Speed dating

Fuir ce monde! Trouver la solution! Fuir ce monde pour le guérir! Alors j’ai pris ce bateau. ça m’a rendu malade cette mer déchaînée. ça m’a rendu malade de honte aussi. malade. purger la maladie. La maladie de tous les êtres réunis. Mais… Quand le ciel noir a rendu ses étoiles par milliers au monde , c’était comme quelques touches de lumière posées ici et là sur la noirceur du monde. l’espoir au bout du chemin?

c’est fou, il doit se la couler douce à Abdoularomaine. C’est ça, il nous a oublié, il sirote son machin-chose.
Remarquez chez nous, on ne repart jamais sur une seule jambe.
Il sirote la deuxième chose à Abdoularomaine dans le vent
J’ai envie d’une richelieuse là maintenant, pas toi?
c’est pas tout ça mais il fait soif, non?
ils auraient pu réparer la climatisation vu le prix qu’on paye.
ne vois-tu pas les 3 petits points dans le ciel?
Il y a des jours, je supporte plus la nuit.
une belle jambe, ça me fait une belle jambe!
bahbahbah! ce qu’on s’en fout de ça!
c’est bon c’est bon j’ai rien dit
et puis j’ai pas envie de parler
non madame Irma, nous ne partons pas encore
c’est infernal! ce type qui court il va plus vite que nous
Oh la la les jeunes, on se calme
le monde est complètement cinglé mais est-ce si nouveau?
c’est à cause de mon prénom, Meltem signifie  » souffle le vent »
chez nous on repart jamais sur une jambe
j’aurais pas du mettre ces chaussures (Dany)

 

Le souvenir s’éloigne, se rapproche, s’ajuste. Je n’étais pas dans cette véranda avec les autres . La journée était froide, comme le vert tilleul des armatures, 4° comme la boisson légèrement alcoolisée et pétillante au goût de carotte servie par cette guenon en guenille aux doigts sertis de bagues…J’étais venu , j’avais choisi de venir pour le printemps . j’attendais le printemps. A cet endroit , le printemps devait être quelque chose d’exceptionnel à vivre. Les autres voulaient partir pour une visite au Parlement. J’étais resté dan ma chambre. Haute et verte, humide et acide, la salade poussait dehors, nouvelle recrue toute crue.

Toutes ces voix tues que je sentais autour de moi , qui voletaient sous les crânes du groupe. Qu’un seul écho vînt jusqu’à moi et se collât à mes propres pensées.. J’aurais arrêté de marcher.. J’aurais cessé de m’isoler dans ma promenade.. Certains s’impatientaient. Le bus était parti .

Quoi faire ?

On dirait que je suis invisible !

On appelle quelqu’un ?D’ailleurs qui on appelle ?

Arrête tes salades.. D’ailleurs ta langue est d’une crudité !

Il se fait tard ,je commence à être fatigué.

Je veux rentrer, sortir enfin de ma bulle.

Et maintenant je dois me prendre en charge ?

Le printemps va partir avec le chauffeur du bus !

Et toi, couvre-toi ! T’as pas froid ?

Là tout de suite, ça me dit rien !

On dirait que je suis invisible..

Tiens passe –moi l’eau , va !

Allez jeune fille , il faut se lever

Tu passes sans me voir

Ne vois –tu pas les trois petits points dans le ciel ?

Mais non c’est moi qui ne te vois pas quand tu me regardes passer près de toi

Et toi t’as pas froid ?

Couvre-toi !

Lâche-moi, que je respire

Taxi au Parlement

Je n’ai plus rien à te dire … (Jean-Jacques)



Antoine Dullin

Du tempérament, chez Dullin !
L’expression de toute expérience, la scène et la révolution.
Une fraîcheur insoupçonnée, avec le premier souvenir conçu.
Antoine comme victime des fantasmes des poètes.
Le problème de la preuve introduit son oeuvre.
Soucieux de vérité, de l’immortalité  de la maison où il a apprécié la vie, l’Amour, les roses, notre comte grassouillet de fesses, cocu, favori de Vertilleul, veut du corps et de la femme.
Parfois plus sérieux :
Fleuris, ô fleur
Fleur de fleur
Corps féminin
est sans doute le plus connu de ses poèmes et connaît un rayonnement quasi universel. Formule simple et éminemment oeuvre, qui plait au monde entier, y compris à l’URSS, peut-être surtout parce qu’elle enferme cette image d’origine dans une assurance en série, celle de la ligne qu’il donnera aux fleuves.
Il a vécu dans plusieurs points de retour pour y fixer sa mesure. Mais il vit son âge à impressions, incertain pas seulement comme un écrivain, mais comme daté, issu de la tranche.
La vraie problématique le définit. Une énigme. De l’épaisseur sale d’un réel plat et restreint. Sur ce fond, une tentative de sortie , échappée terne… nous sommes dans l’ampleur de la résignation.

 (texte écrit pendant l’atelier expérimental d’Audrey)



Comment faire pousser des fleurs en tirant dessus

Vous disposez de trente minutes (même vingt).
Une page blanche, des centaines de pages écrites que vous n’avez pas le temps de consulter. Une pièce aux murs nus, aux tables beiges mélaminées. Un voisin dur de la feuille. Ça, c’est la situation initiale, le B-U-BUlbe de votre poème.
Pour que ça germe, il ne faut pas mettre d’eau. L’eau est un mauvais sujet, qui fuit dans le sens de la pente, qui n’a aucune tenue, aucune retenue, pourrit les bulbes et rouille les rhumatisme. Non. Épongez cette eau que vous vouliez verser.
Puisez plutôt au fond de votre bulbe mou quelques vers fleuris déjà tous prêts. Voyez s’il y a moyen d’en faire quelque chose.

Mignonne allons voir si la rose
Jolie fleur dans une peau de vache
Gentil coquelicot mesdames.
Effeuiller dans le pot-au-feu, la margueritte.
Du lila pour Eulalie
Colchiques dans les prés, fleurissent, fleurissent
Fleur d’épine fleur de rose c’est un nom qui coûte cher.

Maigre récolte.

Dix minutes pour six pauvres vers éculés.

Qu’en ferez-vous maintenant?

acrostiche

 



juillet

Sur un bateau
juillet

j’avais mon corps
les quatres marches en bois
j’avais mon corps tout mouillé
ça s’est passé sur un bateau

les quatre marches en bois du pont vers la cabine
mon corps tout mouillé par la baignade
mon père savait-il ?
juillet

j’ai descendu les quatre marches en bois
j’étais une femme ?
j’avais mon corps
j’étais partie en vacances avec mon père
su un bateau
mes quatorze ans
tu saignes ?

savait-il ?
juillet

du pont vers la cabine
mon père
tu saignes ?
mon corps

la baignade
une femme
la cabine
un bateau
quatre marches
mais qu’est-ce qui t’arrive ?

en vacances
en bois
mes quatorze anbs
tout mouillé
mon père savait-il que j’étais une femme ?

j’étais partie
ça s’est passé
j’étais juillet
j’avais mon père
qui t’arrive ?
la baignade
partie
descendu
passé
j’avais
savait-il
qu’est-ce qui
du pont
en vacances avec mon
juillet

juillet de mes
mes quatorze les quatre
qui t’arribe
tu savait-il que j’étais

ça

sur les en vers du la qui tu une en avec par
avec mon père
en vacances avec mon père

j’avais mon corps
mon corps tout
mon corps tout mouillé
j’avais mon corps tout mouillé
j’avais mon corps tout mouillé par la baignade
juillet

ça s’est passé

du pont vers la cabine
les quatre marches en bois du pont vers la cabine
j’ai descendu juillet de mes quatorze ans les quatre marches en bois du pont vers la cabine
ça s’est passé sur un bateau
j’avais mon corps tout mouillé par la baignade
savait-il ?
mais qu’est-ce qui t’arrive ? tu saignes ?
mon père savait-il que j’étais une femme ?
(texte écrit pendant l’atelier expérimental de Florence – j’avais déjà écrit un poème sur le même thème il  y a longtemps… )



autour du vide

Aujourd’hui écrire autour du vide
écrire du vide aujourd’hui justement
justement du vide aujourd’hui je ne sens
que l’absence

écrire

sur l’absence du vide aujourd’hui
ou sur hier, écrire ?

Le vide d’hier aujourd’hui. Enfui.

Le chercher le revoir l’entendre
le souvenir du vide palpable
m’est absent

aujourd’hui

quelque chose se souvient en moi
de ce vide souffrant
pourtant
mon souvenir se refuse
se refusait déjà
au présent. quand il était là. hier.

j’avais écrit
alors

quelque-chose

quelque-chose autour du vide
à saisir
je me souviens.

Je me souviens que j’avais écrit
mais quoi ?

c’est ça

qui est vide
aujourdhui

mon souvenir inscrit quelque part il
suffirait
je le sais de relire

ce poème

que j’avais écrit
mais le vide d’hier déjà je m’en souviens

fuyait l’assaut de mes mots

que dira de lui mon poème
d’hier
si
je le relis
aujourd’hui
quand le vide d’aujourd’hui

n’a rien

du vide souffrant qu’hier
je m’éfforçais de décrire
- comprendre tenir embrasser -
de combler

le vide était
espace à remplir
me désespérait
la persistance de l’absence

écrire sur le souvenir d’un poème
qui refuse de redonner

ses mots

autour du vide
tombés dans le trou noir
ou trou blanc

me reviennent les mots d’un autre,
en exergue à mon poème ancien
né du trou
bâti autour du trou
je suis une

organisation

du vide.

(texte écrit pendant un atelier proposé par Alain Restrat, les derniers vers sont volés à Bernard Noel, j’ai retrouvé le poème ancien )



Un court texte la mouche et etc

Sa jambe gauche et son bras gauche sortent des draps. Immobile, il dort, la bouche ouverte, le souffle régulier. La radio grésille encore, le livre est tombé sur le tapis.
Trop tentant, Adrien…

Je veux bien apprendre à être lente. Enfin je voudrais bien apprendre à être lente.
Mais, être là un instant, bref et fulgurant, et ailleurs l’instant d’après, disparaitre  pour réapparaitre, c’est ma vie, ma chance.
Etre lente pour juste, prendre le temps de gouter toutes les choses, toutes les peaux, toutes les odeurs, oui mais … la main… éviter son écrasement soudain…

Toutes, elles fuient, dissimules, recluses : moi, j’aime la nuit. Etre seule…vide…silence…obscurité…
Elles ont peur, moi aussi. Pourtant, seule, je vole, j’explore, je découvre
Ce que je trouve de plus beau, c’est le noir
Ce que je trouve de plus fantastique, c’est la vie furtive
Ce que je trouve de plus magique, c’est l’aube

Une petite chose animée et insignifiante, qui fait trop de bruit quand je m’endors.
Une peste, comme ses sœurs, ses semblables innombrables qu’on dit éphémères, surtout l’été, à l’heure des siestes.
Je ne sais d’où elle vient. Comment a-t-elle surgi ?
Elle se pose, elle s’infiltre, elle s’immisce, elle s’impose, elle envahit, elle m’exaspère.

-J’ai effleuré tes lèvres.
-Et, cela m’a réveillé. Je m’en souviens maintenant.
-A l’instant où tu as bougé, j’ai disparu, comme envolée…
-Pour choisir mon pied, ou plus exactement la courbe de mon talon que tu as descendu jusqu’au centre, là dessous, là où la peau est le plus sensible
-Et, encore une fois, j’ai esquivé ta main, pourtant prompt, avide et exaspérée…

Ne plus entendre ma litanie, mon bourdonnement,
Multipliés à l’infini, mes yeux à facettes…
Ne plus les voir, même pas les deviner
Ce corps noir et verdâtre…
Transformation…..transmutation…

Mes ailes s’étirent
Affinement… élongation…
Maintenant je suis une autre
Une demoiselle
Une libellule qui s’échappe…

Rédigé à la Minoterie, à Marseille-
Trois courts textes du désordre intérieur, un personnage décrit, un dialogue (A/B), puis B parle de A, réunis en un seul texte, en forme de nouvelle.

Personnages nés d’une lecture rapide, en parcours aléatoire d’un ouvrage de Jan FABRE- Recueil de dialogues de théâtre dont : L’arche- Mon corps, mon gentil corps- et
LA MOUCHE ET LE MARCHAND DE SEL



La phrase lecture (à partir du travail avec Claude Fosse)

Quelqu’un en bottes de pluie et en ciré jaune en rencontre d’autres…,
Qui ont faim et soif…
Quelque part… au bord de la mer…au printemps, sous les tilleuls…
Mais jamais…
Personne ne s’écoute vraiment…
Et chacun erre dans ses interrogations personnelles. (Danielle)


Tombée de la nuit. Il fait froid. Ils attendent. Ils ont faim. Ils se racontent, des choses vues, des choses vécues, ils se souviennent, ils rêvassent, ils philosophent. Ils parlent pour ne rien dire. Quelqu’un a oublié son parapluie. (Monia)

Ils ne savent plus ce qu’ils vont faire, pourquoi ils sont là.
Il y a tous ces destins croisés. Chacun porte l’histoire d’un voyage antérieur, intérieur de tous les voyages antérieurs.
Et c’est toujours comme ça au fond. L’histoire ne fait que se répéter un peu différemment à chaque fois.(Florence)

Des personnages dans un bus. Certains se connaissent, certains veulent faire connaissance. D’autres préfèrent rester à l’écart. De toute façon, il fait trop chaud et les vacances c’est toujours pareil. Et à la fin du voyage, c’est toujours la fin. (Dany)



Eponge est jà côtée

ve d’encre

 

 

Pour nous décourager du Verbe,

Empreinte azurée de la muse,

La page blanche ensevelit Le froid jeté par les mots crus.

Mais l’écorce épaisse du Dire

Vibre sous les coups souterrains

Puis s’effrite, craquelle et s’ouvre…

Imprévisible et attendu, voici enfin le perce-neige. Pionnier de

l’ hivernale saison, il sort ses griffes tendres et

molles des profondeurs où il s’était enfoui.

Ce n’est d’abord qu’une touffe drue de chevelure herbeuse et

raide qui, courageuse, brave le gel sans attirer

vraiment l’attention.

Maigrelette, elle grelotte, sous la grêle, de

tous ses grelots. Deux trois rayons de soleil plus tard,

elle s’enfle de quelques boutons comme une botte de

bâtons-tiges. Soudaine, explose l’ éclosion en un

triomphe virginal dont s’ anoblit tout le jardin…

Percée, la neige du silence

Voit la parole enfin germer,

Verte, dure, douce, fleurir,

A lire à l’ombre des allées.

 



Ecrire tue

http://podame.unblog.fr/files/2008/03/mtalepseandcie.pdf



Mélodie métisse

Dix neuf heures zéro neuf sur l’ordinateur portable – Une salle de transit à Casablanca – Espace de restauration rapide – Pizza – Chawarma – La brioche dorée – Des qui repartent – Des qui partent – Un type au téléphone – Espace fumeur – Valises qui roulent – En face deux jeunes filles – Ne rien entendre – Afrique – Une musique dans la tête – La salle d’attente se remplit de ces notes envoûtantes, excitantes, puis quand celle-ci se termine un laps de temps se passe – silence – ambiance discrète – Regard furtif – Une phrase en arabe – Puis la musique redémarre – Absence – Le Sabbar – Solitude – Etre loin – Elle attend – La respirer déjà – La voir – Le corps s’est déjà transformé – L’esprit la rejoint -

Où sont tes racines ? Tu les as laissé quelque part sur une terre que tu ne connais pas mais qui te rappelle sans cesse. Ton premier cri ton premier regard ton premier sourire ont été pour elle. Ne dit-on pas qu’ils appartiennent à ta mère ces premiers rires ce premier regard ?
Le vent chaud Africain s’est engouffré dans tes poumons c’est lui qui t’a donné vie.

De loin une jeune fille assise à une table, un ordinateur, elle pianote. Ses doigts vont et viennent de gauche à droite de droite à gauche en haut en bas. Elle est plongée devant son écran, ses yeux pétillent, elle semble vivre chaque lettre qu’elle tape, plus que cela elle vit l’histoire qu’elle raconte sans doute. Elle a dans ses oreilles un casque, sans doute écoute t-elle de la musique, sûrement même sa tête s’agite, par moment ses lèvres forment des mots, son visage éclairé d’une lueur de bonheur, de plaisir. Elle semble être ailleurs malgré la froideur de cette salle de transit elle voyage avant les autres. Elle a pris l’avion.
Elle a déjà retrouvé son essence originelle.

Par moment elle s’arrête lève la tête se laisse transporter par la musique que l’on n’entend pas, elle observe la pièce les gens ont changé ce ne sont plus les mêmes.
Le vol 732 pour Ouagadougou est annoncé. Elle ferme l’ordinateur.
3h30 du matin, un souffle d’air chaud balaye la piste et s’engouffre dans le bus avec les passagers. Je regarde autour de moi dans la salle d’arrivée, mon nom sur une pancarte. Le taxi de l’auberge. C’est le même que l’année passée, je le reconnaît. Le restaurant à côté du gîte déverse une musique entraînante. Je m’allonge sur le lit, la mélodie m’apaise.
Demain je parts pour Bobo.

Tu me délivres et tu m’enivres.

Cinq heures de bus pour rejoindre la ville de Bobo-dioulasso. Le goudron, une longue route droite au milieu d’une terre aride, seiche, rouge, où par moment quelques villages formés de briques en terre surgissent. Sur la route, des enfants avec des ânes transportent du bois, des femmes chargés de fagots sur la tête.
Il n’y a qu’une seule halte. Pour manger. 10 minutes. Avant même de descendre, les vendeuses s’agglutinent devant le bus. Elles offrent chacune des boissons, de l’eau en sachet, des mouchoirs, du pains, du sésame, des fruits. Leurs appels forment un concert dans l’air remplie d’arôme exotique.
Il faut se frayer un passage pour approcher les hommes qui font griller de la viande.
Un délicieux mélange d’oignons, de piments et d’épices. Le tout enveloppés dans un papier. Pour le pain pas besoin d’aller bien loin, il n’y a cas tendre la main. Les enfants attendent.

Les rues de Bobo-Dioulasso sont larges, poussiéreuses, de chaque côté de nombreuses boutiques proposent une restauration rapide, des cigarettes, des cartes téléphoniques, des vêtements, des bijoux, des objets d’art Africain… Tout le monde circule avec un masque sur le nez pour éviter la poussière, les vélos, les voitures, les camions, les motos se croisent, se dépassent. Les marchands ambulants se mélangent à ce flot qui ne cesse pas du matin au soir. La musique dans chaque boutique, les grillades de viande au bord de la route sur une grille aménagée, les enfants avec leur boîte en fer qui réclament quelques pièces.
Chaque regard offre une “Bonne arrivée”, une poignée de main, un “bonjour soyez les bienvenus”. Odeur de feu, de fruit, de riz cuisiné à toutes les sauces, d’encens, de poussière, de pot d’échappement, le sifflet de l’agent qui surveille la barrière, le train qui passe.

Tu m’arraches déjà à mon quotidien d’occidentale. Tu m’embarques dans ta tourmente, dans ton univers où le temps ne m’appartient plus.
Tu pourrais être née en France et n’avoir jamais connu les racines familiales de cette terre qu’est l’Afrique.
Tu pourrais aussi bien avoir été une de celle qui accepte malgré elle, les conditions de vie qu’offre ce continent aux mille couleurs.
Mille couleurs, voilà deux mots que j’attrape en me laissant bercer par les chants, les odeurs sur ce marché de Bobo. Une place jonchée de fruits, de légumes, de fleurs, des femmes et encore des femmes qui tantôt circulent, tantôt s’arrêtent et discutent.
Sur le dos, un bébé qui s’endort sur le pas balancé de sa mère.
Je me laisse entraîner, emportée par la foule.
Je ne vois qu’elle souriante gracieuse douce. Il y a dans son regard une pointe de mépris ; d’être là peut-être de ne pas pouvoir être ailleurs sans doute.
Assise sur une natte, qui reflète sur son visage, un jaune et un bleu éblouissant, je m’arrête et je la regarde.

Femme du soleil femme d’Afrique
Tu pourrais être ailleurs, dans une tour d’ivoire loin de cette poussière de cette chaleur
Emancipée du poids de ta culture sans pour autant la renier
Femme d’un continent riche d’Espoir
Tu souris à tous ceux qui passent
Je m’approche un peu plus, comme captivée par ton regard.
Nos yeux se rencontrent, un sourire échangé, tu me reconnais. Je suis la blanche née en Afrique. Je t’ai laissé sur cette terre il y a longtemps, mais ton coeur n’a jamais cesser de me faire vivre. Le chant dans ma tête devient clair, la musique que j’entendais chaque jour, c’était toi. Je m’assoie sur la natte.
Aujourd’hui il y a du monde sur le marché. Je suis installée sur une natte jaune et bleue, mon enfant sur le dos s’est endormi. Les touristes sont arrivés, les blancs aiment bien faire le marché.
Je m’appelle Rokia, j’ai 36 ans. Je suis Africaine, noire de peau comme mon père et ma mère. Je vends des fruits et des légumes sur le marché chaque jour. J’ai grandit ici, à Bobo. Je n’ai jamais quitté mon pays.
Que tu sois de celles qui acceptent leur sort sans rien dire, ou bien de celles qui vont prendre les armes pour abolir un esclavage moderne, tu resteras et demeureras la femme Africaine que je suis.
Autour de moi la foule s’intensifie, je m’appelle Rokia, je reviens au pays.

Séverine



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