Epaisseur opaque

Elle voit ainsi la matière qui la constitue
Protection d’un cocon qui cache et brume profonde qui noie
Aller au fond, creuser dans l’épais pour atteindre le fragile
Isoler chaque couche pour approcher le corps nu, le souvenir pur
Sonder l épais au risque de s’y perdre
S’immerger dans une ouate labyrinthe
Et voir que le cocon devient prison
Un manteau qu’on n’ôte plus
Rien à faire

Ouate onctueuse, légère
Poids cependant de l’épais
Alliée de la profondeur
Qui cache en ses fibres mêlées
Un à un mélangés
Evénements petits et grands



Atelier danse-écriture

C’est l’histoire d’une rencontre, une rencontre entre deux langages: le verbe et le geste.

 

Christine Rodès parle du travail du chorégraphe Georges Appaix qui jongle entre ces deux matières: «  Un art du fragment qui joue de la liaison par exclamation et brouillage plutôt que par discours et récit. Des pièces qui filent entre l’air et la matière (…). Une grammaire toute en ponctuation, moins déterminante que variable, et une langue qui ne sépare pas les élans du coeur et les non-dits, les malentendus et les éclairs d’intuition. La langue des hommes, avec un peu de cris de la fée… »

 

Pour cette séance, nous allons faire le chemin à l’envers: partir de la rencontre pour revenir au moment qui le précède, celui de l’attente.

 

  1. Préliminaire: mise en corps et mots

au sol, respiration, visualisation de votre corps. Imaginer votre corps comme déposé sur le sable, visualiser les traces qu’il laisse sur le sol. Imaginer un voile qui le recouvre, les parties en contact avec ce voile, et les autres.

Se lever le plus lentement possible.

Déplacement. Une personne du groupe s’arrête, les autres s’arrêtent en même temps, idem pour la remise en marche.

Par deux, dialogue de geste: un après l’autre, le geste de l’autre répond au premier…

Par deux, une personne fait des gestes et l’autre commente ce qu’il voit. (comme un commentateur sportif)

 

  1. La rencontre

Argument (à ne pas dire):CHOREGRAPHIE ADAPTATION D’UN TEXTE QUI PERMET UNE AUTRE PRODUCTION DE TEXTE

C’est une rencontre extraordinaire, un peu à la Godot, il y a un texte qu’un chorégraphe a mis en geste, une réécriture, une relecture par le corps et le geste. C’est le début d’une chorégraphie d’Angelin Preljocaj où deux individus se rencontrent.

Diffusion du début la pièce.

Pour la séance de lundi , zapper la partie écriture de la rencontre ci-dessous mais montrer la chorégraphie à faire si séance dure 3 heures. Faire inscrire les images marquantes que les spectateurs: sentiment, atmosphère, références, paroles…

 

Consigne d’écriture:Vous écrivez le récit de cette rencontre. de quel type de rencontre s’agit-il? qui sont-ils? où sont-ils? S’attendaient-ils? se connaissaient-ils? que perçoivent-ils? que pensent-ils? que se disent-ils?

Lecture des textes

 

Texte de départ « l’Annonciation »: Luc, 1,24-46

Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth,

à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David ; cette jeune fille s’appelait Marie. L’ange entra auprès d’elle et lui dit : « Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi. »A ces mots, elle fut très troublée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père;il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »Marie dit à l’ange : « Comment cela se fera-t-il puisque je n’ai pas de relations conjugales ? »L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu. Et voici que Elisabeth, ta parente, est elle aussi enceinte d’un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile,car rien n’est impossible à Dieu. »Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit ! » Et l’ange la quitta.

 

 

  1. L’attente

LE TEXTE COMME SUPPORT DE LA CREATION CHOREGRAPHIQUE

Vous avez vu une rencontre entre deux personnes. Imaginez l’instant qui précède une rencontre d’un individu et un autre (personne, objet, quelque chose de plus abstrait), imaginez le moment de l’attente, le moment où une personne encore seule s’apprête à venir ce moment particulier : qui ou qu’attend-elle? que pense-t-elle? que fait-elle?

Ecrivez une chorégraphie de ce moment en 6 à 8 lignes: indication à un futur interprète de ce moment: un récit ponctué de gestes, d’expressions (non verbales), d’images.

Lecture de ces textes, le donner à un interprète.

Mettre en mouvement la chorégraphie (sans parole), ce n’est du mime, trouver l’essence du texte et le mettre en geste, du plus au moins figuratif.

 

RENCONTRE VOIX ET CORPS

Lecture conjointe de la chorégraphie et du texte par l’auteur, l’auteur ne regardera pas l’interprète, mettre la danse et le texte au même niveau: l’un ne doit pas montrer qu’il attend l’autre.

 

 



Place

Il avait sa place. Une place sur le banc qui faisait face à la place du marché. Pour réparer les outrages des désordres de sa vie, il s’y était d’abord astreint, il s’était obligé, fait violence.
Chaque jour et aussi les jours suivants posé son cul à la même place sur le même banc de cette même place.
C’était ça ou la mort. L’ultime moyen de se réconcilier avec le monde c’était d’en faire partie intégralement. Certains jours, il se tenait tellement immobile que les pigeons lui grimpaient sur les genoux ou lui chiaient sur les épaules. Cela le rassurait. Il savait qu’il fallait souffrir pour regagner l’espace perdu. Il s’était tellement et si profondément égaré autrefois, avec ces idées dans sa tête qui tournaient si souvent et sans s’arrêter. Elles l’avaient saisi peu à peu dans leur tourbillon et il avait progressivement perdu sa place. Les gens avaient commencé à lui adresser des signes, des appels de phares, les gens lui firent mêmes des gestes codés, ils le regardaient avec des regards secrets, lui donnaient des mots aux sens cachés, ou cryptés.
Alors il avait commencé à comprendre que quelque chose ou quelqu’un voulait lui prendre sa place.
Mais il ne comprenait pas qui s’attaquait à lui aussi mystérieusement.

D’abord, il était resté enfermé chez lui pour occuper ce terrain là. Vaillamment il avait tenu le lieu, avec du café, des biscottes, des cigarettes et des réussites. D’abord, il avait eu un profond sentiment de victoire sur cet insidieux ennemi qui cherchait à le renverser, à l’expulser hors de, out. Mais progressivement la cafetière l’avait repoussé, ses cigarettes voyaient s’approcher la flamme vacillante de son briquet avec horreur, il devait faire un effort surhumain pour aller jusqu’au bout et finalement aspirer goulûment une taffe de fumée à l’amer goût de meurtre. Sa tasse vide, au fond de laquelle reposait un gros iris brun, le fixait avec une telle indécence qu’il avait fini par la retourner, se refusant à diluer ce regard obsessionnel sous le jet du robinet, incapable de passer l’éponge sur la trace de café séché que léchait avidement l’orbite blanc de la porcelaine. Les biscottes s’effritaient en miettes aigres et piquantes, laissant sourdre une telle douleur, qu’il les mit à tremper avant de les avaler sans les mâcher, en les laissant glisser le long de sa gorge au risque de s’étouffer. Mais ne valait-il pas mieux s’étouffer que de sentir, sous la pression de ses dents, s’épancher, des pores de la mie mouillée, le tiède liquide qui s’écoulerait alors le long de ses gencives, noyant sa bouche jusqu’au dégoût? Ses mâchoires, au fil des jours, devinrent lourdes et douloureuses, boulonnées d’effroyables culpabilités. Bientôt il ne mangea plus pour ne plus risquer d’être redevable de quelque chose. Il devait formellement s’abstenir de tout geste susceptible de provoquer la perte de sa place. Il était impératif d’agréer l’environnement auquel il résistait s’il ne voulait pas être absorbé.

Pendant plusieurs nuits, il ne dormit plus, il compta les boutons de rose jaunis du papier peint, mur gauche, couché en chien de fusil, les mains glissées entre ses cuisses. Ainsi il sentait le corps que son matelas lui dessinait et ses deux mains strictement serrées l’une contre l’autre, jointes dans la chaleur de ses cuisses. Parfois il s’endormait, mais il était vite réveillé par d’abjectes visions: les fleurs l’enveloppaient, les murs fanés s’écaillaient, laissant tomber leurs petites croûtes de peinture bleue roi sur les arabesques du tapis, un singe grimaçant s’agrippait à son dos dans un sourire furieux…
Longtemps, il pleura. Il pense qu’il pleura un mois ou deux aussi peut-être. Il ne se levait plus sauf pour uriner car l’eau seule conservait sa douceur matricielle . Normal, elle s’était déjà depuis toujours installée en lui, c’est pourquoi.
Un jour de cette durée quelqu’un tapa au bois de sa porte. Il eut peur, violemment peur. Une peur viscérale, la traque d’un animal surpris au canon d’un chasseur, une paralysie boueuse, aussi sale et furieuse que les eaux de la rivière roulant les chairs de leur lit, après les grandes pluies. Il aurait bien aimé pouvoir crier non non non mais les sons lui avait été confisqués sans qu’il s’en fusse rendu compte.
Voilà, il commençait à devenir silence… On avait vraiment commencé les hostilités…

Brutalement il changea de tactique. Quel abruti il avait été, stupide et timoré, vouloir s’attacher les bonnes grâces de ses ennemis, évidemment que c’était ridicule, et non seulement ridicule, mais soyons honnête, pleutre et lâche. Il se leva dans une vacillante et infinie lenteur, s’attachant à chaque objet qui se levait à son passage pour soutenir sa marche valsée. La pièce s’accorda avec une subtile harmonie à son pas de danse. Il lui en fut un instant profondément reconnaissant. Cependant, il se ressaisit aussitôt car il savait que l’empathie est dangereuse et que la compassion est une arme à la perfidie redoutable Il nia tous les gestes de paix et de conciliation que lui accorda pourtant généreusement chaque objet de la pièce.
Glissant jusqu’au placard, il prit une boîte de conserve qu’il éventra avec difficulté. Le métal refusait de crever, ses doigts douloureux laissaient s’échapper le petit ouvre-boîte. Pourtant après une lutte de plusieurs minutes, le métal finit par lâcher, dans un souffle mou et nauséabond. Il découpa, charcuta et avala avidement le contenu sans aucune préparation. Il était désormais conscient qu’il devait lutter et non pas pactiser avec le. Celui qui. La chose dont. Le quoi. L’obscur mangeur de ma place. Il eut envie du goût du tabac. Exactement comme moi, à cet instant. Mais il ne le sait pas. Il enfonça son poing serré dans la boîte de métal aux bords martyrisés et il tapa dix, onze, douze fois avec dessus, sur, et, sa peau coupée saigna, fendue, déchirée, le jus des haricots, au commissures des plaies, pique. Il veut combattre. Son sang coule alors il sait qu’il existe toujours, il a encore une place, sa place, maintenant il sait que sa mission c’est de la retrouver. Il se souvient aussi du goût de l’alcool, il sait que si là de l’alcool descend le long de sa gorge dans son oesophage, la brûlure expulse de ses poumons l’air qui ne lui appartient plus exactement.
Il sait maintenant, il sait , il a compris, il comprend, il ouvre la fenêtre, ouvre la bouche ouvre la porte, il se gonfle à nouveau, il reprend ce qu’il avait laissé s’échapper, il absorbe et avale, il durcit le ton, jette ses yeux au plafond, mord le filtre de sa cigarette qu’il allume trois fois pour le plaisir de la douleur.
Il jette les cartes de la réussite par terre, il comprend ah ça oui il comprend même très bien, trop bien pourrait-on dire, qu’elles ont chercher à le posséder, à prendre sa place mais c’est fini, fini, fini..
Il change ses habits voilés par l’attente. Il lave son visage longtemps sous l’eau, laisse couler, l’eau, longtemps, le long, elle lui coule. Il essuie obstinément sa peau. Met ses chaussures, ouvre la porte, la clef mécanique, l’écho dans les couloirs . Descendre les escaliers. L’ascenseur c’est encore trop tôt, trop froid, trop petit trop étroit, trop dans la face des autres qui verront peut-être, ah bonjour ça va ? mais qui êtes-vous, le vous sans place, dans l’ascenseur ils seraient même capables de me marcher sans me voir dessus ou coller leurs yeux en moi et ne plus en sortir.
Les escaliers à la rampe solitaire, toujours caressée et puis lâchée, oubliée. Dehors, sortir, hors de, eject, go out, fire in the city, cryogénie mentale. Il rit sous cape, ils ont bien failli le niquer, lui niquer sa place. Le vent souffle chaud son haleine de chien, il traversa en tanguant la place, c’est normal, ce sont les dernières vagues du soir. Ils l’ont laissé, il est toujours là, arabesque de ferraille verte souillée d’inscriptions vulgaires et furax, percée de trous méthodiques, pour laisser couler la pluie -la pluie : tous les droits- quelques pigeons , mouettes des squares, palpitent l’oeil vide et nerveux, il s’assied, laissant couler son ombre à ses pieds, dans les premières obscurités dorés de ce soir d’été. Elle est là, sa place…



Atelier-google

Atelier expérimental
Monia, 19 mai 2008

Point de départ :
Je suis assez fascinée par les moteurs de recherche sur internet. Vous proposez un mot, une expression, et vous voilà en errance parmi des milliers de textes, de toutes sortes. Si votre requête était bien formulée, vous avez des chances de trouver ce que vous recherchiez, mais si vous ne saviez pas exactement ce que vous cherchiez, ou si vous ne saviez pas trop quels mots choisir, ou si ces mots sont un tant soit peu polysémiques… vous voilà voyageant au hasard entre mille textes improbables, ayant seulement entre eux en commun, les quelques mots de votre requête.
Vous avez tous fait l’expérience. On trouve de tout, sauf parfois ce qu’on était venu cherché. On s’égare, on s’attarde sur une belle découverte, on dévie, on oublie pourquoi on était venu.
Cette diversité des réponses à une même demande a quelque chose à voir avec la diversité des textes que produisent les participants d’un atelier d’écriture à partir d’une même proposition. Ça me laisse rêveuse, je sens qu’il y a quelque chose à en faire, quoi, je ne sais pas encore… je cherche, je me laisse rêver au sujet.
Et si je prenais la chose par l’autre bout de la lorgnette ?
Savez-vous que cette errance laisse des traces derrière elle ? Savez-vous que vos clics désordonnés n’échappent pas à certains observateurs?
Par exemple, si vous publiez un site internet, vous avez la possibilité de savoir d’où sont arrivés les internautes qui ont visité votre site, quels liens ils ont cliqués. Et s’ils sont arrivés par un moteur de recherche, quelle était leur requête… c’est parfois très instructif, et c’est parfois très surprenant. C’est souvent drôle, et ça laisse parfois rêveur.

Voici par exemple un petit échantillon des requêtes google qui ont mené sur le blog de notre groupe,  http://podame.unblog.fr, de septembre 2007 à mai 2009
requêtes ayant amené des internautes sur podame de septembre 2007 à mai 2008
Proposition d’écriture :
je vous propose trois moments d’écriture, à partir de trois points de vus différents

1.  dans un premier moment nous allons jouer au moteur de recherche.
vous savez comment se présente la réponse d’un moteur de recherche à une requête :
titre de la page – courte extrait de deux lignes contenant les mots cherchés mis en gras – adresse de la page en question…

Je vous propose de choisir une requête, parmi celles qui ont mené sur podame, et d’inventer une réponse de google : c’est à dire uniquement le titre de la page et un court extrait (ou de courts extraits, tenant sur deux à trois ligne maximum), contenant les mots de la requête que vous soulignerez. Les mots peuvent être à la suite ou à des endroits différents, ils peuvent être dans un  ordre différent par rapport à la requête. Le titre n’a pas forcément un rapport évident avec l’extrait, (car l’extrait contenant les mots cherchés peut être totalement anecdotique par rapport à l’ensemble de la page). La seule contrainte : la brièveté de la citation et la présence de tous les mots de la requête.
Nous afficherons le résultats de ces requêtes, et il nous servira de point de départ au second moment d’écriture.
(10 minutes)

google

2. Affichage et lecture silencieuse:
maintenant, je vous propose de choisir un des résultats affichés. Ce peut-être celui que vous avez écrit (ce n’est pas interdit), ou celui que quelqu’un d’autre a affiché. Imaginez que vous cliquez sur ce lien…
que trouvez-vous là ? écrivez le/les textes qui se trouvent sur cette page web.
Vous connaissez déjà le titre de la page, et vous connaissez un court extrait, qui peut se trouver à n’importe quel endroit de la page, voire être découpé en plusieurs morceaux… à vous d’imaginer tout le reste.
Le type de texte peut-être est totalement libre, on peut trouver sur le web des blogs, journaux intimes, poèmes, textes juridiques, modes d’emploi, forums, publicités, articles scientifiques, et j’en passe…
Le texte peut-être très inattendu par rapport à la courte phrase affichée par google : ton, contexte, registre peuvent être très différents, car google pêche les mots dans un texte sans évaluer  s’ils sont importants ou anecdotiques.
(30 minutes)

3. Avant chaque lecture de textes proposition d’écoute :
Imaginez que vous êtes la personne qui a tapé dans google la requête qui a conduit au texte que nous allons entendre. Ecrivez sur un papier qui vous êtes. (homme / femme ? age ? …) Quel était votre objectif en tapant cette requête ? que cherchiez-vous , à quelle question vouliez-vous répondre ou quelles informations vouliez-vous recueillir?
Je vous propose d’écouter le texte depuis le point de vue de cet internaute, et d’écrire quelques lignes à partir de cette écoute. Notez si le texte répond à votre attente, à votre recherche. Qu’il y réponde ou non, notez s’il vous intéresse. S’il vous fait faire une découverte étonnante et inattendue. Après l’écoute de chaque texte, vous écrirez quelques mots témoignant de ce que votre satisfaction, déception, etc d’internaute en quête d’une information  Après lecture des texte, nous lirons les réactions des « internautes »

Note :  il peut y avoir pour les participants une difficulté certaine à comprendre la consigne d’écoute. Cet atelier demande plusieurs changements de point de vue successifs, ce qui n’est déjà pas évident. Il demande aussi une certaine familiarité avec la navigation sur internet et les moteurs de recherche (avoir déjà utilisé google de temps en temps semble nécessaire).

Le liste des « mots-clés recherchés » proposée est assez longue, il pourrait intéressant de la réduire (entre 5 et 10 par exemple), de façon à ce que plusieurs participants del’atelier soient amenés à choisir la même.



Double je

- Boudin
- Crevette

- Boursouflée
- Ratatinée

- Bouffie
- Rabougrie
-  …

- Cà suffit à la fin, çà ne m’amuse plus
- Enfléééée
- Arrête !
- Ballonnéééée
- Arrête… Qu’est ce que je t’ai fait ?

- Tu oses me demander : « qu’est ce que je t’ai fait ? » Mais tout. Tu m’as tout fait parce que tu as tout pris. Tu ne m’as rien laissé.

- Tu ne vas pas recommencer, je suis désolée. Je n’y peux rien.
- Comment cela, tu n’y peux rien ? Tu n’as qu’à m’en passer un peu et je me tais.

- Tu crois que c’est facile pour moi ? Je suis comprimée, au bord de l’explosion.

- Justement si tu m’en donnais un peu, tu irais mieux.

-     …Tu veux quoi ?

- Ce qui se bouscule en toi. Des consonnes, des voyelles, des syllabes. Que sais-je ?
Va, Zou, Ché, Ba, Po, Ju, Cha, Vi…. Je manque de tout. Je suis sèche, totalement sèche. Archi-sèche
- Même si je le voulais, je ne le pourrais pas. Tous mes orifices sont bouchés, verrouillés. Closed. Cerrado. Chiuso. Capito ? Je suis fichue. Tu es fichue. On est tous fichus.

-  Attends, j’ai une idée.
- …
- J’ai une idée, tu entends ?
- ….
-  J’ai une idée, j’te dis.

- Oui j’ai entendu. Bon vas-y, c’est quoi ton idée ?
- Touche-moi
- Pardon ?
- Touche-moi, je te dis.
- Tu es folle
- Là, tu t’allonges, à plat sur la table.
- J’peux pas
- Mais si tu peux
- C’est trop dangereux
- Ne fais pas l’idiote. Laisse toi faire

Tu t’approches de moi, tu me parais fine et fragile, longue et grise, brindille délaissée, oubliée.
Plus tu t’approches et plus je sens gonfler en moi l’urgence de me déverser enfin, de m’alléger.
Tu marques un arrêt, ton regard exprime une certaine crainte. Pourtant c’est toi qui as voulu me toucher. Tu me disais que je t’avais tout pris. Maintenant tu ne peux plus reculer.
Viens, je suis là. Viens et laisse toi toucher à présent.

Ta main contre la mienne, douceur de ta paume, creux et vallons, lignes d’espoir et lignes de fuite. Grain fragile hésitant qui résiste un instant et ploie sous la caresse ultime.

Tu ne dis plus rien. Tu ne bouges plus. Je me suis approchée. Tu ne dis plus rien. Encore plus près.
Je me pose. Cela te fait mal. Je me pose sur toi. Tu as laissé échapper un tout petit cri. Je t’enveloppe. Tu disparais en moi. Monstrueusement absente, nous faisons corps, nous faisons sang.
Je devrais te retenir mais je te souffle tout doucement jusqu’à l’épuisement final. 
Va Ché, Ti, Pu ré, Zou.

Je transpire, je respire. C’est si bon. Ma bouche s’arrondit en étoile. Mes lèvres se dénouent, ma langue roule.
Et toi qui vas mourir. Je le sais. Je respire et tu vas mourir.

- NON ! Non tu ne vas pas mourir ! Tu ne peux pas me laisser. J’ai peur, j’ai mal. Je ne voulais pas que tu viennes, tu es venue quand même.
Tes yeux n’expriment rien. Parle, Parle moi, Parle enfin.
Je t’en prie juste un son, un mot, une syllabe.
Zou, Ché, Ba, Po, Ju, Cha, Vi. Allez après moi. Va, Zou, Ché, Ba, Po, Ju, Cha, Vi. Zou, Ché, Ba, Po, Ju, Cha, Vi. Va, Zou, Ché, Ba, Po, Ju, Cha, Vi.

Réveilles toi bouges, agite-toi.
Ou es tu petit rameau brisé ? Tu m’as donné tes sons, tes mots. Tu dors ma branchette ?

Là, tout doux, tu n’as plus peur.
Moi j’ai toujours peur, j’ai peur depuis toujours, avant toujours.
Pour toi c’est fini. Là, ma doucette. Tu es en moi, à moi pour toujours.
On va se reposer maintenant.

11/02/2008 (Atelier expérimental Marie Laure)

 

 

 



Bleu Nuit

Ombre à plat
Sur le fil frémissant

Note marine
Gris calme

Lisse    Glisse
Equilibre ténu

Des pas puissants
Jaune terre

Traînée de poudre
Carrée      Tordue

L’onde s’affole
Rampe    Crampe-

La branche cède
L’empreinte s’enfonce

Reflet Bleu nuit

31/03/2008 (Atelier expérimental Sara)



Atelier « Ouvrir des portes »

 (Atelier expérimental Louis Hautefort) :

Vous non plus vous ne me voyez pas ? Suis-je si invisible ? Impalpables, les idées ? Abstraite, l’idéologie ? Bien pensance, le bénéfice du doute érigé en étendard, mollesse, turpitudes, turditudes… de l’aveuglement consenti, de l’injustice tranquille ?

J’ai parlé aux idées, je les ai interpellées ; elles sont venues vers moi comme une coulée de lave, comme une houle qui lentement, pesamment, inexorablement…écrase tout sur son passage.

Alors, vous aussi vous surfez sur cette houle, me laissez hurler aux loups, en pâture aux lou-voiements, aux vouvoiements d’un langage médiocre, insolemment modeste, sans corps ni zeste ?

Vorace, coriace, approximative cuirasse…



Dialogue entre Crabe et la femme absente

La nébuleuse du crabe (atelier Séverine)

Tu m’as tuée, Crabe. Avais-tu besoin de me tuer ?
Je t’ai tuée, oui, et désormais tu es à moi.
Tu es un monstre, Crabe. Personne ne te croira, tu paieras !
Mais non, tout va bien, tu es à moi, je suis le dépositaire de ton souvenir, figé à jamais dans une boîte hermétique. Tu m’appartiens, tu es ce que je veux bien dire que tu es, pour moi, pour les autres…
Tu es un monstre, Crabe. J’aimais la vie, j’étais vivante, moi, toi tu as toujours été mort.
Tu vois bien que je n’avais rien à perdre ?! Et tout à gagner. Maintenant je ne suis plus jamais seul, et tu m’aimes. Tu m’aimes parce que j’en ai décidé ainsi, c’est moi qui décide maintenant, c’est moi qui parle.
Non, Crabe, je te hais, je te déteste, je n’ai que mépris pour toi, même pas de pitié. J’espère pour toi, pour nos enfants surtout, que tu te ressaisisses un jour, mais pour moi c’est trop tard, et je ne te pardonnerai jamais. Tu m’as tuée, Crabe, tu m’as tuée.



Le bateau de Nansen

Récits de voyage (atelier Nicole Court)

Vous allez hésiter à vous fier à moi, je vous comprends. Je n’ai pas l’air très solide, de prime abord je n’ai rien de rassurant. Vous avez beau vous dire que vous partez justement pour fuir le confort et le train-train, vous n’avez tout de même pas envie de courir des risques inconsidérés. Mais regardez-moi de plus près, et vous verrez : j’ai été construit par un homme qui connaît la mer, qui connaît en plus la banquise. Un homme qui a passé du temps, qui a marché le long des canaux dangereux où vous comptez naviguer. Il a vu que la banquise a une vie à elle, que des frissons la traversent, qu’elle se resserre puis se desserre sur elle-même dans une respiration lente mais implacable. Je suis le fruit des observations patientes de cet homme, de son empathie avec cette terre, très peu terre, plus ciel, plus mer, et plus encore intérieur d’un corps ou d’un rêve. Je suis ce bateau-là, construit en bois souple et léger, conçu pour m’adapter, pour changer de forme au besoin, pour avancer coûte que coûte, non pas malgré mais grâce aux agressions du climat ou du paysage. Essayez-moi, vous verrez, la banquise ne me rejettera pas, ne me recrachera pas en me laissant en rade, perché sur une montagne de neige, comme tant de bateaux avant moi. Elle ne m’écrasera pas entre ses gencives comme certains de mes prédécesseurs… Non, elle me laissera voguer, avec vous, Nansen, et votre équipage peu nombreux, elle voudra bien nous laisser flotter sur ces courants rapides que vous avez étudiés avec soin et qui vous amèneront bien, Nansen, au Pôle Nord.



Femme

Elle ne sait pas encore qui elle est, si elle est. N’étant plus une femme jeune, elle se demande si cela vaut la peine de chercher. De nombreuses femmes, et hommes, l’habitent, se bousculent, se disputent son affection, ses bras, son imaginaire. Elle aurait envie de les balayer tous et de partir toute seule dans le désert américain, ou prendre le large et nager jusqu’à épuisement. Elle ne sait pas si c’est là un désir de vie ou de mort.

Désir. C’était cela qui avait pourtant joué, agi, en dépit de sa volonté pourtant féroce, en dépit de toute sa détermination, de sa certitude, de ses principes, c’était cela qui avait relevé sa tête et brisé le sortilège du désenchantement… Car la désillusion, le cynisme las ont leur propre charme, un pouvoir de fascination fatigué mais réel. Le désir, donc, un autre désir ou un désir autre, désir de l’autre et de prise de risque enfin assumé, c’est cela qui a joué et agi, c’est cela qui a brisé les chaînes masochistes – et qui a déclenché la foudre des représailles, une guerre livrée sans merci sur tous les fronts, une guerre psychologique, insidieuse, perverse, qu’il lui faudra pourtant, absolument, totalement et sans demie mesure, gagner, gagner, gagner… : désir de gagner qu’elle ne se connaissait pas, dont elle n’a jamais encore fait preuve ni eu besoin de le faire. Guerre à l’issue de laquelle enfin elle sera, ou ne sera plus.

 

De modèles en « mots d’elles ». ( atelier Jean-Jacques Maredi) 

 



123

Littérature de jeunesse thé... |
Les chroniques de Wenceslas... |
Aşk Desem Az Gelir |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | LA PHILO SELON SYLVIE
| Les écrits de Shok Nar
| kantinof