Deux minutes de relevé de conscience (atelier Corine)

Tu dois te lever et pisser dans le petit flacon fourni par le laboratoire d’analyses. Tu te félicites d’avoir lu la notice explicative la veille, tu crains toujours d’avoir mal compris, tu t’en fais pour la nième fois la remarque, et pour la nième fois tu t’en veux et tu t’engueules de trimballer encore, après toutes ces années, cette peur de l’erreur. Tu es chagrinée. Puis tu as hâte d’essayer la lingette antiseptique qu’ils fournissent désormais en préparation au prélèvement des urines du matin. Tu te lèves parce que l’idée de te nettoyer la vulve avec un carré imbibé qui ressemble aux serviettes rince-doigts apportées dans les restaurants avec le plateau de fruits de mer, cette perspective t’amène un bon sourire sur le visage, tu sens ta pêche qui se fend de bonheur. Tu t’inquiètes : est-ce que tu vas réussir à mettre dans le flacon ‘le jet du milieu’, comme l’exige la notice. Car celle-ci est claire : assainissement du terrain avec la lingette anti-microbienne, première partie du jet dans la cuvette, milieu du jet dans le flacon à bouchon vissant rouge… Tu te rends soudain compte avec effroi que le laïus ne précise rien quant à la fin du jet. La troisième partie, en somme. La notice s’arrête avec le milieu du jet. Est-ce que tu es censée la serrer précieusement dans ta vessie comme une piécette dans sa bourse de velours, jusqu’au laboratoire ?

Tu as un moment de grâce : en atelier d’écriture, la première idée te vient trop facilement, dès la lecture de la consigne ; tu te recommandes d’essayer de trouver le milieu du jet, l’impulsion d’écrire suivante qui n’a jamais la possibilité d’advenir, car tu te précipites aussitôt, tu te rues à l’appel pressant de la première idée. Ecrire comme pisser dans un flacon en vue d’une analyse d’urine : tu te dis, en te positionnant précautionneusement au-dessus de la cuvette, le flacon large comme deux dés à coudre sous les lèvres, que le parallèle mérite d’être approfondi. Tu te dis que tu aurais pu penser à prendre un entonnoir. De quoi l’entonnoir serait-il la métaphore en atelier d’écriture ? De la consigne ?



Blanche-Neige ou l’innocence

CHAPITRE PREMIER

COMMENT BLANCHE-NEIGE FUT ÉLEVÉE
DANS UN BEAU CHÂTEAU,
ET COMMENT ELLE FUT CHASSÉE D’ICELUI

Il y avait en Grimmerie, dans le château de M. le roi de Schneech-ten-wittchench, une jeune princesse à qui la nature avait donné la peau la plus blanche et les cheveux les plus noirs. Sa physionomie annonçait son âme. Elle avait le jugement le plus innocent, avec l’esprit le plus pur ; c’est, je crois, pour cette raison qu’on la nommait Blanche-Neige.

Avant sa naissance, Madame la reine s’était malencontreusement piqué le doigt par le moyen d’une aiguille, et en avait conçu une grande émotion.
« Oh ! dit-elle, voyez comme le rouge de mon sang est beau sur la neige pure. Pareillement mon enfant sera belle et pure telle l’innocence. » Elle n’eut pas le bonheur de vérifier combien elle avait eu raison. En effet, elle mourut bientôt après l’accouchement avec d’atroces convulsions.

Un an plus tard, on conclut le mariage du roi de Schneech-ten-wittchench avec une nouvelle reine dont tous louèrent la beauté et la grâce. On disait d’elle unanimement que c’était la dame la plus belle de tout le royaume de Schneech-ten-wittchench et même probablement de Grimmerie, ce qui lui valait une très grande considération.
Malgré son premier malheur, Blanche-Neige eut donc la chance de grandir auprès d’un père royal et d’une belle-mère dans le magnifique château de Schneech-ten-wittchench, jusqu’à ce que le roi mourut à son tour horriblement éventré lors d’un accident de chasse. On pleura le père et plaignit l’enfant, mais on se consola de ce ce que la nature avait laissé à la jeune fille le don de la beauté et de la pureté d’âme, ainsi qu’une belle-mère reine et un château, ce qui augurait de son sort mieux que de celui d’une quelconque orpheline. Chacun reprit donc sa besogne et l’enfant grandit.
Cependant que l’enfant prenait les traits d’une femme, la reine consultait son miroir avec inquiétude. Ne l’avait-on pas considérée jusque-là comme la plus belle personne du royaume ? Qu’adviendrait-il si Blanche-Neige devenait encore plus belle ? Cela ne nuirait-il pas à la considération qu’on lui portait ? Ces inquiétudes provoquèrent chez la reine un douloureux tourment qui la priva de sommeil une nuit entière.
Au matin, elle avisa un chasseur de ses sujets qui passait non loin du château. « Voilà, se dit-elle, un jeune homme très bien fait qui pourrait me rendre service ». Elle s’avança vers lui et le pria à dîner. « Ma reine, lui dit le chasseur avec une modestie charmante, vous me faites beaucoup d’honneur mais je n’ai pas de quoi payer mon écot. » « Ah ! Monsieur, lui dit-elle, les chasseurs de votre qualité ne paient jamais rien, n’avez vous point un beau couteau de chasse? » « Oui, ma reine, en effet j’en ai un.» « Ah ! Monsieur, que je suis aise ! Mettez-vous donc à table ! ». Elle lui fit manger bonne chair et boire bon vin, et le persuada avant la fin du repas d’emmener Blanche-Neige dans la forêt, et de lui ôter le foie et les poumons au moyen de son superbe couteau de chasse.


CHAPITRE SECOND

COMMENT BLANCHE-NEIGE
SE SAUVA DANS LA FORÊT
ET CE QU’ELLE DEVINT

Tandis que le chasseur et Blanche-Neige marchaient dans la forêt, la jeune fille ne chercha pas à s’enfuir, se croyant en promenade, ignorante qu’elle était du dessein que la reine avait ordonné à cet homme. Il faisait le plus beau temps du monde et c’était un grand plaisir de marcher en forêt dans la fraîcheur du printemps. Cependant, il fallut bien s’arrêter. Le chasseur dévoila alors son couteau et son projet.
Tombant à genoux, Blanche-Neige cria « Ayez pitié de moi! ».
Le chasseur qui n’était pas mauvais homme, fut touché. Blanche-Neige âgée de dix-huit ans était fraîche et appétissante. Il rougit. Il accepta d’oublier la mission que lui avait commandé la reine à la condition qu’elle oubliât à son tour leur entrevue dans la forêt. Après quoi il se mit à la violer et elle s’évanouit.
Quand Blanche-Neige reprit ses sens, elle était seule. Elle marcha longtemps sans savoir où, pleurant, levant les yeux au ciel. Transie, mourant de faim et de lassitude, elle arriva tristement jusqu’à la porte d’une maisonnette dans une clairière. Ne sachant que faire d’autre, elle y entra.
Quelques heures plus tard, sept petits hommes y entrèrent à leur tour. Quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent la belle jeune fille dormant dans un de leurs lits.
Ils n’osèrent pas la réveiller et attendirent patiemment, puis quand elle fut réveillée, ils écoutèrent son histoire. Ils en furent plus émus encore de compassion que d’horreur. Quand elle eut fini, ils lui proposèrent de rester et de devenir leur servante.
Elle les remercia avec des larmes d’attendrissement.

CHAPITRE TROISIÈME

COMMENT UNE VIEILLE COLPORTEUSE
VENDIT À BLANCHE-NEIGE UN LACET,
ET CE QU’ELLE DEVINT

Blanche-Neige resta donc au service des nains. Elle s’habituait à vivre dans une maisonnette au lieu d’un château et oubliait un peu ses chagrins. Quelques jours s’écoulèrent. La journée, les nains s’absentaient pour travailler. Blanche-Neige lavait leurs écuelles, blanchissait leurs chemises, cuisinait leur dîner et leur souper. Ils n’étaient pas de compagnie désagréable, et aucun d’eux ne se conduisit envers Blanche-Neige comme l’avait fait le chasseur, bien qu’elle surprît parfois l’un où l’autre la regardant longuement tandis qu’elle travaillait ou qu’elle se reposait.
Un jour, on frappa à la porte. Blanche-Neige était seule. Elle ouvrit, une vieille mal habillée la salua. « Belle damoiselle, lui dit la vieille, je vends de magnifiques lacets -Madame, dit Blanche-Neige, je vous remercie de vous être déplacée jusqu’à ma maison, malheureusement je n’ai pas d’argent pour acheter vos jolis lacets . – Comment ? Une personne d’une telle beauté ? Une gorge si blanche que la vôtre, si gracieuse, ne peut point se passer d’un lacet scintillant. – Merci Madame, je vous sais gré de vos compliments, dit-elle en faisant la révérence. On lui noue sur-le champ le lacet autour du corset.
Blanche-Neige obligée de tant de gentillesse, n’osa pas protester. La vieille serra si fort que Blanche-Neige en perdit la respiration au point de tomber en faiblesse. C’était la seconde fois qu’elle s’évanouissait depuis qu’elle avait quitté le château de Schneech-ten-wittchench.
Le soir, les nains trouvèrent leur jeune servante morte au seuil de leur maison. Ils en furent très malheureux. Ils s’avisèrent de dévêtir la jeune fille, mais sitôt le lacet détaché Blanche-Neige retrouva le souffle et repris ses sens.
« Que vous est-il arrivé ? Nous vous croyions bel et bien morte ! » interrogèrent les nains. La belle leur conta ce dont elle avait souvenir. « Il y a horriblement de mal sur cette terre, conclut l’un des nains, pour qu’on cherche ainsi votre mort ! – Croyez-vous que cela soit possible, s’étonna Blanche-Neige? – Ma foi, dit un autre, cela semble pourtant la vérité. – Enfin, conclut un troisième, l’important est que vous soyez sauve! » Et après s’être félicités de cette bonne fortune, ils envoyèrent Blanche-Neige se reposer.

CHAPITRE QUATRIÈME

CE QUI ADVINT DE BLANCHE-NEIGE
APRÈS QU’ELLE EÛT MIS UN PEIGNE EN SES CHEVEUX

Le lendemain Blanche-Neige entendit à son réveil qu’on frappait à la porte. Les nains étaient déjà partis. Elle hésita à paraître à la porte, se souvenant de sa mésaventure de la veille. Cependant elle se sentait bien seule et se dit que le monde n’était point fait que de méchantes gens, aussi elle se rassura et alla ouvrir. Une vieille dame fort bien apprêtée la salua. « Oh, comme je suis aise de trouver en cette maisonnette une si belle jeune fille ! Permettez que je vous montre un de mes beaux peignes, il parera à merveille vos superbes cheveux noirs » Disant ces mots, la vieille tenait dans sa main le plus beau peigne d’ambre que Blanche-Neige eût jamais vu. Cependant elle se souvint du lacet qui avait failli causer sa mort. « Ah! madame, répondit-elle, j’ai été hier étouffée d’un lacet par une vieille marchande, et avant-hier brutalisée sauvagement par un chasseur. Comment puis-je vous faire confiance ? – Oh ! Ma pauvre petite ! Que de malheurs se sont abattus sur toi ! Comme je compatis » Et la vieille versa des larmes pour appuyer son dire. Blanche-Neige, impressionnée de voir ainsi la vieille pleurer de son malheur, ne douta plus de sa sincérité, d’autant que le peigne était fort beau, bien qu’elle n’eût pas le premier écu pour le payer. « Brave enfant, puisque c’est ainsi, je t’en fais présent, dit la vieille en lui tendant le peigne » Blanche-Neige, qui n’avait osé le lui demander, fut ravie de voir son désir secret ainsi exaucé. Elle coiffa avec empressement ses cheveux du magnifique peigne d’ambre, et tomba aussitôt à terre.
Le soir, les nains trouvèrent à nouveau leur jeune servante morte au seuil de leur maison. Ils en furent une seconde fois très malheureux. Ils s’avisèrent de dévêtir la jeune fille, mais sitôt le peigne retiré des cheveux de Blanche-Neige, elle retrouva le souffle et repris ses sens.
« Que vous est-il arrivé ? Nous vous croyions morte à nouveau ! » Blanche-Neige leur conta l’épisode de la vieille et du peigne. Les nains furent bouleversés de ce récit. Cependant, la peur qu’ils avaient eue que leur protégée ne fût réellement morte fut la cause de ce qu’ils se réjouirent de la savoir sauvée pour la seconde fois.

CHAPITRE CINQUIÈME

COMMENT BLANCHE-NEIGE MANGEA UNE POMME
ET DANS QUELLE DÉTRESSE
LES SEPT NAINS SE TROUVÈRENT

Le lendemain les nains ne quittèrent la maison sans qu’ils n’eussent recommandé à la jeune fille mille prudences. Elle leur assura qu’elle n’aurait pas la sottise d’ouvrir encore la porte à une vieille marchande. Aussi quand on frappa à la porte ce jour-là, Blanche-Neige n’ouvrit pas, mais s’approcha seulement de la fenêtre.
Une femme était derrière la porte, tenant sous son bras un panier de fruits. Blanche-Neige, songeant que la prudence n’était point la contradiction de la politesse, s’adressa à elle par la fenêtre. « Bonjour madame ! Vos fruits sont fort beaux, mais je ne peux ni vous ouvrir ni vous en acheter un seul. – Ce n’est rien ! Ne vous souciez pas de moi ! Mais pourquoi donc ne pouvez-vous ouvrir la porte ? Êtes-vous donc enfermée ? Pauvre petite ! – Non madame, hélas, c’est bien pire. J’ai été hier empoisonnée par un peigne, la veille étouffée d’un lacet par une vieille marchande, et le jour d’avant brutalisée sauvagement par un chasseur. – Hélas, mon Dieu ! Tant de malheurs pour une seule personne ! Vous êtes pourtant si belle et vous semblez fort douce ! – Merci madame. – Vous avez grandement raison de ne point ouvrir votre porte à quiconque. Mais je suis bien affligée pour vous. Comment puis-je apaiser votre tourment ? Voulez-vous ma plus belle pomme ? Tenez, pour parer tout péril, je la tranche en deux et j’en mange une moitié. » Blanche-Neige accepta la proposition, trouvant la femme fort gentille, et la pomme fort appétissante. Elle mordit avec gourmandise le fruit prometteur, et tomba aussitôt morte.
Le soir, les nains la trouvèrent au pied de la fenêtre, morte pour la troisième fois. Ils en furent plus malheureux encore que la veille. Ils s’avisèrent de dévêtir la jeune fille, mais cette fois elle demeura aussi morte nue que couverte. La mort n’enlevait rien à sa beauté, la nudité l’augmentait. Ils la lavèrent. Elle restait toujours aussi inerte.
Au fur et à mesure qu’elle reste morte malgré leurs soins, ils versent des ruisseaux de larmes. À la fin, ne pouvant se résoudre à la quitter du regard, ils lui font un cercueil de verre qu’ils installent devant leur maison.
À partir de ce jour, les nains ne partirent plus travailler, ils restèrent chaque jour auprès de Blanche-Neige, à la regarder dans son abri de verre, et à cultiver leur jardin.



Tu t’attendais ?

Tu croyais que c’était fini. Les valises, les déménagements, les avions, les décalages – des horaires et des cultures , commencer à zéro. Tu croyais avoir laissé derrière cette époque d’incertitude et de excitation et tu croyais que tu avais trouvé le bon endroit, peut-être l’équilibre. Mais enfin tu cherchais quoi, te cacher derrière un désir, un souhait, un espoir ?

Le portable avait un message : il faut chercher l’ancien inventaire, les déménageurs viendront encore toucher l’intime, les secrets, la pudeur. Et toi au lieu de bouger, tu restes dans ton lit, à regarder la lumière du matin s´épaissir sur la fenêtre.

Cette pièce avait enfin trouvé une douceur, même une couleur, rouge ocre, et toi t´avais fini pour mettre cette couleur dans ta peau, dans ton regard, dans ta pensée.

Tu continues à scruter la lumière, tu n’oses même pas aller chercher un café, mettre des idées dans une boîte ou écrire simplement je ne peux pas. Tu trouves que la lumière change le rouge ocre en rouge évêque, et cette couleur semble te parler de profondeur, mais pas d’amertume, tu penses que la matinée doit être bien avancée. Tu évoques cette ville, elle te plaît, ses cafés, ses marchés, ses rues sales mais arborées, sa montagne. Elle, cette ville, a enterré aussi une muraille et comme toi elle essaye de se faire une beauté. Pour cacher ses batailles, sa douleur mais aussi son envie, sa faim de vivre. Elle doit se vendre aux investisseurs comme toi aux employeurs, mais les cicatrices laissent des traces, plus dans les femmes que dans les mures… tu ne le savais pas ? Tu t’es même habituée au silence de gens, au silence comme communication, des fois il faut ne rien dire. Finalement tu as l’air de commencer à comprendre.

Tu ne veux plus m’entendre et tu t’étires, d’abord les jambes, ensuite les bras et tu touches d’une façon involontaire le dessein que ton enfant a laissé sur la table de nuit. Tu l’a avais oublié, il a dessiné une maison avec un toit rouge à coté d´une rivière, la montagne sur le bord de la page. A le regarder, à le fixer longuement, tu as l´impression que le toit devient feu, et tout le dessein brûle, ta main, celle que tient le dessein brûle aussi et elle te fait mal. Tu sautes du lit désespérée… tu cours vers le toilette chercher de l’eau mais il ne se passe rien, la main brûle encore mais il n’y a pas le feu. Ce n’était qu’un reflet du soleil.

Que s’était–il passé ? Tu ne comprends pas. Tu reviens au lit sans comprendre, ton cœur bat encore très fort, tu essayes de te calmer et tu te demandes si lors du prochain coin-feu tu ne devras pas brûler ce que reste encore collé quelque part dans ton corps et fait mal, comme la main maintenant.

Tu te pelotonnes, ensuite tu t’étires toute entière, tu as l’impression que tu occupes toute la pièce. Tu croyais l’avoir dit, cette fois-là, je ne bouge plus, c’est décidé. Je reste ici, pas pour toujours, mais je reste ici. D’ailleurs qu’est-ce que ça veut dire toujours ? L’avais tu exprimé ainsi ? Es-tu sûre de ne pas t’avoir trahi, comme si des fois le corps abandonne à sa chance les paroles María dh Aranguren-10-10-07

 



Un moment

Tu fermes les yeux. Tu tentes de faire revenir à ta mémoire une image de toi saisissable. Dicible. Tu fais tourner le crayon dans ta main plusieurs fois entre le pouce et l’index. Tu laisses passer des images que tu ne veux pas saisir, que tu ne sauras pas dire. Tu contemples la feuille blanche quadrillée où seul le premier mot de ton texte est écrit. « Tu ». Tu regardes les autres étudiants qui sont en train d’écrire. TU regardes ta feuille. Tu te vois debout sur un quai de gare, ensommeillée, nauséeuse. Tu te vois en larmes dans un train. Puis dans un autre train. Tu te vois assise figée face à un écran de télévision migraineux. TU te vois dans une salle d’attente souffrante. Tes images passent et passent les minutes, tu ne peux en retenir aucune. Le « tu » inscrit en haut de la feuille résonne comme une mise en cause, une accusation. Pourtant, tu dois écrire. Ils attendent ton texte.

Tu fermes les yeux. Et tu écris ces mots.



J’aime, j’aime pas… celui de Monia

J’aime le cinéma Diagonal, prendre le tramway, faire du vélo, les oranges maltaises, chanter, la fraîcheur des draps, rigoler, jouer à la belote, la vix de Nougaro et celle de Brassens, nager, être enceinte, la quinoa, Barcelone, apprendre une langue, écrire des abécédaires, Susie Morgenstern, le chocolat chaud, le marché des Arceaux, la neige, être bloquée dans un train en bonne compagnie, le bruit des vagues, me baigner nue, la lumière du soleil sur les immeubles du vieux Montpellier, l’odeur de la pipe, le caramel, le vertige, le musée de Céret, l’herbe coupée, Se souvenir des belles choses, le lac du Salagou, la pinède des Aresquiers, ranger ma maison.

Je n’aime pas accoucher, trop manger, être malade, être au régime, les blettes, les choux de Bruxelles, les insomnies, la chicorée, la télévision, Thierry Ardisson, l’idée d’aller vivre à Béziers, l’odeur de chien, l’odeur de cigare, que tu m’aies quittée, les poils de chat sur le canapé, les gens qui se plaignent sans cesse payer trop d’impôts, les pannes de voiture, les pantalons trop serrés, les virages en épingle à cheveu, ne pas pouvoir lire dans un bus, être pressée, les autoroutes, les hypermarchés, le cidre, le melon, ma belle-mère, devoir ranger ma maison.



Clin d’œil à Francis Ponge

Avant de le mettre en bouche , laissez – le offrir son bouquet . Rouge ou blanc, quelquefois rosé, à travers l’éclat de sa robe , il excitera le palais en lui exposant tout son corps .Un soupçon , un doigt , une larme , surtout de Lacrima Christi , si vous le buvez à la messe ou le vouez à tous les saints pour chanter la Dive Bouteille .

Qu’une goutte libertine saigne sur votre index et vous le paierez très cher , véritable rubis sur l’ongle . Mais , pour troubler la vérité , dionysiaque fille des songes, nul besoin de faire un mensonge ; mettez -lui seulement de l‘eau dans la jaune jatte de marbre à l‘usage des libations !

Jean-Jacques Maredi



La grenouille

La grenouille appartient à la famille des batraciens ce qui lui confère de fort lointaines origines. Hôte des mares et des marais elle achève parfois sa vie sur les tables de dissection des salles de science. Triste fin . Nommer son cri est une épreuve lexicale car on l’entend soit coâsser soit croâsser quand tombe le soir en été. Moins emblématique de la laideur que son compère le crapaud , elle reste associée à un sentiment de répulsion due en partie au caractère visqueux, verdâtre et froid de sa peau. Sa morphologie est un savant mélange d’élasticité et de tonicité qui force l’admiration mais ses yeux globuleux sans cesse en mouvement suscitent le dégoût . Son destin littéraire a été définitivement scellé car jamais elle n’atteindra la taille d’un boeuf. Amphibie et ambiguë, elle offre à nos palais français ses cuisses -ni chair ni poisson.
Nicole



La mûre

La mûre parvient à maturité e août. Parfois en septembre. Ceux qui se piquent de la cueillir auraient étés mieux inspirés de renoncer aux vêtements de saison.

La mûre est un fruit facile à trouver. N’importe quel chemin peut convenir : sur les grillages, le longs des murs, au bord des fossés. Les premières qu’on trouve sont petites et sèches. Le panier tarde à se remplir. Une plus charnue, un peu trop haute, fait sa sucrée au sommet du buisson jusqu’à ce qu’on se balafre pour elle. De cette petite blessure, on se paie rubis sur l’ongle, en léchant des doigts juteux.

La première fois qu’on prépare la confiture de mûres, elle est presque immangeable. La fois suivante, on prend de la graine, avec un moulin à légumes.



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