L’orange

L’orange, d’ordinaire trop grosse pour tenir dans la paume d’une main, mais qui forme une coupe d’or parfaite les deux bras réunis, est d’abord couleur, rondeur. Brillante ou mate, lisse ou à crevasses, écorce mince ou épaisse, elle se divise ensuite en variantes, avant de se diviser en segments sagement rangés comme des livres. Car l’orange, en substance, est une étude rondement menée de l’occupation de l’espace d’un globe, du lien qui mène du particulier au général, de la partie au tout – petit précis de rationalité qui laisse pourtant de côté l’essentiel : un chaos d’éclatements sensuels à la bouche et aux doigts.



La danseuse

     On désigne en règle générale par danseuse, une jeune fille aux mensurations parfaites -quoiqu’un peu malingres d’après certains canons esthétiques masculins, adeptes de formes plus généreuses – vêtue d’une tunique rose claire ceinturée d’une rangée de volants de tulle de la même teinte et communément appelée  » tutu « , d’un collant de couleur chair ou blanc et de chaussons roses à rubans roses dont les extrémités supérieures en cuir épais, forment deux couvercles rigides, sur lesquels s’appuie la danseuse.
     En effet, la danseuse, de préférence blonde même si notre époque tolère de mieux en mieux la danseuse brune et le tutu blanc, voire dans des cas exceptionnels la danseuse métisse ou pire d’origine étrangère, bref, la danseuse marche toujours sur l’extrême pointe de ses chaussons (recouverts de cuir épais et formant … etc, lire plus haut), une jambe dressée à la verticale lui frôlant la joue et les bras réunis en couronne au-dessus de son chignon impeccablement serré.
     En dépit de cette position très inconfortable et qui pourrait paraître à toute personne qui ne serait pas danseuse, très instable, la danseuse sourit toujours. Elle peut tourner, sauter, virevolter, toujours sur l’extrême pointe de ses chaussons roses en cuir épais, elle ne se départit jamais d’une expression radieuse qui ne laisse rien deviner des souffrances de son corps.

     Et pourtant la danseuse s’use, s’use jusqu’à la corde. A force de tirer sur ses extrémités, la danseuse cède et casse.
     Le modèle étant fiable et rentable, la danseuse est aussitôt remplacée par une autre danseuse identique à la première mais plus jeune et plus fraîche.
     La danseuse usée va alors rejoindre la cohorte de ses consœurs cabossées, abîmées, inutilisées et éventuellement recyclées plus bas, dans la rue, au pied de l’affiche de leurs rêves brisés.



Clin d’œil à Francis Ponge

Avant de le mettre en bouche , laissez – le offrir son bouquet . Rouge ou blanc, quelquefois rosé, à travers l’éclat de sa robe , il excitera le palais en lui exposant tout son corps .Un soupçon , un doigt , une larme , surtout de Lacrima Christi , si vous le buvez à la messe ou le vouez à tous les saints pour chanter la Dive Bouteille .

Qu’une goutte libertine saigne sur votre index et vous le paierez très cher , véritable rubis sur l’ongle . Mais , pour troubler la vérité , dionysiaque fille des songes, nul besoin de faire un mensonge ; mettez -lui seulement de l‘eau dans la jaune jatte de marbre à l‘usage des libations !

Jean-Jacques Maredi



La grenouille

La grenouille appartient à la famille des batraciens ce qui lui confère de fort lointaines origines. Hôte des mares et des marais elle achève parfois sa vie sur les tables de dissection des salles de science. Triste fin . Nommer son cri est une épreuve lexicale car on l’entend soit coâsser soit croâsser quand tombe le soir en été. Moins emblématique de la laideur que son compère le crapaud , elle reste associée à un sentiment de répulsion due en partie au caractère visqueux, verdâtre et froid de sa peau. Sa morphologie est un savant mélange d’élasticité et de tonicité qui force l’admiration mais ses yeux globuleux sans cesse en mouvement suscitent le dégoût . Son destin littéraire a été définitivement scellé car jamais elle n’atteindra la taille d’un boeuf. Amphibie et ambiguë, elle offre à nos palais français ses cuisses -ni chair ni poisson.
Nicole



La mûre

La mûre parvient à maturité e août. Parfois en septembre. Ceux qui se piquent de la cueillir auraient étés mieux inspirés de renoncer aux vêtements de saison.

La mûre est un fruit facile à trouver. N’importe quel chemin peut convenir : sur les grillages, le longs des murs, au bord des fossés. Les premières qu’on trouve sont petites et sèches. Le panier tarde à se remplir. Une plus charnue, un peu trop haute, fait sa sucrée au sommet du buisson jusqu’à ce qu’on se balafre pour elle. De cette petite blessure, on se paie rubis sur l’ongle, en léchant des doigts juteux.

La première fois qu’on prépare la confiture de mûres, elle est presque immangeable. La fois suivante, on prend de la graine, avec un moulin à légumes.



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