Conte, en plaçant la phrase « Quelle bénédiction de s’oublier en autrui ! »

 (pour Corine Robet) 

Il y avait des rideaux très beaux, qui habillaient la porte-fenêtre d’un salon élégant. De jour, on les ouvrait, on les attachait à la taille avec une cordelette, pour donner de la rondeur et de la grâce féminines. En soirée, on les tirait et leur satin moiré faisait écho aux reflets du parquet, donnant un éclat à la pièce. Ils s’estimaient ainsi très heureux, fortunés parmi les atours du salon – le piano, les fauteuils en velours, la cheminée – et se flattaient de marier à merveille l’utile et le beau. Deux fois par jour la domestique venait s’occuper d’eux ; en vérité ils se considéraient bien mieux lotis que le chat.
Ce sentiment de supériorité, ils se gardaient bien de le laisser voir – ce qui ne l’empêchait pas d’être perçu. Le jour où un bébé fit son apparition dans la maison, on aurait dit que toute la pièce s’était mise à ricaner : le piano, les fauteuils en velours, la cheminée, tous y allaient dans un rire moqueur :
Eh, les rideaux, je vous donne pas six mois à compter du jour où il marchera !
J’espère que vous êtes bien attachés à la tringle, mes chers !
Vous aimez bien les mains qui collent, sans doute ? …et ainsi de suite.
De sorte que les rideaux ont commencé à pâlir et à se faner par anticipation des dégâts à venir.
Tout arriva comme prévu. Au fil du temps, le satin moiré fut sali à la hauteur des petites mains, plusieurs anneaux se sont détachés de la tringle et les rideaux pendaient en bâillant tristement par le haut. On n’avait plus le temps de les attacher joliment le matin, tant toute la maisonnée s’adonnait désormais au petit intrus.
Nous sommes fichus, se lamenta le rideau droit au rideau gauche, ne nous voilons pas la face.
Mal fichus, oui, ça ne fait pas un pli, répondit le rideau gauche, qui aimait bien les bons mots, mais fichus, non.
Je vous trouve bien optimiste, mon cher. Vous voyez bien : dès que la maîtresse de maison reviendra à elle, d’ici quelque temps, elle verra l’état dans lequel nous sommes tombés et hop ! ce sera la poubelle pour nous.

Le rideau gauche expliqua donc au rideau droit le plaisir qu’il prenait à jouer à cache-cache, à servir de camp ou de forteresse, assaillie d’ennemis imaginaires, et même à servir d’essuie-mains à de petites manottes pleines de sucre ou de chocolat.
Voyez-vous, je préfère la vie à l’élégance. Quelle bénédiction de s’oublier en autrui !

Et ensemble ils se mirent à envisager l’avenir d’un œil plus philosophe.



Conte métaleptique d’élèves de sixième

L’Enfant Gâteau gros

 

Il était une fois un enfant qui aimait beaucoup manger. Ainsi il était devenu très gros et était entièrement composé de gâteau au chocolat. On l’appelait l’Enfant Gâteau gros. Il vivait dans une ville où tout le monde était comme lui, gros et composé de matières alimentaires. Cette ville s’appelait Essencity. Même les bâtiments étaient en nourriture: il y avait l’Hôtel de ville en camembert, une stèle en chocolat en mémoire des morts tombés à la guerre des coupeurs d’oeufs par le haut contre les coupeurs d’oeufs par le bas; les maisons étaient principalement faites de pains d’épices mais les plus riches les faisaient bâtir en pâte d’amande.

Un beau matin, alors que l’enfant gâteau venait de prendre son petit déjeuner, il constata sur la balance de beurre dans sa salle de bain qu’il était gros, obèse même. C’est alors qu’il décida de se mettre au régime.

 

L’Enfant Gâteau décida donc de partir de la ville d’Essencity, il marcha longtemps et arriva devant une gigantesque mer de jus de fruits qui avait une odeur délicieuse d’oranger. Il devait nager dans cette mer de jus sans en boire une goutte sinon il prendrait des kilos. Il nagea tout le long de la mer sans la boire et perdit quelques kilos même si c’était difficile de résister à cette délicieuse odeur.

 

Après avoir fait cette épreuve, il se retrouva devant un pot de Nutella géant et il vit dessus un petit papier sur lequel était écrite une règle: Tu dois trouver dedans un anneau d’or sans manger de Nutella.

Après avoir lu ce message, il se dit: « Comment vais-je monter là-dedans? ». Il regarda autour de lui et aperçut un arbre, le premier arbre qu’il avait vu avec un tronc et des feuilles depuis son départ. Il y grimpa puis il sauta mais se cogna contre le couvercle du pot. « Mince, se dit-il, comment vais-je l’ouvrir? »

A ce moment-là, un moineau arriva, il se posa sur le couvercle et se mit à le picorer en y faisait un large trou. L’Enfant Gâteau sauta dans le Nutella en ayant bien envie d’y goûter mais il se souvint du petit papier qui disait que s’il voulait maigrir, il ne devait pas en manger. Il plongea au fond, nagea, nagea, nagea, chercha, chercha, chercha. Au bout d’un moment, il se dit: « Dois-je maigrir ou rester comme je suis? » Puis il remonta un peu déçu et à ce moment précis, il vit qu’il avait l’anneau au doigt: « Cool!, se dit-il, et de deux!! »Puis il sortit du pot et continua sa route.

 

Il arriva devant un grand désert, il continuait d’avancer mais se rendit vite compte que le sol était mou et ça sentait la crêpe. Ce désert était en fait une crêpe géante sur laquelle il marchait depuis des heures. La nuit tomba, cela tombait bien car il commençait à fatiguer. Il découpa un morceau de la crêpe et s’en servit de couverture. Le lendemain, il se réveilla et trouva un parchemin sur un arbre, il prit et vit une formule pour le régime inscrite dessus. Il continua sa route et quelques heures plus tard, il vit au bout d’un puits de Nutella un autre parchemin sur lequel était écrite la formule: « Entretiens vite ton ventre! ». Il avança de plus belle et arriva devant un lac de sirop d’érable, y plongea et vit une bouteille dans laquelle il y avait un message: « Stop aux cochonneries! »

 

« Ce n’était pas de la tarte de réussir cette troisième épreuve! » se dit l’Enfant Gâteau. A ce moment du chemin, il rencontra une Mémé, nommée Mémé Gros beignets. Elle lui demanda de l’aider à porter et ranger ses courses. Il accepta et en échange, elle lui proposa des délicieux beignets faits maison. Mais il refusa de bon coeur car il savait qu’il devait maigrir. La mémé lui proposa des crêpes.

« Non, je suis au régime, dit l’Enfant Gâteau.

Mais je connais une formule magique pour maigrir en mangeant des crêpes, dit Mémé Gros Beignets.

Je suis gourmand mais pas glouton! Une seule suffira. »

La Mémé se mit au fourneaux mais elle avait menti à l’enfant car elle voulait qu’il grossisse et qu’il passe le restant de ses jours très gros. Elle cassa les oeufs, mélangea la farine, saupoudra de sucre, rajouta du lait, mixa le tout et prononça cette formule magique: « Langue de saumon et oeil de boeuf que cette recette le rende visera visera pas! » Mais la mémé n’avait pas une très bonne vue et aurait dû lire « Visera, visera » et non « visera visera pas! ».

« Mon petit gâteau, voilà une crêpe dont tu me diras des nouvelles! dit Mémé Gros Beignets.

Merci beaucoup », dit l’enfant.

Il mangea la crêpe, s’en alla.

 

Pendant qu’il marchait, il se sentit dégonfler, il arriva devant une cascade, regarda sa silhouette et vit qu’il était devenu mince et beau. Content de lui, il alla en courant, sautant et chantant à tue-tête:

Je suis l’Enfant Gâteau

Qui n’est plus gros

Et je suis très beau

Car j’ai perdu beaucoup de kilos

 

Il était heureux. Il marcha encore très longtemps quand il entendit des bruits, c’était les bruits d’une fête, une soirée où l’on mangeait des crêpes, il décida d’entrer. Quand il arriva, il se dit que s’il mangeait , il prendrait des kilos et n’aurait plus cette belle silhouette.

Tu veux une crêpe à quel goût? lui dit une dame. Confiture, sucre, Nutella? Tu veux boire?

Non, merci, lui dit-il gentiment.

Il partit ailleurs et entendit des enfants conter une histoire, ils racontaient en fait son histoire à lui. Cette histoire disait à la fin que l’Enfant Gâteau pourrait manger autant qu’il veut sans grossir grâce à la crêpe de Mémé Gros Beignets.

Sur ce, il retourna à la fête et demanda une crêpe au sucre et dit: « Bien manger, c’est le début du bonheur! »

 

 

Des élèves de sixième du collège Gibraltar ont écrit ce conte merveilleux (la consigne de la métalepse finale n’était pas demandée) et l’ont lu lors d’un goûter crêpes organisé au profit du foyer du collège. Inutile de vous préciser que les ventes de crêpes ont explosé!



Un objet qui te veut du bien

Je suis un petit objet de matière plastique de forme circulaire.
Posé sur ta table de chevet, je gis comme une promesse que la vie tarde à tenir.
Pour l’instant, je ne te sers à rien, aussi ne m’as-tu pas sorti de mon étui.
Cela fait si longtemps que j’attends là, dans mon emballage de plastique translucide !
Je me souviens du jour où tu m’as acheté. Je te revois, tourner et virer dans le rayon du supermarché. Hésiter, t’approcher, me prendre, me reposer (« à quoi bon »), t’éloigner, revenir sur tes pas, me saisir à nouveau (« on ne sait jamais »), me poser finalement dans ton panier, subrepticement, en prenant soin de me dissimuler piètrement sous le reste de tes maigres achats.
Un sourire malicieux. Une bouffée d’espoir. Un instant d’audace.

Mais ça n’a pas duré.  Tu m’as posé là, sur ton chevet.
Et puis, plus rien.
Tu restes là de longues minutes, des heures, des journées, des semaines peut-être. Ton œil accusateur me reproche mon impuissance. Ton impuissance !

C’est vrai que je n’ai pas su te porter la chance que tu attendais de moi.
Ah, ce regard ! Comme il me transperce et comme il me fait mal !
Toi, tu crois que je suis juste un bout de plastique insensible et inutile. Mais tu te trompes !
Ah, si seulement je pouvais parler !
Je te féliciterais de m’avoir acheté !
Oui c’était un beau geste ! Un grand geste de courage ! Un merveilleux pari sur l’avenir !

Bien sûr, je reconnais que je n’étais pas cher.
Mais je ne m’y trompe pas. Je connais ta situation. Tu ne pouvais pas te permettre de gaspiller, même quelques sous !  Mais rends-toi compte que c’est précisément pour cela que tu m’as acheté ! Parce que je ne suis pas du gaspillage. Parce que je suis la plus belle manière de forcer le destin. Parce que je suis l’assurance que tu ne seras pas pris au dépourvu quand la chance te sourira ! Maintenant que je suis à côté de ton lit, ce n’est plus qu’une question de jours avant que la vie ne t’offre le bonheur de m’utiliser enfin !

Oh, quand je dis « bonheur », je m’entends. Je reste humble. Je sais bien que ce n’est pas exactement moi qui te le procurerai. Je ne serai pas la cause, mais le signe de ton bonheur : si tu as besoin de moi, ce sera signe que cela va bien mieux pour toi. Et je sais même que dès le jour – Dieu veuille qu’il vienne bientôt -  où tu devras m’employer, tu me considéreras aussitôt comme une entrave à ta liberté, et tu désireras ingratement poursuivre tes petites affaires sans moi. Je sais que l’homme est ainsi fait.

Mais je ne t’en veux pas. Je rêve quand même que ce jour arrive. Que tu me sortes enfin de mon étui de plastique, que tu me manipules entre tes doigts… Comme j’aimerais t’accompagner tout une nuit, une seule nuit. Comme ce doit être grisant !

Mais si ce jour arrive, sauras-tu m’utiliser correctement ?
Je suis simple. Un modèle basique, d’emploi évident. C’est du moins ce qu’a considéré mon fabricant, qui ne m’a pas joint la moindre notice explicative.
Peut-être.
Cependant, quand je te vois, allongé toute la journée à ne rien faire, à ne rien faire du tout, je me demande…

Oh… et puis à quoi bon me demander… ce n’est pas demain la veille que je te servirai !
Bon sang, mais arrête de me regarder comme ça !
Qu’est-ce que tu crois ? Qu’est-ce que tu attends ? Un miracle ?
La chance, la chance ! Je veux bien moi… Mais mets-y du tien aussi !
Je ne sais pas moi, sors ! Rencontre du monde, parle avec des gens, inscris-toi dans une association, fais-toi des amis… enfin ESSAIE D’AVOIR UN SEMBLANT DE VIE SOCIALE. C’est par là que ça commence, la chance.
Allez l’ami ! Tu es jeune, en pleine santé ! Un peu de courage !
Tu sais, il n’y a pas de fatalité.
Bien sûr, la solitude. Les refus, les échecs. Bien sûr, le chômage, depuis si longtemps que tu ne sais plus ce que c’est qu’un emploi. Bien sûr la timidité, le manque de confiance en toi… Bien sûr, bien sûr, bien sûr. Mais rassure-toi. Tout cela, il n’y a que toi et moi qui le sachions. Et moi j’ai confiance en toi. Une bonne douche, une chemise propre et repassée, et crois-moi, charmant comme tu es, rien ni personne ne pourra te résister.
Allez, quoi ! C’est le premier pas qui coûte tu verras. La roue tourne !

Un de ces jours, dans pas longtemps – j’en frissonne quand j’y pense – le téléphone sonnera.
À l’autre bout du fil, il y aura une voix féminine.
Une secrétaire.
Elle te proposera un rendez-vous.
Demain. 8 heures 30. Avec Monsieur le responsable des Ressources Humaines.

Alors là ce sera grandiose. Ce sera, notre première nuit ensemble.
Tu me saisiras. Tu me sortiras de mon étui de plastique.
Tu feras tourner mes engrenages et virevolter  mes aiguilles.
Toute la nuit, je t’offrirai la caresse de mon tic-tac, doux et régulier, et au petit matin viendra le moment d’extase où j’emplirai toute la chambre de mon cri clair et puissant.



Souvenir de jeunesse

J’ai connu un cahier qui aimait raconter des histoires.
C’était un petit cahier ventru et affable, fier de ses lignes violettes.
Je l’avais rencontré peu après ma sortie du magasin, alors que je piaffais d’impatience d’entrer pour de bon dans la vie active. Dès que je m’approchai de sa rutilante page blanche, je me mis à danser. Rien ne pouvait me retenir. Il était doux et accueillant, je me sentis tout de suite à l’aise avec lui. Je caracolais gaiement, le caressant de ma plume alerte, n’hésitant pas à noircir pour revenir, à raturer, griffonner, gratouiller jusque dans les marges, prolyxe de mon encre et mon enthousiasme.

Cependant, comme il était déjà usé aux deux-tiers de ses pages, c’est fort de sa longue expérience, qu’il s’adressa à moi en ces termes :
 » Ah, cher sylographe à la plume fougueuse ! Que tu es jeune, beau et fringant.
Et pourtant… la caresse énergique de ta plume sur mes pages me plonge en une profonde mélancolie. »
Ses mots m’intriguèrent tout autant qu’il m’inquiétèrent. Je le pressai aussitôt de mille questions sur l’origine de sa soudaine tristesse.
Il fit d’abord quelques difficultés à me répondre, mais comme il voyait que ma curiosité n’aurait point de cesse tant qu’il n’y aurait répondu, il accéda enfin à regrets à ma demande, non sans m’avoir prévenu que ce qu’il allait me révéler était propre à me désoler, et à me plonger à mon tour dans le tourment et l’inquiétude.

 

« Quand j’étais jeune cahier, commença-t-il, vierge de toute histoire, j’ai connu un stylographe qui te ressemblait.
J’étais son premier cahier, et il était mon premier stylographe, et nous étions faits pour être ensemble, comme le point est fait pour le i et la barre pour le t. Il ne se passait pas une journée sans qu’il ne vint me chatouiller joyeusement de la pointe de sa plume, laissant sur moi les mots les plus doux, les plus élégamment calligraphiés.
J’étais sa source et son lit, il était mon eau et ma sève. Je m’oubliais en lui et il s’oubliait en moi. Quelle bénédiction de s’oublier en autrui !
Notre idylle se prolongea pendant des pages et des pages, et puis un jour, il ne vint plus.
Je ne sus pas tout d’abord pourquoi. Jugez combien j’étais inconsolable ! Un autre stylographe, râpeux et pâlichon, le remplaça du jour au lendemain, mais ne resta pas bien longtemps, tant sa plume bavait au contact de mes larmes. De nombreux stylographes se succédèrent, plus ou moins enjoués, plus ou moins talentueux, mais un seul qui n’égalât ni même n’approchât celui que j’aimais.
Hélas ! J’ai peu à peu compris pourquoi il avait ainsi disparu. Cette compréhension , loin de me consoler, ne fit qu’amplifier ma douleur et mes remords, car elle m’apprit que tout était ma faute. Oui, la cause de sa disparition, c’étaient les caresses qu’il ne manquait pas de me faire chaque matin, c’étaient les histoires qu’il venait chaque jour écrire sur mes pages. Ces histoires que j’aimais tant l’avaient vidé de son encre chaque jour un peu plus, jusqu’à ce qu’au bout de sa plume ne coule plus la moindre goutte. Il fut alors, j’ai tant de peine à vous le dire, jeté aux rebuts comme une chose inutile et vulgaire. »

 

C’est ainsi que me parla le cahier, avec amitié et tendresse, et je vis bien alors comment ses lignes se brouillaient tant son émotion était grande.
Comme il avait eu raison de m’avertir avant d’entamer son récit ! Et que ne l’ai-je écouté alors et fait taire ma funeste curiosité, comme il me le conseillait par amitié pour moi !
En effet, ma jeunesse fut brève, car je je ne fus plus jamais le même après avoir entendu cette histoire. Oh, l’énergie d’écrire de me manquait certes pas, mais l’insouciance, elle, était partie pour jamais.
J’écrivais avec prudence et parcimonie. Cela aura déplu à la main qui me guidait ? Elle m’abandonna bientôt pour un autre, et je dus quitter le vieux cahier sans adieux. Je garde de notre amitié un vif souvenir, et plusieurs histoires merveilleuses que j’eus le bonheur de connaître grâce à lui, et que je vous raconterai si la destinée m’en laisse le temps. Après avoir quitté mon ami, j’ai continué mon activité sur des feuilles volantes, je changeant souvent de main et de support, m’ennuyant infiniment. Pas un mot que j’aie écrit depuis qui ne vaille l’encre que j’y ai abandonné. Liste de courses, formulaires administratifs, chèques, numéros de téléphone, … Je prolonge comme je peux mon existence en évitant, lorsque je le peux, les ratures et les dessins dans les marges – cela n’est pas si facile, on me souffle dessus, on me gigotte, on m’essaie sur la semelle d’un soulier… Moi, je tiens bon. Je retiens mon encre de toute mes forces, j’essaie d’en garder un peu dans l’espoir de connaître à nouveau un jour la joie de tracer une histoire qui le mérite.
Cependant je sens peu à peu mon ventre s’alléger au fur et à mesure qu’il se vide de sa sève, et je sais désormais que les mots bientôt pâliront, et que ce sera ma fin.



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