et leur souper. Ils n’étaient pas de compagnie désagréable, et aucun d’eux ne se conduisit envers Blanche-Neige comme l’avait fait le chasseur, bien qu’elle surprît parfois l’un où l’autre la regardant longuement tandis qu’elle travaillait ou qu’elle se reposait.
Un jour, on frappa à la porte. Blanche-Neige était seule. Elle ouvrit, une vieille mal habillée la salua. « Belle damoiselle, lui dit la vieille, je vends de magnifiques lacets -Madame, dit Blanche-Neige, je vous remercie de vous être déplacée jusqu’à ma maison, malheureusement je n’ai pas d’argent pour acheter vos jolis lacets . – Comment ? Une personne d’une telle beauté ? Une gorge si blanche que la vôtre, si gracieuse, ne peut point se passer d’un lacet scintillant. – Merci Madame, je vous sais gré de vos compliments, dit-elle en faisant la révérence. On lui noue sur-le champ le lacet autour du corset.
Blanche-Neige obligée de tant de gentillesse, n’osa pas protester. La vieille serra si fort que Blanche-Neige en perdit la respiration au point de tomber en faiblesse. C’était la seconde fois qu’elle s’évanouissait depuis qu’elle avait quitté le château de Schneech-ten-wittchench.
Le soir, les nains trouvèrent leur jeune servante morte au seuil de leur maison. Ils en furent très malheureux. Ils s’avisèrent de dévêtir la jeune fille, mais sitôt le lacet détaché Blanche-Neige retrouva le souffle et repris ses sens.
« Que vous est-il arrivé ? Nous vous croyions bel et bien morte ! » interrogèrent les nains. La belle leur conta ce dont elle avait souvenir. « Il y a horriblement de mal sur cette terre, conclut l’un des nains, pour qu’on cherche ainsi votre mort ! – Croyez-vous que cela soit possible, s’étonna Blanche-Neige? – Ma foi, dit un autre, cela semble pourtant la vérité. – Enfin, conclut un troisième, l’important est que vous soyez sauve! » Et après s’être félicités de cette bonne fortune, ils envoyèrent Blanche-Neige se reposer.

CHAPITRE QUATRIÈME

CE QUI ADVINT DE BLANCHE-NEIGE
APRÈS QU’ELLE EÛT MIS UN PEIGNE EN SES CHEVEUX

Le lendemain Blanche-Neige entendit à son réveil qu’on frappait à la porte. Les nains étaient déjà partis. Elle hésita à paraître à la porte, se souvenant de sa mésaventure de la veille. Cependant elle se sentait bien seule et se dit que le monde n’était point fait que de méchantes gens, aussi elle se rassura et alla ouvrir. Une vieille dame fort bien apprêtée la salua. « Oh, comme je suis aise de trouver en cette maisonnette une si belle jeune fille ! Permettez que je vous montre un de mes beaux peignes, il parera à merveille vos superbes cheveux noirs » Disant ces mots, la vieille tenait dans sa main le plus beau peigne d’ambre que Blanche-Neige eût jamais vu. Cependant elle se souvint du lacet qui avait failli causer sa mort. « Ah! madame, répondit-elle, j’ai été hier étouffée d’un lacet par une vieille marchande, et avant-hier brutalisée sauvagement par un chasseur. Comment puis-je vous faire confiance ? – Oh ! Ma pauvre petite ! Que de malheurs se sont abattus sur toi ! Comme je compatis » Et la vieille versa des larmes pour appuyer son dire. Blanche-Neige, impressionnée de voir ainsi la vieille pleurer de son malheur, ne douta plus de sa sincérité, d’autant que le peigne était fort beau, bien qu’elle n’eût pas le premier écu pour le payer. « Brave enfant, puisque c’est ainsi, je t’en fais présent, dit la vieille en lui tendant le peigne » Blanche-Neige, qui n’avait osé le lui demander, fut ravie de voir son désir secret ainsi exaucé. Elle coiffa avec empressement ses cheveux du magnifique peigne d’ambre, et tomba aussitôt à terre.
Le soir, les nains trouvèrent à nouveau leur jeune servante morte au seuil de leur maison. Ils en furent une seconde fois très malheureux. Ils s’avisèrent de dévêtir la jeune fille, mais sitôt le peigne retiré des cheveux de Blanche-Neige, elle retrouva le souffle et repris ses sens.
« Que vous est-il arrivé ? Nous vous croyions morte à nouveau ! » Blanche-Neige leur conta l’épisode de la vieille et du peigne. Les nains furent bouleversés de ce récit. Cependant, la peur qu’ils avaient eue que leur protégée ne fût réellement morte fut la cause de ce qu’ils se réjouirent de la savoir sauvée pour la seconde fois.

CHAPITRE CINQUIÈME

COMMENT BLANCHE-NEIGE MANGEA UNE POMME
ET DANS QUELLE DÉTRESSE
LES SEPT NAINS SE TROUVÈRENT

Le lendemain les nains ne quittèrent la maison sans qu’ils n’eussent recommandé à la jeune fille mille prudences. Elle leur assura qu’elle n’aurait pas la sottise d’ouvrir encore la porte à une vieille marchande. Aussi quand on frappa à la porte ce jour-là, Blanche-Neige n’ouvrit pas, mais s’approcha seulement de la fenêtre.
Une femme était derrière la porte, tenant sous son bras un panier de fruits. Blanche-Neige, songeant que la prudence n’était point la contradiction de la politesse, s’adressa à elle par la fenêtre. « Bonjour madame ! Vos fruits sont fort beaux, mais je ne peux ni vous ouvrir ni vous en acheter un seul. – Ce n’est rien ! Ne vous souciez pas de moi ! Mais pourquoi donc ne pouvez-vous ouvrir la porte ? Êtes-vous donc enfermée ? Pauvre petite ! – Non madame, hélas, c’est bien pire. J’ai été hier empoisonnée par un peigne, la veille étouffée d’un lacet par une vieille marchande, et le jour d’avant brutalisée sauvagement par un chasseur. – Hélas, mon Dieu ! Tant de malheurs pour une seule personne ! Vous êtes pourtant si belle et vous semblez fort douce ! – Merci madame. – Vous avez grandement raison de ne point ouvrir votre porte à quiconque. Mais je suis bien affligée pour vous. Comment puis-je apaiser votre tourment ? Voulez-vous ma plus belle pomme ? Tenez, pour parer tout péril, je la tranche en deux et j’en mange une moitié. » Blanche-Neige accepta la proposition, trouvant la femme fort gentille, et la pomme fort appétissante. Elle mordit avec gourmandise le fruit prometteur, et tomba aussitôt morte.
Le soir, les nains la trouvèrent au pied de la fenêtre, morte pour la troisième fois. Ils en furent plus malheureux encore que la veille. Ils s’avisèrent de dévêtir la jeune fille, mais cette fois elle demeura aussi morte nue que couverte. La mort n’enlevait rien à sa beauté, la nudité l’augmentait. Ils la lavèrent. Elle restait toujours aussi inerte.
Au fur et à mesure qu’elle reste morte malgré leurs soins, ils versent des ruisseaux de larmes. À la fin, ne pouvant se résoudre à la quitter du regard, ils lui font un cercueil de verre qu’ils installent devant leur maison.
À partir de ce jour, les nains ne partirent plus travailler, ils restèrent chaque jour auprès de Blanche-Neige, à la regarder dans son abri de verre, et à cultiver leur jardin.



Blanche-Neige et les sept haïkus

Du sang sur la neige,
Belle enfant aux cheveux noirs
Déjà orpheline.

Miroir sans pitié,
Jalouse fureur mortelle
Pauvre marcassin.

Chaleur d’un refuge
Instant de répit enfin
De courte durée.

Odieux stratagème,
Étouffée par un lacet
Sauvée par des nains.

Le danger toujours
Un peigne dans ses cheveux
Une presque mort.

Une pomme enfin
Fait son malheur comme à Ève
Sept gnomes la pleurent.

Mais l’amour en conte
Ranime jusqu’au plus mort
Et le tour est joué.



Blanc-Lait

Il y a maints ans dans un lointain pays, d’un sang royal naquit un fruit d’amour pur. On admira tant son joli minois, son incarnation aux traits si fins, si clairs, qu’on la nomma Blanc-Lait.
Puis… cata sur cata :
Tout d’abord sa maman mourut.
Son papa maria Malvina. La nana avait la voix d’un crapaud, un sang malfaisant plus malfaisant qu’un poison, un cri dur plus dur qu’un roc aigu, un fond noir plus noir qu’un sac à charbon.
Pour finir, son papa mourut à son tour. Blanc-Lait avait alors dix-huit ans.
Malvina haïssait Blanc-Lait, aussi l’ado disparut pour fuir un mauvais plan pas cool du tout.
Trouvant un mini squat au fond d’un bois, où il n’y avait pas un chat, la vamp y fit aussitôt son QG. Mais d’habitants, la maison comptait six plus un, tous nabots mais plutôt sympas.
Voici nos amis nains arrivant du taf, sifflotant.
D’abord, Atchoum la vit. Il fut coi d’admiration.
Puis, Distrait, la trouvant qui ronflait dans son lit, la siffla :
« Oh my God ! Putain, mon gars ! Guapa chica, isn’t it ? ». Blanc-Lait dormant profond, n’ouït pas son mot charmant.
Durant pas mal d’ans, Blanc-Lait cousit, cuisit, rôtit, broda, borda, balaya, fit du fricot, du tricot, du boulot pour nos nabots.
Un jour Blanc-Lait mâcha mal son fruit (Granny-Smith, Fuji ou Royal Gala, on sait pas trop) l’avala rond puis mourut.
Tant pis.



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