Sa voix ne se tait plus

Son  cri jaillit du bord de tes doigts
charrie l’antre de ton corps
jusqu’au  cœur de la terre
râle, roule
à fleur de tes lèvres
sa voix ne se tait plus
chant ruisselant sur les bouches du passé
morsures mordorées sur ta peau craquelée
la voix fissure  les encoignures
la chair se dilate
et l’évidence transparait
innocente.

(d’après la consigne de Louis)



Quand la tente du cirque se mit à flamber

Quand la tente du cirque se mit à flamber

elle fondit si brutalement

que la terre s’en souvient encore

Pierre  pierre, je porte en moi des étoiles filantes

à la traîne des amours ponctuelles

Les pieds hérissés par des chemins incertains

sortant  des géométries de l’aléatoire opaque

je t’instille

musiques en filochées

susurrées

aux plaies des habitudes

des homoncules à rayures

portant boulet  à la ceinture

Et je trace  

parmi ces astres

des monticules  éphémères.

( Rengha chez Sto , le 6 décembre 2008)



Je suis le silence

Il a la fièvre il était
cerisier
Les soupirs se firent des heures de fourrure la voix
vive brûlant
la glace des ombres futiles
la fièvre du silence
envahit les âmes et la virginité
des roses s’évapore
dans les sables gluants de la fente sonore

Et j’entends.

Me racontent les maures sous les arbres
en flottaison des ambulantes salaisons ancestrales
voix de palabre
ma calebasse
grosse d’étoiles je tisse
je lisse et me couche sur le fracas des vagues fumantes
je glisse malgré vers l’antre
de la Terre religieusement.

Je suis le silence et la fièvre du cerisier
la virginité des roses
la sableuse fente aux sons gluants

Je suis le silence



Tzara sous strate (de rhums)

 

Il se fit une douceur de cellophane, le cil de tes pas retentissait sur la pierre et l’odeur souriait à la face des convives

Une épice de jalousie griffa un cri désarticulé, le son se désagrégea sur le sol, sableux.

Sans le silence de nos voix entraîné par le souffle sulfureux, ami comme âme même en jouissance, 

vallée rouge ouverte aux aurores misées, iris avalées, commme sabres au travers de la gorge, des astres à déglutir, flambées rugissantes et salves scandées sur les cimes des arbres (saignants)  

                                                                                                                                     



Fête foireuse (d’après une consigne de Louis )

           Il faut laisser couler…fermer les yeux… et que ça roule… Crissent les cris. Foule qui se défoule. Flots et flonflons. Tumulte qui bascule. Multitude qui bouscule. Ronde qui gronde. Clinquant de la fausse joie. Au fond, des couleurs clignotent. L’ orgue de Barbarie égraine tout aigrelet son chapelet de notes. Valsent les lumières. Etourdissant tour de manège. Effluves caramélisés. Pommes d’amour. Pralines grillées. Crinières de barbe à papa flottant sur les chevaux de bois que fatigue, derrière leur sourire peint, l’incessante course immobile. Insistance du mouvement. Rires qui couvrent l’ écœurement. Le bonheur de l’insoutenable empêche tout recul salutaire. Laissez-vous bercer par le flot, la ronde, la rengaine des tournevires, la parade impitoyable des pégases aux ailes coupées… Haut les cœurs soulevés ! Le vertige chauffe les têtes froides. Trop rapide. Défilé de masques affables. Monstres brillants gonflés d’ hydrogène qui ne tiennent plus qu’à un fil. Trop plein. Au bord des lèvres. Au bord des larmes. S’envoler pour ne pas descendre. Le pompon s’affole et gigote. Tous les doigts se lèvent, toute main s’agite, grouillent mille pattes en l’air, prêtes à embrasser le vide. Effleurements effarés avant le coup sec. La corde vide. Pendante et stupide. Nue comme un ver. Allégresse à gauche. Déception à droite. Devant, un éléphant rose. Derrière, une souris verte. Des avions qui ne décollent pas. 

Et puis le tournoiement ralentit comme une robe de derviche en fin de prière. S’apaise la tempête de l’instant suspendu, de la vie réduite à la vitesse. La toupie géante freine. Ramène à la réalité. Le chanteur dans l’électrophone ne s’en est pas même aperçu. Poursuit son refrain coûte que coûte. Grossière, l’interruption du forain. Couvertures de bruits. Pas cendre vent rêt plet des chines. Parle trop près du micro. Ne pas descendre avant l ‘arrêt complet des machines. La chanson est finie. Banalité du sol qui ne bouge pas. Tourbillon encore imprimé dans le ventre. Mal de terre. Fermeture. Terre ferme qui reprend son rythme et ses contours, réinvestit les êtres et les choses. Les corps reviennent à leur place. Retrouvent leur bonne dimension. Ils étaient stickers sur la vitre d’un train filant à toute allure, succession d’images plates détachées sur un point de fuite. C’est le Temps qui défile à présent. Passe un souffle glacé. Buée de sauvetage.

  



Tisse et trame (d’après la consigne de Nicole)

Je tisse des liens entre des vies qui peut-être n’existent pas, qui ne sont que le reflet des ombres de vie qui existent peut-être et que je ne vois pas, je tisse des mots-rubans, des lambeaux de réminiscences. Fil à fil sur le métier, le métier qui me rentre, léger comme une plume de vaccin acérée, verse mon sang d’encre où peine Pénélope, à peine salope, seule enveloppe de sa peine. Le souvenir  s’éloigne, se rapproche, s’ajuste. Je n’étais pas dans cette véranda avec les autres, tandis qu ‘un homme marchait sur la lune et qu’un autre revenait de Troie. N’était-ce pas le même voyage ? La journée était froide, comme le vert tilleul des armatures, 4° comme la boisson légèrement alcoolisée et pétillante au goût de carotte servie par cette guenon en guenille aux dents serties, aux  doigts sertis de bagues…J’étais venu , j’avais choisi de venir  pour le printemps ; or c’était déjà l’été, été d’or et taies d’oreiller. Personne pour dormir dessus, juste fermer l’œil de cyclope, en faire un astre-feu, moment de crépuscule. Attendre jusqu’à l’aube l’autobus de la voie lactée. J’attendais le printemps suivant. Mais j’étais au mauvais arrêt, j’ai quitté la station Etoile pour finir à la station Shell. Mieux que de rester immobile. Venir jusqu’à son devenir. Devenir ce qu’on a été. Revenir à son essence, ni super, ni ordinaire. Bondir dessus, déçu des sots. L’échec total ! A cet endroit, le printemps  devait être quelque chose d’exceptionnel à vivre. Les autres voulaient  partir pour une visite au Parlement et se racontaient des salades. Langues salaces, visqueuses limaces. J’étais retourné… à l’hôtel. Haute et verte, humide et acide, la salade poussait dehors, nouvelle recrue toute crue. Corps à corps. Vertu et Cornu. A demi-nu, je m’évertue. A demi-tues, elles me tuent, toutes ces voix que je sentais autour de moi , qui voletaient sous les crânes du groupe. Qu’un seul écho vînt jusqu’à moi et se collât à mes propres pensées. J’aurais arrêté de tourner en rond dans les quatre coins de ma chambre. J’aurais cessé de tâtonner, de t’appeler, de tapiner en tapinois. Tapis chinois. Tapis tissé. Rapetisser. Rapper. Tisser. Rater. Pisser. Oui ça marche… marcher, m’isoler dans ma promenade.. Certains s’impatientaient. Le bus était parti. A l’heure. Politesse des rois, blague du petit Prince. Chauffeur sauvage. Sauveur chauffage. Coiffeur ? Quoi faire ? Pétard ? Tétard ? Fêtard ? Il se fait tard, je commence à fatiguer. Je veux rentrer, sortir enfin de ma bulle. Maintenant je me prends en charge ! Ne pars pas avec le chauffeur ! Il va en prendre pour quinze ans pour avoir pris tes vingt printemps ! Il  me restera leur poussière. Poussière d’ange. Poussière d’étoile. Points de suspension dans le ciel qui tremblotent quand je frissonne. J’aimerais bien qu’on me frictionne. Et toi, le nez dans ton bonnet, tu n’as pas froid ? Aux yeux ? Je n’ai plus rien à te dire … Mots tus et bouche…Motus et bouge cousine !

  



(Rhenga réalisé par Louis, Dany, Florence, Dominique,Monia et JJ) d’après des lectures de T.Tzara

Tzarabesques au livre d’ivresse

 

J’ai bu le vin noir du refus

Dans l’éphémère d’une nuit foetale

Jusqu’à la lie j’ai bu

Dans l’ éphèmère d’une nuit

D’ivresse je me suis couchée

Sous le couperet mercantile

Des imaginations somnolantes

J’ai bu le vin noir du refus

L’oubli m’a libérée

J’ai bu

Et l’oraison m’a rutilée

J’ai bu le refus

Dans le magasin des anciens silences

Dans l’éphémère d’une nuit foetale

Je vais je vogue sous les treilles en fond de cale

J’ai bu le vin

Hurlant le silence de tes nuits sans lune

Je vais je vogue je divague sur les

Vagues impétueuses de mon esprit ralenti

J’ai bu

Et le roulis des mots noirs, refus vineux,

A noyé l’éphémère  

L’éphémère du sens nocturne

J’ai bu le vin noir du refus

Je m’abandonne à l’épaisseur d’encre

Je me couche sur la blancheur de la feuille

J’ai bu

Et la feuille bleue m’accueille

De m’avoir attendue…



SECRETS DE FAMILLE

               

    

       

Vous auriez préféré, bien sûr, que je me taise.

Tout raconter, tout dire est comme un jeu d’enfants :

On veut y exceller et l’on prend les devants

Pour sortir le Passé de la cendre et la braise,

  

Chercher le souvenir au bord de la falaise

Dans le vol effacé des gracieux goélands,

Dans la fête foraine aux  flonflons entraînants,

Où les chevaux de bois galopent à leur aise.

  

Ma mémoire endormie attendait le déclic.

Je craignais l’Invention chauffée dans l’alambic

Qui masque les accrocs de nos lambeaux intimes

  

Car, parfois, pour changer ce qui est vrai en faux,

Basculer dans l’erreur déformée, peu s’en faut :

Ephémère, illusion où nos destins s’abîment !

    



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