Fête foireuse (d’après une consigne de Louis )

           Il faut laisser couler…fermer les yeux… et que ça roule… Crissent les cris. Foule qui se défoule. Flots et flonflons. Tumulte qui bascule. Multitude qui bouscule. Ronde qui gronde. Clinquant de la fausse joie. Au fond, des couleurs clignotent. L’ orgue de Barbarie égraine tout aigrelet son chapelet de notes. Valsent les lumières. Etourdissant tour de manège. Effluves caramélisés. Pommes d’amour. Pralines grillées. Crinières de barbe à papa flottant sur les chevaux de bois que fatigue, derrière leur sourire peint, l’incessante course immobile. Insistance du mouvement. Rires qui couvrent l’ écœurement. Le bonheur de l’insoutenable empêche tout recul salutaire. Laissez-vous bercer par le flot, la ronde, la rengaine des tournevires, la parade impitoyable des pégases aux ailes coupées… Haut les cœurs soulevés ! Le vertige chauffe les têtes froides. Trop rapide. Défilé de masques affables. Monstres brillants gonflés d’ hydrogène qui ne tiennent plus qu’à un fil. Trop plein. Au bord des lèvres. Au bord des larmes. S’envoler pour ne pas descendre. Le pompon s’affole et gigote. Tous les doigts se lèvent, toute main s’agite, grouillent mille pattes en l’air, prêtes à embrasser le vide. Effleurements effarés avant le coup sec. La corde vide. Pendante et stupide. Nue comme un ver. Allégresse à gauche. Déception à droite. Devant, un éléphant rose. Derrière, une souris verte. Des avions qui ne décollent pas. 

Et puis le tournoiement ralentit comme une robe de derviche en fin de prière. S’apaise la tempête de l’instant suspendu, de la vie réduite à la vitesse. La toupie géante freine. Ramène à la réalité. Le chanteur dans l’électrophone ne s’en est pas même aperçu. Poursuit son refrain coûte que coûte. Grossière, l’interruption du forain. Couvertures de bruits. Pas cendre vent rêt plet des chines. Parle trop près du micro. Ne pas descendre avant l ‘arrêt complet des machines. La chanson est finie. Banalité du sol qui ne bouge pas. Tourbillon encore imprimé dans le ventre. Mal de terre. Fermeture. Terre ferme qui reprend son rythme et ses contours, réinvestit les êtres et les choses. Les corps reviennent à leur place. Retrouvent leur bonne dimension. Ils étaient stickers sur la vitre d’un train filant à toute allure, succession d’images plates détachées sur un point de fuite. C’est le Temps qui défile à présent. Passe un souffle glacé. Buée de sauvetage.

  



Tisse et trame (d’après la consigne de Nicole)

Je tisse des liens entre des vies qui peut-être n’existent pas, qui ne sont que le reflet des ombres de vie qui existent peut-être et que je ne vois pas, je tisse des mots-rubans, des lambeaux de réminiscences. Fil à fil sur le métier, le métier qui me rentre, léger comme une plume de vaccin acérée, verse mon sang d’encre où peine Pénélope, à peine salope, seule enveloppe de sa peine. Le souvenir  s’éloigne, se rapproche, s’ajuste. Je n’étais pas dans cette véranda avec les autres, tandis qu ‘un homme marchait sur la lune et qu’un autre revenait de Troie. N’était-ce pas le même voyage ? La journée était froide, comme le vert tilleul des armatures, 4° comme la boisson légèrement alcoolisée et pétillante au goût de carotte servie par cette guenon en guenille aux dents serties, aux  doigts sertis de bagues…J’étais venu , j’avais choisi de venir  pour le printemps ; or c’était déjà l’été, été d’or et taies d’oreiller. Personne pour dormir dessus, juste fermer l’œil de cyclope, en faire un astre-feu, moment de crépuscule. Attendre jusqu’à l’aube l’autobus de la voie lactée. J’attendais le printemps suivant. Mais j’étais au mauvais arrêt, j’ai quitté la station Etoile pour finir à la station Shell. Mieux que de rester immobile. Venir jusqu’à son devenir. Devenir ce qu’on a été. Revenir à son essence, ni super, ni ordinaire. Bondir dessus, déçu des sots. L’échec total ! A cet endroit, le printemps  devait être quelque chose d’exceptionnel à vivre. Les autres voulaient  partir pour une visite au Parlement et se racontaient des salades. Langues salaces, visqueuses limaces. J’étais retourné… à l’hôtel. Haute et verte, humide et acide, la salade poussait dehors, nouvelle recrue toute crue. Corps à corps. Vertu et Cornu. A demi-nu, je m’évertue. A demi-tues, elles me tuent, toutes ces voix que je sentais autour de moi , qui voletaient sous les crânes du groupe. Qu’un seul écho vînt jusqu’à moi et se collât à mes propres pensées. J’aurais arrêté de tourner en rond dans les quatre coins de ma chambre. J’aurais cessé de tâtonner, de t’appeler, de tapiner en tapinois. Tapis chinois. Tapis tissé. Rapetisser. Rapper. Tisser. Rater. Pisser. Oui ça marche… marcher, m’isoler dans ma promenade.. Certains s’impatientaient. Le bus était parti. A l’heure. Politesse des rois, blague du petit Prince. Chauffeur sauvage. Sauveur chauffage. Coiffeur ? Quoi faire ? Pétard ? Tétard ? Fêtard ? Il se fait tard, je commence à fatiguer. Je veux rentrer, sortir enfin de ma bulle. Maintenant je me prends en charge ! Ne pars pas avec le chauffeur ! Il va en prendre pour quinze ans pour avoir pris tes vingt printemps ! Il  me restera leur poussière. Poussière d’ange. Poussière d’étoile. Points de suspension dans le ciel qui tremblotent quand je frissonne. J’aimerais bien qu’on me frictionne. Et toi, le nez dans ton bonnet, tu n’as pas froid ? Aux yeux ? Je n’ai plus rien à te dire … Mots tus et bouche…Motus et bouge cousine !

  



SECRETS DE FAMILLE

               

    

       

Vous auriez préféré, bien sûr, que je me taise.

Tout raconter, tout dire est comme un jeu d’enfants :

On veut y exceller et l’on prend les devants

Pour sortir le Passé de la cendre et la braise,

  

Chercher le souvenir au bord de la falaise

Dans le vol effacé des gracieux goélands,

Dans la fête foraine aux  flonflons entraînants,

Où les chevaux de bois galopent à leur aise.

  

Ma mémoire endormie attendait le déclic.

Je craignais l’Invention chauffée dans l’alambic

Qui masque les accrocs de nos lambeaux intimes

  

Car, parfois, pour changer ce qui est vrai en faux,

Basculer dans l’erreur déformée, peu s’en faut :

Ephémère, illusion où nos destins s’abîment !

    



F.M.R

F.M.R

Merci à Dominique, Jean jacques et Louis auxquels j’ai fait des emprunts ;

Lui, c’est le gardien aux souliers lents
Elle, c’est le chef d’œuvre.
Ses pas à lui effleurent l’inertie millénaire des pierres
Son corps à elle, nu, exposé, offre sa peau diaphane à l’œil de son visiteur nocturne
Doucement, imperceptiblement, insidieusement ils ont entamé une frêle liaison
Ils ont rendez-vous
Ils ne connaîtront ni déception glaçante ni souvenir amer
Entre l’homme éphémère et le modèle éternel la passion est légère



Bouquet de boutons

Boutons empaquetés
Délicatement enfilés
Dans une bouteille troublée

Boutons déjà cueillis
Jamais épanouis
Sur la terre rejetés

Rompu/ Perdu/ Fichu
Fleurs non écloses, la mignonne ne verra jamais la rose

L’enfant regarde, l’enfant attrape
 L’enfant emporte dans le jardin en friche, un bouquet de promesses à fleurir
L’enfant emboîte, promesses enfuies
L’enfant dépèce, promesses perdues
Bouquet piétiné, boutons abandonnés, l’enfant s’en est allé

10/03/2008 (Atelier d’écriture André Bellatorre- Michele Monte)



Bonbon amer

Du haut de la tour, la ville fond comme un bonbon amer.
La lune rose plomb rit sur le siège de plastique clair.
Elle erre devant la fenêtre
Après-midi d’été avec vue sur mer
« Il est formellement interdit de se pencher par la portière »
Soudain son  corps claque sur la pierre.

17/03/2008 (Atelier d’écriture Claude Fosse)



Miroir

Des doigts
Contre le verre froid
                               Visage au hasard

Surface polie
Résistante à l’oubli
                              Image de l’absente

Des Lèvres
Sur le verre froid
                             Bouche étrangère

                                                                            Et ces yeux fixes

                                                                                        Absurdes

18/02/2008 (Atelier d’écriture Alain Restrat)



Dispute

Eclats de voix
Brisés sur le sol

Mots en miettes
Cendres à la volée

Ton sang perle sur ma peau

Et l’enfant qui regarde

18/02/2008 (Atelier d’écriture Alain Restrat)



Ainsi de suite

Le temps s’est pendu
Figé comme un étang de glace
Il s’est laissé glisser
Toile de fond et
Toile d’araignée
Ouvrir à trois mains
Briser le silence de l’air
et ainsi de suite

Reflets et ombres
Sortent des armoires
Tourbillons d’âmes qui s’évadent
Ainsi font les mains
Trois petits tours par çi
Trois petits tours par là
Voilà le temps revisité
et ainsi de suite

Les mots font des rimes
Les mains s’anniment
De là un fil s’échappe
Par là un regard s’approche
La poussière respire
Les pas s’emmèlent
Les murs chuchotent
et ainsi de suite

Ouvrir à trois mains
Les chemins des décombres
Rassembler quatre mains
et ainsi de suite

Séverine



Atelier de poésie

 

poème de Sara 



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