Sa voix ne se tait plus

Son  cri jaillit du bord de tes doigts
charrie l’antre de ton corps
jusqu’au  cœur de la terre
râle, roule
à fleur de tes lèvres
sa voix ne se tait plus
chant ruisselant sur les bouches du passé
morsures mordorées sur ta peau craquelée
la voix fissure  les encoignures
la chair se dilate
et l’évidence transparait
innocente.

(d’après la consigne de Louis)



Quand la tente du cirque se mit à flamber

Quand la tente du cirque se mit à flamber

elle fondit si brutalement

que la terre s’en souvient encore

Pierre  pierre, je porte en moi des étoiles filantes

à la traîne des amours ponctuelles

Les pieds hérissés par des chemins incertains

sortant  des géométries de l’aléatoire opaque

je t’instille

musiques en filochées

susurrées

aux plaies des habitudes

des homoncules à rayures

portant boulet  à la ceinture

Et je trace  

parmi ces astres

des monticules  éphémères.

( Rengha chez Sto , le 6 décembre 2008)



Les voix ne se taisent plus

Retrouver l’ombre des voix qui se sont tues – Mirage – Fragile mêlée – Fil ténu raccroché par une Minerve ensablée – Tu rampes vers le flou moiré de ton passé – Des ombres folles jaillissent en mille flaques – Tu ris – Sans pouvoir les rattraper  - Les voix ne se taisent plus – Souffles dépoussiérés des pollutions de l’immobile – Tu roules – Elles s’échappent   Les voix ne se taisent plus – Elles chantent – Muses ricanantes – A chacun de leur chant tu t’enfouis un peu plus – Jusqu’à l’épuisement –  Dans cette masse molle – Jusqu’à l’ultime râle – Le dernier murmure – Les voix ne se taisent plus -

D.L. (avec quelques usurpations à Nicole, Louis et Florence)  3 /11/ 2008 – Consigne de Jean-Jacques « F.M.R » du 27/10/08



Dans le couloir

 

 Un couloir. Des pas. Dans le couloir. Des centaines de pas. Lumière électrique. Blafarde. Des milliers de pas. En marche. Sous la voute en béton. En marche. Résonnent. Des milliers de pas. Carreaux fatigués sur les murs. En marche. Yeux cernés. Silhouettes délavées. En marche. Des milliers de pas. Avant. Arrière. Pressés. De côté. Petits talons. Comptés. Mesurés. Claquements. Souliers lents. Redoublés. Chassés. Glissés. Semelles crottées. Des milliers de pas. 

Elle, bottes plates, usées, fendillées. Pas irréguliers. Ses yeux à elle sur les chaussures des autres. Le regard habité par la marche. Son regard. Leurs marches. Des centaines. Des milliers de marches. Une gigantesque cacophonie de marches. Un seul regard. 

Son regard. Leurs marches. Et rien. Plus rien. La multitude, le chaos fondus dans le rien. Désert du rien. Silence absolu du rien. 

Elle s’arrête. Pour rien. A cause du rien. Une chaussure pointue écrase le bout de sa botte plate. « OOOhhh » s’écrie le pas qui s’éloigne en laissant traîner un fugitif « pardon ». Elle attend. Elle écoute. La salive emplit sa bouche. Derrière. Peut-être. 

La foule la traverse. Ballet tournoyant, grimaçant. Ca va trop vite. Ses yeux la piquent. Elle ne distingue plus. Tout. Trop vite. Elle attend. Derrière peut-être. 

Son corps projeté sur le mur. Le carreau froid. La tête contre le mur. Un regard. Contre le mur. A portée d’elle. Contre le mur. Un regard. Enfin. Le premier. Le dernier. Souriant. Figé. Placardé. Publicité. 

Ses yeux à elle. Son regard de papier. Elle sourit. A lui. Le dernier. Lui. Tout doucement, elle s’agenouille à ses pieds. Une fine coulée de sang l’accompagne dans sa chute. Le long du mur voûté. A côté des milliers de pas qui n’ont pas cessé. Elle, petit paquet discret, bottes repliées. Disparaît contre le mur voûté. Sur le mur. Le regard. Figé. Taché. 

 

Dominique Legenne, 2 novembre 2008 

(consigne de Véro l’ephémère) 



Double je

- Boudin
- Crevette

- Boursouflée
- Ratatinée

- Bouffie
- Rabougrie
-  …

- Cà suffit à la fin, çà ne m’amuse plus
- Enfléééée
- Arrête !
- Ballonnéééée
- Arrête… Qu’est ce que je t’ai fait ?

- Tu oses me demander : « qu’est ce que je t’ai fait ? » Mais tout. Tu m’as tout fait parce que tu as tout pris. Tu ne m’as rien laissé.

- Tu ne vas pas recommencer, je suis désolée. Je n’y peux rien.
- Comment cela, tu n’y peux rien ? Tu n’as qu’à m’en passer un peu et je me tais.

- Tu crois que c’est facile pour moi ? Je suis comprimée, au bord de l’explosion.

- Justement si tu m’en donnais un peu, tu irais mieux.

-     …Tu veux quoi ?

- Ce qui se bouscule en toi. Des consonnes, des voyelles, des syllabes. Que sais-je ?
Va, Zou, Ché, Ba, Po, Ju, Cha, Vi…. Je manque de tout. Je suis sèche, totalement sèche. Archi-sèche
- Même si je le voulais, je ne le pourrais pas. Tous mes orifices sont bouchés, verrouillés. Closed. Cerrado. Chiuso. Capito ? Je suis fichue. Tu es fichue. On est tous fichus.

-  Attends, j’ai une idée.
- …
- J’ai une idée, tu entends ?
- ….
-  J’ai une idée, j’te dis.

- Oui j’ai entendu. Bon vas-y, c’est quoi ton idée ?
- Touche-moi
- Pardon ?
- Touche-moi, je te dis.
- Tu es folle
- Là, tu t’allonges, à plat sur la table.
- J’peux pas
- Mais si tu peux
- C’est trop dangereux
- Ne fais pas l’idiote. Laisse toi faire

Tu t’approches de moi, tu me parais fine et fragile, longue et grise, brindille délaissée, oubliée.
Plus tu t’approches et plus je sens gonfler en moi l’urgence de me déverser enfin, de m’alléger.
Tu marques un arrêt, ton regard exprime une certaine crainte. Pourtant c’est toi qui as voulu me toucher. Tu me disais que je t’avais tout pris. Maintenant tu ne peux plus reculer.
Viens, je suis là. Viens et laisse toi toucher à présent.

Ta main contre la mienne, douceur de ta paume, creux et vallons, lignes d’espoir et lignes de fuite. Grain fragile hésitant qui résiste un instant et ploie sous la caresse ultime.

Tu ne dis plus rien. Tu ne bouges plus. Je me suis approchée. Tu ne dis plus rien. Encore plus près.
Je me pose. Cela te fait mal. Je me pose sur toi. Tu as laissé échapper un tout petit cri. Je t’enveloppe. Tu disparais en moi. Monstrueusement absente, nous faisons corps, nous faisons sang.
Je devrais te retenir mais je te souffle tout doucement jusqu’à l’épuisement final. 
Va Ché, Ti, Pu ré, Zou.

Je transpire, je respire. C’est si bon. Ma bouche s’arrondit en étoile. Mes lèvres se dénouent, ma langue roule.
Et toi qui vas mourir. Je le sais. Je respire et tu vas mourir.

- NON ! Non tu ne vas pas mourir ! Tu ne peux pas me laisser. J’ai peur, j’ai mal. Je ne voulais pas que tu viennes, tu es venue quand même.
Tes yeux n’expriment rien. Parle, Parle moi, Parle enfin.
Je t’en prie juste un son, un mot, une syllabe.
Zou, Ché, Ba, Po, Ju, Cha, Vi. Allez après moi. Va, Zou, Ché, Ba, Po, Ju, Cha, Vi. Zou, Ché, Ba, Po, Ju, Cha, Vi. Va, Zou, Ché, Ba, Po, Ju, Cha, Vi.

Réveilles toi bouges, agite-toi.
Ou es tu petit rameau brisé ? Tu m’as donné tes sons, tes mots. Tu dors ma branchette ?

Là, tout doux, tu n’as plus peur.
Moi j’ai toujours peur, j’ai peur depuis toujours, avant toujours.
Pour toi c’est fini. Là, ma doucette. Tu es en moi, à moi pour toujours.
On va se reposer maintenant.

11/02/2008 (Atelier expérimental Marie Laure)

 

 

 



Bouquet de boutons

Boutons empaquetés
Délicatement enfilés
Dans une bouteille troublée

Boutons déjà cueillis
Jamais épanouis
Sur la terre rejetés

Rompu/ Perdu/ Fichu
Fleurs non écloses, la mignonne ne verra jamais la rose

L’enfant regarde, l’enfant attrape
 L’enfant emporte dans le jardin en friche, un bouquet de promesses à fleurir
L’enfant emboîte, promesses enfuies
L’enfant dépèce, promesses perdues
Bouquet piétiné, boutons abandonnés, l’enfant s’en est allé

10/03/2008 (Atelier d’écriture André Bellatorre- Michele Monte)



Bonbon amer

Du haut de la tour, la ville fond comme un bonbon amer.
La lune rose plomb rit sur le siège de plastique clair.
Elle erre devant la fenêtre
Après-midi d’été avec vue sur mer
« Il est formellement interdit de se pencher par la portière »
Soudain son  corps claque sur la pierre.

17/03/2008 (Atelier d’écriture Claude Fosse)



Miroir

Des doigts
Contre le verre froid
                               Visage au hasard

Surface polie
Résistante à l’oubli
                              Image de l’absente

Des Lèvres
Sur le verre froid
                             Bouche étrangère

                                                                            Et ces yeux fixes

                                                                                        Absurdes

18/02/2008 (Atelier d’écriture Alain Restrat)



Dispute

Eclats de voix
Brisés sur le sol

Mots en miettes
Cendres à la volée

Ton sang perle sur ma peau

Et l’enfant qui regarde

18/02/2008 (Atelier d’écriture Alain Restrat)



Bleu Nuit

Ombre à plat
Sur le fil frémissant

Note marine
Gris calme

Lisse    Glisse
Equilibre ténu

Des pas puissants
Jaune terre

Traînée de poudre
Carrée      Tordue

L’onde s’affole
Rampe    Crampe-

La branche cède
L’empreinte s’enfonce

Reflet Bleu nuit

31/03/2008 (Atelier expérimental Sara)



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