FMR

 

Il aurait pu

Il aurait pu

franchir ces friches à la frange,

ces zones blanches fichées sous les décombres chromatiques à peines esquissés

frôler les précipices si proches pour s’élancer au delà de ces lieux obscurs et sombres propices à la propagation de sons sourds et muets

franchir le pas, affronter ses Berlin intimes pour se débarrasser des pollutions de l’immobile, des longues palabres silencieuses

Il aurait pu.

Non.

Il peut.

Et quelque chose se détache déjà de ses strates volubiles,

à peine un souffle,

 

un murmure,

une légère pulsation qui pousse à l’intérieur

 

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Aucun contretemps

la rythmique parfaite frappe contre sa cage thoracique

 

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un frisson discret parcourt son épiderme sensible

Il résonne tout entier, se dresse en cadence ivre

les sons inutiles s’écoulent et glissent, laissant les paroles lasses s’infiltrer dans les béances que les saisons précédentes ont creusées

Une marée musicale monte en lui et le déborde

L’harmonie se matérialise dans son âme tourmentée.

(Merci à Dominique, Louis, Jean-Jacques et Nicole dont les textes m’ont servi à bâtir celui-ci)



Epaisseur opaque

Elle voit ainsi la matière qui la constitue
Protection d’un cocon qui cache et brume profonde qui noie
Aller au fond, creuser dans l’épais pour atteindre le fragile
Isoler chaque couche pour approcher le corps nu, le souvenir pur
Sonder l épais au risque de s’y perdre
S’immerger dans une ouate labyrinthe
Et voir que le cocon devient prison
Un manteau qu’on n’ôte plus
Rien à faire

Ouate onctueuse, légère
Poids cependant de l’épais
Alliée de la profondeur
Qui cache en ses fibres mêlées
Un à un mélangés
Evénements petits et grands



F.M.R

F.M.R

Merci à Dominique, Jean jacques et Louis auxquels j’ai fait des emprunts ;

Lui, c’est le gardien aux souliers lents
Elle, c’est le chef d’œuvre.
Ses pas à lui effleurent l’inertie millénaire des pierres
Son corps à elle, nu, exposé, offre sa peau diaphane à l’œil de son visiteur nocturne
Doucement, imperceptiblement, insidieusement ils ont entamé une frêle liaison
Ils ont rendez-vous
Ils ne connaîtront ni déception glaçante ni souvenir amer
Entre l’homme éphémère et le modèle éternel la passion est légère



F.M.R

F.M.R

Merci à Dominique, Jean jacques et Louis auxquels j’ai fait des emprunts ;

Lui, c’est le gardien aux souliers lents
Elle, c’est le chef d’œuvre.
Ses pas à lui effleurent l’inertie millénaire des pierres
Son corps à elle, nu, exposé, offre sa peau diaphane à l’œil de son visiteur nocturne
Doucement, imperceptiblement, insidieusement ils ont entamé une frêle liaison
Ils ont rendez-vous
Ils ne connaîtront ni déception glaçante ni souvenir amer
Entre l’homme éphémère et le modèle éternel la passion est légère



L’écouteuse de mots

L’ÉCOUTEUSE DE MOTS

Sa vie. Une quête. La quête improbable de ces lieux obscurs et sombres propices à la propagation de sons sourds et secrets , de ces chambres d’échos, caisses de résonance de mots morts et muets. Certaines parois peuvent à celle qui sait entendre offrir de véritables partitions où les voix humaines – par un phénomène de réverbération inconnu, s’affranchissent de la matière et jaillissent de la pierre, du béton et du fer. Elle collecte des bribes, bouts de conversations épars, fugaces syllabes, chapelets sonores sans queue ni tête, mots tronqués, paroles inachevées, phrases inattendues ou convenues.Elle est troublée par le velouté des labiales, perturbée par le cliquetis ocre des dentales, agressée par les pointes des sifflantes, émue par la caresse des suaves chuintantes. Elle recueille avec attention tout un nuancier sonore, un camaÏeu musical, une symphonie chromatique. Le même trajet, le même espace parcouru n’est jamais vaincu. Les sons agglomérés, amalgamés, soudain libérés ont une telle épaisseur opaque. Elle a tenté de rationaliser sa démarche, a dessiné une géographie des murs, une cartographie des sons. Rien de méthodique ne peut lui permettre de classer ces échappées imprévisibles qui soudain sonnent à ces tympans. Certains matériaux, elle l’a constaté, ont une porosité particulière et un degré d’absorption et de restitution exceptionnel.
Dans le quartier on la connaît bien. On s’est habitué à sa silhouette sans âge, à son air d’être toujours aux aguets, à son grand cabas. C’est surtout le filet à papillons qui déroute. Et ses lèvres en mouvement perpétuel. Elle va, rase les murs, indifférente aux regards. La récolte a été bonne aujourd’hui, les murs ont été généreux. Le sac est plein , il reste quelques mots pris dans les mailles du filet – ils viennent du mur de briques là-bas – un bavard celui-là quand il s’y met. Elle tentera tout à l’heure de mettre un peu d’ordre dans ces strates volubiles, de tisser des liens entre ces propos décousus, de retrouver l’ombre des voix qui se sont tues.



Les voix ne se taisent plus

Retrouver l’ombre des voix qui se sont tues – Mirage – Fragile mêlée – Fil ténu raccroché par une Minerve ensablée – Tu rampes vers le flou moiré de ton passé – Des ombres folles jaillissent en mille flaques – Tu ris – Sans pouvoir les rattraper  - Les voix ne se taisent plus – Souffles dépoussiérés des pollutions de l’immobile – Tu roules – Elles s’échappent   Les voix ne se taisent plus – Elles chantent – Muses ricanantes – A chacun de leur chant tu t’enfouis un peu plus – Jusqu’à l’épuisement –  Dans cette masse molle – Jusqu’à l’ultime râle – Le dernier murmure – Les voix ne se taisent plus -

D.L. (avec quelques usurpations à Nicole, Louis et Florence)  3 /11/ 2008 – Consigne de Jean-Jacques « F.M.R » du 27/10/08



Dans le couloir

 

 Un couloir. Des pas. Dans le couloir. Des centaines de pas. Lumière électrique. Blafarde. Des milliers de pas. En marche. Sous la voute en béton. En marche. Résonnent. Des milliers de pas. Carreaux fatigués sur les murs. En marche. Yeux cernés. Silhouettes délavées. En marche. Des milliers de pas. Avant. Arrière. Pressés. De côté. Petits talons. Comptés. Mesurés. Claquements. Souliers lents. Redoublés. Chassés. Glissés. Semelles crottées. Des milliers de pas. 

Elle, bottes plates, usées, fendillées. Pas irréguliers. Ses yeux à elle sur les chaussures des autres. Le regard habité par la marche. Son regard. Leurs marches. Des centaines. Des milliers de marches. Une gigantesque cacophonie de marches. Un seul regard. 

Son regard. Leurs marches. Et rien. Plus rien. La multitude, le chaos fondus dans le rien. Désert du rien. Silence absolu du rien. 

Elle s’arrête. Pour rien. A cause du rien. Une chaussure pointue écrase le bout de sa botte plate. « OOOhhh » s’écrie le pas qui s’éloigne en laissant traîner un fugitif « pardon ». Elle attend. Elle écoute. La salive emplit sa bouche. Derrière. Peut-être. 

La foule la traverse. Ballet tournoyant, grimaçant. Ca va trop vite. Ses yeux la piquent. Elle ne distingue plus. Tout. Trop vite. Elle attend. Derrière peut-être. 

Son corps projeté sur le mur. Le carreau froid. La tête contre le mur. Un regard. Contre le mur. A portée d’elle. Contre le mur. Un regard. Enfin. Le premier. Le dernier. Souriant. Figé. Placardé. Publicité. 

Ses yeux à elle. Son regard de papier. Elle sourit. A lui. Le dernier. Lui. Tout doucement, elle s’agenouille à ses pieds. Une fine coulée de sang l’accompagne dans sa chute. Le long du mur voûté. A côté des milliers de pas qui n’ont pas cessé. Elle, petit paquet discret, bottes repliées. Disparaît contre le mur voûté. Sur le mur. Le regard. Figé. Taché. 

 

Dominique Legenne, 2 novembre 2008 

(consigne de Véro l’ephémère) 



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