La longe de porc, façon Volodine…

Selon les propositions de Xavier Garnerin et en suivant l’exemplier…

Kim Lee Hartmann contemplait la longe de porc.

Il songeait, le couteau finement aiguisé à la main, aux autres cochons, entassés dans la soue, éperdus et braillards. Ils avaient vu le sang gicler, entendu leur semblable hurler, sans émotion aucune.

Il effectua, délibérément, trois longues incisions dans la viande rosâtre, unicolore, et la jeta dans l’huile bouillante.

Il se dit, soudain, qu’il aurait préféré, finalement, avoir sous son couteau, d’autres vaincus : une poule dodue, à cuire au pot, ou un de ces pigeons qui pullulent et hantent les villes moribondes et nauséabondes.

Le riz, quant à lui, longuement lavé et égoutté attendait, en vrac dans une antique passoire. Les tomates concassées, ébouillantées à vif, rubescentes, attendaient patiemment sur le coté.

Un disfonctionnement…

Hartmann alluma le feu sous la casserole d’eau. A peine démarrée, la flamme s’éteignit. Le bouton principal manipulé avec brusquerie lui resta dans la main.

Hartmann, debout devant la cuisinière resta là, immobile, un long moment.

Son inexpérience ne lui permettait pas de sauver la préparation, toujours en attente…

Sereinement son MP3 continuait à débiter du Mozart…

L’éclairage chez Volodine…

Face à lui, au dessus des plaques éteintes, le néon fatigué disséquait la longe. Luisantes et écorchées, les tomates renvoyaient sur la viande morne une lueur rougeâtre. Le visage d’hartmann, front blanc, cou rouge, marquait sa perplexité.


Les slogans incongrus….

Ce n’était pas un soir comme tous les autres : les consommateurs ne défilaient pas encore !

« Compte les grains de riz, un par un »

« Imagines ta gastronomie »

« Dors, car qui dort dine ! »

 



Cuisine et dépendances ( Hommage à A. Volodine)

Vau-l’eau digne

de poireau à la crème de châtaigne

 

Billy Raspoutine éplucha l’oignon . Le poireau plein de terre attendait sur l’évier . Raspoutine le prit comme une dernière chance et le passa sous le robinet qui crissa lamentablement . L’eau brunâtre ne rendit pas sa blancheur initiale au légume qui fut haché cependant , aussi finement que l’oignon . Sur feu doux , la cocotte graissée à l’huile d’olive reçut un peu de thym . Billy ajouta l’oignon et le poireau . Soit par résistance, soit par espièglerie , soit par manque de gaz , le brûleur s’éteignit . Raspoutine n’avait pas changé la bonbonne depuis sa dernière tentative de suicide . Comme si de rien n’était , il remua de temps en temps en respectant les trois minutes conseillées par son livre de cuisine …Et le mélange resta froid .

Billy changea la bonbonne , relança la cuisson et pela les châtaignes . Elles furent versées avec un peu d’eau , un cube de bouillon et , trente minutes après , Raspoutine voulut mixer le tout . Mais l’appareil ne marchait pas . Le fil était bien branché , le bouton tourné sur ON : les hélices de métal semblaient obstinément figées . Billy pensa y fourrer son nez ; Raspoutine y mit les doigts . A leur approche , le moteur ronronna sous le bruit des hélices . Mais l’ampoule blafarde qui pendait au plafond clignota . La main se retira d’un poil . La lumière à présent envahissait la pièce , tapissant les murs d’un jaune pisseux . Billy cligna des yeux pour ne pas tourner de l’œil . Un oiseau le fixait derrière la fenêtre , à peine distinct dans l’obscurité mortuaire du soir . Les lambeaux du jour artificiel accrochèrent en vain son plumage . Puis il disparut .

Raspoutine réduit sa mixture en purée . Mais la crème était trop épaisse , comme la nuit dehors , accablante et poisseuse . Huile de noix et de courge . Billy sala . Raspoutine moulut du poivre . Les consommateurs en grève ne défilaient pas encore dans cette manif annoncée la veille . Ils se mettaient en voix . Le vent emporta leurs slogans , étouffés dans un suaire crépusculaire qui , avec les sirènes , déformait leur chant : « Mettez l’os dans la moulinette ! » …Billy Raspoutine les écouta …Et tout son bras se déchira .

 

 

 

 



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