Sa voix ne se tait plus

Son  cri jaillit du bord de tes doigts
charrie l’antre de ton corps
jusqu’au  cœur de la terre
râle, roule
à fleur de tes lèvres
sa voix ne se tait plus
chant ruisselant sur les bouches du passé
morsures mordorées sur ta peau craquelée
la voix fissure  les encoignures
la chair se dilate
et l’évidence transparait
innocente.

(d’après la consigne de Louis)



FMR

 

Il aurait pu

Il aurait pu

franchir ces friches à la frange,

ces zones blanches fichées sous les décombres chromatiques à peines esquissés

frôler les précipices si proches pour s’élancer au delà de ces lieux obscurs et sombres propices à la propagation de sons sourds et muets

franchir le pas, affronter ses Berlin intimes pour se débarrasser des pollutions de l’immobile, des longues palabres silencieuses

Il aurait pu.

Non.

Il peut.

Et quelque chose se détache déjà de ses strates volubiles,

à peine un souffle,

 

un murmure,

une légère pulsation qui pousse à l’intérieur

 

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Aucun contretemps

la rythmique parfaite frappe contre sa cage thoracique

 

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un frisson discret parcourt son épiderme sensible

Il résonne tout entier, se dresse en cadence ivre

les sons inutiles s’écoulent et glissent, laissant les paroles lasses s’infiltrer dans les béances que les saisons précédentes ont creusées

Une marée musicale monte en lui et le déborde

L’harmonie se matérialise dans son âme tourmentée.

(Merci à Dominique, Louis, Jean-Jacques et Nicole dont les textes m’ont servi à bâtir celui-ci)



F.M.R

F.M.R

Merci à Dominique, Jean jacques et Louis auxquels j’ai fait des emprunts ;

Lui, c’est le gardien aux souliers lents
Elle, c’est le chef d’œuvre.
Ses pas à lui effleurent l’inertie millénaire des pierres
Son corps à elle, nu, exposé, offre sa peau diaphane à l’œil de son visiteur nocturne
Doucement, imperceptiblement, insidieusement ils ont entamé une frêle liaison
Ils ont rendez-vous
Ils ne connaîtront ni déception glaçante ni souvenir amer
Entre l’homme éphémère et le modèle éternel la passion est légère



L’écouteuse de mots

L’ÉCOUTEUSE DE MOTS

Sa vie. Une quête. La quête improbable de ces lieux obscurs et sombres propices à la propagation de sons sourds et secrets , de ces chambres d’échos, caisses de résonance de mots morts et muets. Certaines parois peuvent à celle qui sait entendre offrir de véritables partitions où les voix humaines – par un phénomène de réverbération inconnu, s’affranchissent de la matière et jaillissent de la pierre, du béton et du fer. Elle collecte des bribes, bouts de conversations épars, fugaces syllabes, chapelets sonores sans queue ni tête, mots tronqués, paroles inachevées, phrases inattendues ou convenues.Elle est troublée par le velouté des labiales, perturbée par le cliquetis ocre des dentales, agressée par les pointes des sifflantes, émue par la caresse des suaves chuintantes. Elle recueille avec attention tout un nuancier sonore, un camaÏeu musical, une symphonie chromatique. Le même trajet, le même espace parcouru n’est jamais vaincu. Les sons agglomérés, amalgamés, soudain libérés ont une telle épaisseur opaque. Elle a tenté de rationaliser sa démarche, a dessiné une géographie des murs, une cartographie des sons. Rien de méthodique ne peut lui permettre de classer ces échappées imprévisibles qui soudain sonnent à ces tympans. Certains matériaux, elle l’a constaté, ont une porosité particulière et un degré d’absorption et de restitution exceptionnel.
Dans le quartier on la connaît bien. On s’est habitué à sa silhouette sans âge, à son air d’être toujours aux aguets, à son grand cabas. C’est surtout le filet à papillons qui déroute. Et ses lèvres en mouvement perpétuel. Elle va, rase les murs, indifférente aux regards. La récolte a été bonne aujourd’hui, les murs ont été généreux. Le sac est plein , il reste quelques mots pris dans les mailles du filet – ils viennent du mur de briques là-bas – un bavard celui-là quand il s’y met. Elle tentera tout à l’heure de mettre un peu d’ordre dans ces strates volubiles, de tisser des liens entre ces propos décousus, de retrouver l’ombre des voix qui se sont tues.



Les voix ne se taisent plus

Retrouver l’ombre des voix qui se sont tues – Mirage – Fragile mêlée – Fil ténu raccroché par une Minerve ensablée – Tu rampes vers le flou moiré de ton passé – Des ombres folles jaillissent en mille flaques – Tu ris – Sans pouvoir les rattraper  - Les voix ne se taisent plus – Souffles dépoussiérés des pollutions de l’immobile – Tu roules – Elles s’échappent   Les voix ne se taisent plus – Elles chantent – Muses ricanantes – A chacun de leur chant tu t’enfouis un peu plus – Jusqu’à l’épuisement –  Dans cette masse molle – Jusqu’à l’ultime râle – Le dernier murmure – Les voix ne se taisent plus -

D.L. (avec quelques usurpations à Nicole, Louis et Florence)  3 /11/ 2008 – Consigne de Jean-Jacques « F.M.R » du 27/10/08



Dans le couloir

 

 Un couloir. Des pas. Dans le couloir. Des centaines de pas. Lumière électrique. Blafarde. Des milliers de pas. En marche. Sous la voute en béton. En marche. Résonnent. Des milliers de pas. Carreaux fatigués sur les murs. En marche. Yeux cernés. Silhouettes délavées. En marche. Des milliers de pas. Avant. Arrière. Pressés. De côté. Petits talons. Comptés. Mesurés. Claquements. Souliers lents. Redoublés. Chassés. Glissés. Semelles crottées. Des milliers de pas. 

Elle, bottes plates, usées, fendillées. Pas irréguliers. Ses yeux à elle sur les chaussures des autres. Le regard habité par la marche. Son regard. Leurs marches. Des centaines. Des milliers de marches. Une gigantesque cacophonie de marches. Un seul regard. 

Son regard. Leurs marches. Et rien. Plus rien. La multitude, le chaos fondus dans le rien. Désert du rien. Silence absolu du rien. 

Elle s’arrête. Pour rien. A cause du rien. Une chaussure pointue écrase le bout de sa botte plate. « OOOhhh » s’écrie le pas qui s’éloigne en laissant traîner un fugitif « pardon ». Elle attend. Elle écoute. La salive emplit sa bouche. Derrière. Peut-être. 

La foule la traverse. Ballet tournoyant, grimaçant. Ca va trop vite. Ses yeux la piquent. Elle ne distingue plus. Tout. Trop vite. Elle attend. Derrière peut-être. 

Son corps projeté sur le mur. Le carreau froid. La tête contre le mur. Un regard. Contre le mur. A portée d’elle. Contre le mur. Un regard. Enfin. Le premier. Le dernier. Souriant. Figé. Placardé. Publicité. 

Ses yeux à elle. Son regard de papier. Elle sourit. A lui. Le dernier. Lui. Tout doucement, elle s’agenouille à ses pieds. Une fine coulée de sang l’accompagne dans sa chute. Le long du mur voûté. A côté des milliers de pas qui n’ont pas cessé. Elle, petit paquet discret, bottes repliées. Disparaît contre le mur voûté. Sur le mur. Le regard. Figé. Taché. 

 

Dominique Legenne, 2 novembre 2008 

(consigne de Véro l’ephémère) 



Ephémère

Ultime, multiples.

Multiples harmoniques, une station de gestes irisés, la croisée. Bientôt ingérés par la machine.

Gestation et vols, tiré en plein, à coup sûr.

Ultime jour, premières heures.

Carrefour, centre urbain, klaxons et gaz, les gens attendent, devant lui.

Feu piéton vert, des dizaines de vies. Traversée. Feu piétons rouge. Attendre à nouveau. Une vraie foire aux saisons.

Sortir de ce mur, de ce mutisme, licence licencié, partir zoner, tout un jour. Le dernier.

Convergence du temps en un point, feu, temps de sortir.

Il s’extirpe, s’arrache, membre après membre, doigt après doigt, ses premiers gestes de mutation : articuler l’inertie millénaire des pierres, celles qui l’ont porté.

Délivrance décoffrage, de l’air, des couleurs oxygénées.

L’homme autorisé, se dépoussière, souffle débarrasse ses manches des pollutions de l’immobile, salpêtre et autres moisissures.

Il aurait pu jaillir comme un ressort, expulsé par la pression, comme s’il n’avait attendu que ça, courir se jeter, dévorer les boulevards, les grands les petits, les femmes, les grandes, les petites, des yeux des pieds, fouler, les boutiques, les bars, les alcools, les jeux, courir, se jeter, sur. Il aurait pu mourir avant la fin.

Mais il avait pris son temps, celui qu’il n’avait pas, comme s’il avait toujours été là, adossé au mur, époussetant tranquillement ses épaules et ses manches, nimbé de certitudes, comme une auréole de sérénité. Et il s’était mis en marche.

Il avait vu tant de gens s’impatienter, les feux, le passage. Il finissait par connaître l’humanité, ces instants perdus, trépignés, les humains entre deux postures, deux attentes, deux faire, entre deux feux, eux qui n’en trimbalait plus beaucoup, qui n’aurait même plus fait plus la guerre pour lui.

Pendant toutes ces années, ils lui avaient transmis le port du corps, la dissimulation de l’âme. Il aurait pu leur souffler en échange la couleur des feux. Ces brindilles humaines, sûrement déjà en fumée, toutes bientôt. Avant, après, lui peu lui importait, il ne voulait pas avoir de poussière, cela trahirait son origine des plus vétustes. Et il n’aimait pas trahir.

Pleine ville, vieille europe, comme on dirait vieille canaille, ou vieux canasson. Plus personne pour parier sur elle mais tout le monde pour courir. Il ne connaissait que ça, cet angle de rues, ce carrefour, le monde entier passait ici. Capitale métropole. Cosmopolite.

Maintenant c’était son heure, échappement, l’heure de se lancer, le rideau déjà tombé, un gaz pour lui, l’homme minéral, l’homme échappé, longtemps enfoui sous les empires, face aux mouches, aux hommes et aux crachats, il était en visite en permission. Il partait zoner.

 



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