Journal intime

Mardi 21 mars

Aujourd’hui, c’est le printemps. Pas trop tôt. J’en ai marre de me geler les doigts à la mine. En plus, c’est toujours moi qui descends dans la galerie la plus froide.

Mercredi 22 mars

Il est arrivé une chose incroyable aujourd’hui ! On est entré chez nous pendant qu’on n’était pas là. Une fille. C’est Dormeur qui l’a trouvée en train de pieuter tranquille dans son lit – forcément, qui d’autre, toujours le premier à aller s’allonger pendant que les autres bossent. Du coup je vois bien qu’il se prend pour le propriétaire, genre, « pas touche les gars ! c’est moi qui l’ai vue le premier ! ». Ça va faire des histoires, j’en suis sûr. Les bonne-femmes, ça fait toujours des histoires partout où ça passe ! Ils se la badent tous comme un gros choux à la crème… c’est trop pathétique !

(bon, je reconnais quand même que c’est un sacré morceau)

Jeudi 23 mars

J’hallucine. Comment ils étaient pressés de rentrer ce soir ! Un peu plus ils revenaient de la mine en courant. C’est bon on va pas leur piquer leur sainte nitouche. Déjà que toute la journée ils m’ont cassé les oreilles en chantant des chansons guimauves. Et là ce soir, c’est à qui lui fera le plus de sourires : « et tu veux un coup de main pour étendre les chaussettes ? » et patati, et patata… En plus Simplet a refilé son pieu à la donzelle, du coup, ça fait deux jours qu’il dort dans le mien. Il prend toute la place, et il ronfle. Je vais pas supporter ça longtemps moi !

Vendredi 24 mars

Il a plu toute la journée. C’est joyeux de bosser dans la boue tiens ! J’ai le nez qui coule en plus. À tous les coups Atchoum m’aura refilé sa crève. Ce soir on a mangé des carottes. Je suis sûr que c’est Joyeux qui lui a demandé de préparer des carottes. Il adore ça, Joyeux, les carottes. Il adore surtout parce qu’il sait que moi je déteste. Ce type me débecte. À chaque fois qu’il y a des carottes, chacun y va de son « allez, mange, ça rend aimable ». Ils vont arrêter de me charrier oui ! C’est vraiment pas le jour !

Samedi 25 mars

Heureusement qu’on est rentrés plus tôt. On a retrouvé Blanche-Neige à moitié morte étouffée ! Putain ! la sorcière qui lui a fait ça, moi je vais lui faire bouffer son grimoire !

Dimanche 26 mars

Ils sont tous aux petits soins pour elle. Prof arrête pas de lui faire la leçon. Il m’agace !!! Du coup c’est qui qui fait la popote, hein ? Tu parles d’un dimanche ! Je préfère encore aller à la mine.

Lundi 27 mars

C’est pas vrai ! Je l’avais dit qu’elle nous apporterait que des emmerdements ! Elle a vraiment rien dans le citron ! Elle a rien trouvé de mieux à faire que d’acheter un peigne à cette sorcière ! Evidemment il était empoisonné ! Elle a encore failli y passer, elle a du pôt qu’on est rentrés plus tôt encore aujourd’hui. Je suis vert ! Je sais pas comment, mais il faut qu’on se débarrasse de cette immonde sorcière !

Mardi 28 mars

Rêveur est resté avec Blanche-Neige aujourd’hui. Pour la protéger soi-disant (tu parles d’une bonne excuse pour se la couler douce pendant que les autres turbinent oui !)
Ils sont tous super inquiets, du coup personne n’a desserré les dents de toute la journée.
Je préférais presque quand ils chantonnaient niaisement.

Mercredi 29 mars

Tout est ma faute ! Jamais je me le pardonnerai ! C’est moi qui leur ai dit qu’ils exagéraient et qu’on allait pas la couver tous les jours comme un bébé. Voià. A cause de moi on l’a laissée toute seule. Merde. Je suis vraiment qu’un sale con. C’est pas juste ! Qu’elle revive, elle ! J’ai qu’à mourir moi, à sa place. Je mérite plus de vivre après ce que j’ai fait. Et puis de toute façon je peux pas supporter de les voir tous chialer. Comment j’ai pu dire du mal d’elle ! Comment j’ai pu lui en vouloir ! Elle est parfaite ! Même morte elle est encore parfaite. Elle est si belle ! Si belle. Comment on va faire maintenant nous, pour vivre sans elle ? On pourra jamais.

Jeudi 30 mars

Elle est vraiment morte. J’arrive pas à réaliser. Je me le pardonnerai jamais.
On peut pas arrêter de la regarder, on peut pas détacher nos yeux d’elle. On peut pas croire qu’elle soit morte tellement elle est belle.
On va pas l’enterrer. On peut pas faire ça. Pas encore. Pas tant qu’elle est si belle. On peut pas souiller sa peau avec de la boue. On peut pas laisser les vers de terre nous la bouffer. On veut continuer à la regarder. Toujours.
On va lui faire un cercueil en verre.
Je promets de rester près d’elle jour et nuit pour la regarder. Pour lui demander pardon. J’aurais pas assez de sept vies pour lui demander pardon pour ce que je lui ai fait.



Blanche-Neige ou l’innocence

CHAPITRE PREMIER

COMMENT BLANCHE-NEIGE FUT ÉLEVÉE
DANS UN BEAU CHÂTEAU,
ET COMMENT ELLE FUT CHASSÉE D’ICELUI

Il y avait en Grimmerie, dans le château de M. le roi de Schneech-ten-wittchench, une jeune princesse à qui la nature avait donné la peau la plus blanche et les cheveux les plus noirs. Sa physionomie annonçait son âme. Elle avait le jugement le plus innocent, avec l’esprit le plus pur ; c’est, je crois, pour cette raison qu’on la nommait Blanche-Neige.

Avant sa naissance, Madame la reine s’était malencontreusement piqué le doigt par le moyen d’une aiguille, et en avait conçu une grande émotion.
« Oh ! dit-elle, voyez comme le rouge de mon sang est beau sur la neige pure. Pareillement mon enfant sera belle et pure telle l’innocence. » Elle n’eut pas le bonheur de vérifier combien elle avait eu raison. En effet, elle mourut bientôt après l’accouchement avec d’atroces convulsions.

Un an plus tard, on conclut le mariage du roi de Schneech-ten-wittchench avec une nouvelle reine dont tous louèrent la beauté et la grâce. On disait d’elle unanimement que c’était la dame la plus belle de tout le royaume de Schneech-ten-wittchench et même probablement de Grimmerie, ce qui lui valait une très grande considération.
Malgré son premier malheur, Blanche-Neige eut donc la chance de grandir auprès d’un père royal et d’une belle-mère dans le magnifique château de Schneech-ten-wittchench, jusqu’à ce que le roi mourut à son tour horriblement éventré lors d’un accident de chasse. On pleura le père et plaignit l’enfant, mais on se consola de ce ce que la nature avait laissé à la jeune fille le don de la beauté et de la pureté d’âme, ainsi qu’une belle-mère reine et un château, ce qui augurait de son sort mieux que de celui d’une quelconque orpheline. Chacun reprit donc sa besogne et l’enfant grandit.
Cependant que l’enfant prenait les traits d’une femme, la reine consultait son miroir avec inquiétude. Ne l’avait-on pas considérée jusque-là comme la plus belle personne du royaume ? Qu’adviendrait-il si Blanche-Neige devenait encore plus belle ? Cela ne nuirait-il pas à la considération qu’on lui portait ? Ces inquiétudes provoquèrent chez la reine un douloureux tourment qui la priva de sommeil une nuit entière.
Au matin, elle avisa un chasseur de ses sujets qui passait non loin du château. « Voilà, se dit-elle, un jeune homme très bien fait qui pourrait me rendre service ». Elle s’avança vers lui et le pria à dîner. « Ma reine, lui dit le chasseur avec une modestie charmante, vous me faites beaucoup d’honneur mais je n’ai pas de quoi payer mon écot. » « Ah ! Monsieur, lui dit-elle, les chasseurs de votre qualité ne paient jamais rien, n’avez vous point un beau couteau de chasse? » « Oui, ma reine, en effet j’en ai un.» « Ah ! Monsieur, que je suis aise ! Mettez-vous donc à table ! ». Elle lui fit manger bonne chair et boire bon vin, et le persuada avant la fin du repas d’emmener Blanche-Neige dans la forêt, et de lui ôter le foie et les poumons au moyen de son superbe couteau de chasse.


CHAPITRE SECOND

COMMENT BLANCHE-NEIGE
SE SAUVA DANS LA FORÊT
ET CE QU’ELLE DEVINT

Tandis que le chasseur et Blanche-Neige marchaient dans la forêt, la jeune fille ne chercha pas à s’enfuir, se croyant en promenade, ignorante qu’elle était du dessein que la reine avait ordonné à cet homme. Il faisait le plus beau temps du monde et c’était un grand plaisir de marcher en forêt dans la fraîcheur du printemps. Cependant, il fallut bien s’arrêter. Le chasseur dévoila alors son couteau et son projet.
Tombant à genoux, Blanche-Neige cria « Ayez pitié de moi! ».
Le chasseur qui n’était pas mauvais homme, fut touché. Blanche-Neige âgée de dix-huit ans était fraîche et appétissante. Il rougit. Il accepta d’oublier la mission que lui avait commandé la reine à la condition qu’elle oubliât à son tour leur entrevue dans la forêt. Après quoi il se mit à la violer et elle s’évanouit.
Quand Blanche-Neige reprit ses sens, elle était seule. Elle marcha longtemps sans savoir où, pleurant, levant les yeux au ciel. Transie, mourant de faim et de lassitude, elle arriva tristement jusqu’à la porte d’une maisonnette dans une clairière. Ne sachant que faire d’autre, elle y entra.
Quelques heures plus tard, sept petits hommes y entrèrent à leur tour. Quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent la belle jeune fille dormant dans un de leurs lits.
Ils n’osèrent pas la réveiller et attendirent patiemment, puis quand elle fut réveillée, ils écoutèrent son histoire. Ils en furent plus émus encore de compassion que d’horreur. Quand elle eut fini, ils lui proposèrent de rester et de devenir leur servante.
Elle les remercia avec des larmes d’attendrissement.

CHAPITRE TROISIÈME

COMMENT UNE VIEILLE COLPORTEUSE
VENDIT À BLANCHE-NEIGE UN LACET,
ET CE QU’ELLE DEVINT

Blanche-Neige resta donc au service des nains. Elle s’habituait à vivre dans une maisonnette au lieu d’un château et oubliait un peu ses chagrins. Quelques jours s’écoulèrent. La journée, les nains s’absentaient pour travailler. Blanche-Neige lavait leurs écuelles, blanchissait leurs chemises, cuisinait leur dîner et leur souper. Ils n’étaient pas de compagnie désagréable, et aucun d’eux ne se conduisit envers Blanche-Neige comme l’avait fait le chasseur, bien qu’elle surprît parfois l’un où l’autre la regardant longuement tandis qu’elle travaillait ou qu’elle se reposait.
Un jour, on frappa à la porte. Blanche-Neige était seule. Elle ouvrit, une vieille mal habillée la salua. « Belle damoiselle, lui dit la vieille, je vends de magnifiques lacets -Madame, dit Blanche-Neige, je vous remercie de vous être déplacée jusqu’à ma maison, malheureusement je n’ai pas d’argent pour acheter vos jolis lacets . – Comment ? Une personne d’une telle beauté ? Une gorge si blanche que la vôtre, si gracieuse, ne peut point se passer d’un lacet scintillant. – Merci Madame, je vous sais gré de vos compliments, dit-elle en faisant la révérence. On lui noue sur-le champ le lacet autour du corset.
Blanche-Neige obligée de tant de gentillesse, n’osa pas protester. La vieille serra si fort que Blanche-Neige en perdit la respiration au point de tomber en faiblesse. C’était la seconde fois qu’elle s’évanouissait depuis qu’elle avait quitté le château de Schneech-ten-wittchench.
Le soir, les nains trouvèrent leur jeune servante morte au seuil de leur maison. Ils en furent très malheureux. Ils s’avisèrent de dévêtir la jeune fille, mais sitôt le lacet détaché Blanche-Neige retrouva le souffle et repris ses sens.
« Que vous est-il arrivé ? Nous vous croyions bel et bien morte ! » interrogèrent les nains. La belle leur conta ce dont elle avait souvenir. « Il y a horriblement de mal sur cette terre, conclut l’un des nains, pour qu’on cherche ainsi votre mort ! – Croyez-vous que cela soit possible, s’étonna Blanche-Neige? – Ma foi, dit un autre, cela semble pourtant la vérité. – Enfin, conclut un troisième, l’important est que vous soyez sauve! » Et après s’être félicités de cette bonne fortune, ils envoyèrent Blanche-Neige se reposer.

CHAPITRE QUATRIÈME

CE QUI ADVINT DE BLANCHE-NEIGE
APRÈS QU’ELLE EÛT MIS UN PEIGNE EN SES CHEVEUX

Le lendemain Blanche-Neige entendit à son réveil qu’on frappait à la porte. Les nains étaient déjà partis. Elle hésita à paraître à la porte, se souvenant de sa mésaventure de la veille. Cependant elle se sentait bien seule et se dit que le monde n’était point fait que de méchantes gens, aussi elle se rassura et alla ouvrir. Une vieille dame fort bien apprêtée la salua. « Oh, comme je suis aise de trouver en cette maisonnette une si belle jeune fille ! Permettez que je vous montre un de mes beaux peignes, il parera à merveille vos superbes cheveux noirs » Disant ces mots, la vieille tenait dans sa main le plus beau peigne d’ambre que Blanche-Neige eût jamais vu. Cependant elle se souvint du lacet qui avait failli causer sa mort. « Ah! madame, répondit-elle, j’ai été hier étouffée d’un lacet par une vieille marchande, et avant-hier brutalisée sauvagement par un chasseur. Comment puis-je vous faire confiance ? – Oh ! Ma pauvre petite ! Que de malheurs se sont abattus sur toi ! Comme je compatis » Et la vieille versa des larmes pour appuyer son dire. Blanche-Neige, impressionnée de voir ainsi la vieille pleurer de son malheur, ne douta plus de sa sincérité, d’autant que le peigne était fort beau, bien qu’elle n’eût pas le premier écu pour le payer. « Brave enfant, puisque c’est ainsi, je t’en fais présent, dit la vieille en lui tendant le peigne » Blanche-Neige, qui n’avait osé le lui demander, fut ravie de voir son désir secret ainsi exaucé. Elle coiffa avec empressement ses cheveux du magnifique peigne d’ambre, et tomba aussitôt à terre.
Le soir, les nains trouvèrent à nouveau leur jeune servante morte au seuil de leur maison. Ils en furent une seconde fois très malheureux. Ils s’avisèrent de dévêtir la jeune fille, mais sitôt le peigne retiré des cheveux de Blanche-Neige, elle retrouva le souffle et repris ses sens.
« Que vous est-il arrivé ? Nous vous croyions morte à nouveau ! » Blanche-Neige leur conta l’épisode de la vieille et du peigne. Les nains furent bouleversés de ce récit. Cependant, la peur qu’ils avaient eue que leur protégée ne fût réellement morte fut la cause de ce qu’ils se réjouirent de la savoir sauvée pour la seconde fois.

CHAPITRE CINQUIÈME

COMMENT BLANCHE-NEIGE MANGEA UNE POMME
ET DANS QUELLE DÉTRESSE
LES SEPT NAINS SE TROUVÈRENT

Le lendemain les nains ne quittèrent la maison sans qu’ils n’eussent recommandé à la jeune fille mille prudences. Elle leur assura qu’elle n’aurait pas la sottise d’ouvrir encore la porte à une vieille marchande. Aussi quand on frappa à la porte ce jour-là, Blanche-Neige n’ouvrit pas, mais s’approcha seulement de la fenêtre.
Une femme était derrière la porte, tenant sous son bras un panier de fruits. Blanche-Neige, songeant que la prudence n’était point la contradiction de la politesse, s’adressa à elle par la fenêtre. « Bonjour madame ! Vos fruits sont fort beaux, mais je ne peux ni vous ouvrir ni vous en acheter un seul. – Ce n’est rien ! Ne vous souciez pas de moi ! Mais pourquoi donc ne pouvez-vous ouvrir la porte ? Êtes-vous donc enfermée ? Pauvre petite ! – Non madame, hélas, c’est bien pire. J’ai été hier empoisonnée par un peigne, la veille étouffée d’un lacet par une vieille marchande, et le jour d’avant brutalisée sauvagement par un chasseur. – Hélas, mon Dieu ! Tant de malheurs pour une seule personne ! Vous êtes pourtant si belle et vous semblez fort douce ! – Merci madame. – Vous avez grandement raison de ne point ouvrir votre porte à quiconque. Mais je suis bien affligée pour vous. Comment puis-je apaiser votre tourment ? Voulez-vous ma plus belle pomme ? Tenez, pour parer tout péril, je la tranche en deux et j’en mange une moitié. » Blanche-Neige accepta la proposition, trouvant la femme fort gentille, et la pomme fort appétissante. Elle mordit avec gourmandise le fruit prometteur, et tomba aussitôt morte.
Le soir, les nains la trouvèrent au pied de la fenêtre, morte pour la troisième fois. Ils en furent plus malheureux encore que la veille. Ils s’avisèrent de dévêtir la jeune fille, mais cette fois elle demeura aussi morte nue que couverte. La mort n’enlevait rien à sa beauté, la nudité l’augmentait. Ils la lavèrent. Elle restait toujours aussi inerte.
Au fur et à mesure qu’elle reste morte malgré leurs soins, ils versent des ruisseaux de larmes. À la fin, ne pouvant se résoudre à la quitter du regard, ils lui font un cercueil de verre qu’ils installent devant leur maison.
À partir de ce jour, les nains ne partirent plus travailler, ils restèrent chaque jour auprès de Blanche-Neige, à la regarder dans son abri de verre, et à cultiver leur jardin.



Blanche-Neige et les sept haïkus

Du sang sur la neige,
Belle enfant aux cheveux noirs
Déjà orpheline.

Miroir sans pitié,
Jalouse fureur mortelle
Pauvre marcassin.

Chaleur d’un refuge
Instant de répit enfin
De courte durée.

Odieux stratagème,
Étouffée par un lacet
Sauvée par des nains.

Le danger toujours
Un peigne dans ses cheveux
Une presque mort.

Une pomme enfin
Fait son malheur comme à Ève
Sept gnomes la pleurent.

Mais l’amour en conte
Ranime jusqu’au plus mort
Et le tour est joué.



Blanc-Lait

Il y a maints ans dans un lointain pays, d’un sang royal naquit un fruit d’amour pur. On admira tant son joli minois, son incarnation aux traits si fins, si clairs, qu’on la nomma Blanc-Lait.
Puis… cata sur cata :
Tout d’abord sa maman mourut.
Son papa maria Malvina. La nana avait la voix d’un crapaud, un sang malfaisant plus malfaisant qu’un poison, un cri dur plus dur qu’un roc aigu, un fond noir plus noir qu’un sac à charbon.
Pour finir, son papa mourut à son tour. Blanc-Lait avait alors dix-huit ans.
Malvina haïssait Blanc-Lait, aussi l’ado disparut pour fuir un mauvais plan pas cool du tout.
Trouvant un mini squat au fond d’un bois, où il n’y avait pas un chat, la vamp y fit aussitôt son QG. Mais d’habitants, la maison comptait six plus un, tous nabots mais plutôt sympas.
Voici nos amis nains arrivant du taf, sifflotant.
D’abord, Atchoum la vit. Il fut coi d’admiration.
Puis, Distrait, la trouvant qui ronflait dans son lit, la siffla :
« Oh my God ! Putain, mon gars ! Guapa chica, isn’t it ? ». Blanc-Lait dormant profond, n’ouït pas son mot charmant.
Durant pas mal d’ans, Blanc-Lait cousit, cuisit, rôtit, broda, borda, balaya, fit du fricot, du tricot, du boulot pour nos nabots.
Un jour Blanc-Lait mâcha mal son fruit (Granny-Smith, Fuji ou Royal Gala, on sait pas trop) l’avala rond puis mourut.
Tant pis.



BYRHAT histoire 6

Elle avance lentement. Lentement dans ce couloir. Couloir éclairé seulement par des niches aménagées dans les murs. Elle avance lentement et seul le bruit de ses pas la signale. Ni la faim ni la soif ne torturent elle est légère comme une plume. Dos droit bras ballants ombre ou fantôme toujours les autres elle évite. Ici elle ne possède aucun objet aucun colifichet. Ici et de tous temps comme en bien d’autres endroits elle n’habite pas elle flotte. Sa jambe droite raide parce que le temps est au gris l’air humide les plaintes du vent transperçantes. Mais elle est légère comme une plume. Sa jambe droite qui freine sa jambe gauche qui court.

Ici elle ne possède aucun objet aucun colifichet encore moins l’objet de son amour. Un objet doré entrelacs de feuilles minuscules un oeuf scintillant posé en haut de la cheminée. Elle n’est que la sixième fille du Comte et n’a évidemment pas le droit d’y toucher.

Elle avance lentement dans ce couloir immense prison glaciale puits irrespirable ses poumons réclament un air depuis longtemps interdit. Un air destiné aux autres, aux docteurs et aux prêtres. Les jours de saignée elle croit pouvoir toucher palper étreindre mais la descente sur le sol compact est brutale douloureuse. Surtout douloureuse.

Ici de pièce en pièce de la cave au grenier du patio au jardin elle meuble les courants d’air mais se bouche le nez. Finalement elle est devenue maigrelette, avant elle n’était pas grosse. Finalement son visage s’est émacié des plaques rouges ça et là sont apparues. Mais on lui trouve bonne mine. On trouve.

Là-bas, au creux du val où coule une rivière ses soeurs jouent à la balle. Là-bas ses frères tourmentent les servantes. Là-bas. Elle n’a pas le droit de sortir.

De dos on la croirait élastique, si lourde et si fine. De face ses yeux immenses agrandis par les privations, les verres d’urine régulièrement posés devant son assiette et le sang noir qui coule hors de ses veines crient d’autres besoins.

Besoin d’un nuage sur lequel voguer. Besoin de l’amour de sa mère qui habite au cimetière.Besoin de repos. Son regard reste agrippé au passé elle se sait sans avenir. Les pas la tiennent pourtant accrochée à la terre ferme. Les pas qui pourraient naviguer entre lune et soleil. Avant elle voulait fuir prendre le bâton de pèlerin marcher pieds nus sur les routes. Aujourd’hui elle sait qu’il faut attendre et se résigner. Voir jour après jour son pouls battre à son rythme de métronome. Le voir brusquement s’arrêter et ne pas se plaindre. Jamais.

Longtemps le bruit s’est poursuivi, le claquement tiède des sandales contre le carrelage en pierre. Longtemps.

Dans le labyrinthe du château Ariane glisse jusqu’à la salle principale. Sous le manteau de la cheminée cela flambe et crépite car le vent dehors plie les arbres et applatit les buissons de lavande.Elle se soulève sur la pointe des pieds et happe, petite main imprudente, l’oeuf doré. Elle le cache dans un mouchoir, le range entre la chemise et le ventre. Il faudrait qu’elle s’explique, mais il y a beau temps que sa voix n’est plus qu’un rauque son de gorge. Le froid de la clé ne la gène pas au contraire. Elle sait que là-bas au creux du val où coule une rivière il y a un chêne vénérable qui l’accueillera avec bonté. Le froid de la clé qui ouvre la porte de l’appentis vers le ciel les astres et les bourrasques de vent.

Elle avance lentement à l’affût des signes. Près de la porte paillée. Elle guette. Elle ne se sent pas forte elle ne s’est jamais sentie forte. Mais elle a soigneusement brossé ses cheveux pâles, depuis enserrés dans un bonnet. Elle a mis sur son dos fragile la veste matelassée de la lingère qui tous les matins brosse les vêtements dans le lit de la rivière. Il se fait tard les domestiques boivent tous un vin chaud. Elle attend patiemment que ses frères et soeurs rentrent de leur escapade champêtre. La porte d’entrée, aussi lourde qu’une masse et à moitié sortie de ses gonds, le lui signale. Alors elle tourne la clé gelée dans la serrure chantante ouvre la porte doucement car le vent devient violent et sort subrepticement.

Le maître du château joue aux échecs.Les enfants se réchauffent devant l’hâtre. Personne ne pense à elle, si ce n’est le médecin qui éguise ses couteaux pour la séance prochaine et le croquemitaine.

Sa robe s’enroule autour de ses jambes décharnées. Elle ne bute pas sur les tertres caillouteux. Elle ne se plaint pas des chardons des orties elle entend le rire de la rivière. Elle respire enfin, elle sourit. Les amas de bois que les paysans ont brûlé sentent la soupe de la chaumière. La nuit qui tombe sombre paletot de plomb la surprend à esquisser des pas de danse. Le glou-glou de l’eau empêche d’entendre le bruit de la corde cachée sous ses vêtements qu’elle déroule. Et avec le claquement sec de la corde enserrant son cou elle danse en souriant. Au bout de la branche avec le vent.




Fête du Livre à Aix

(je fais passer l’info envoyée par Sylvain)

Bonjour, je vous informe un peu tard, mais ce soir à Aix-En-Provense, il y a une soirée et une rencontre autour de Wole Soyinka, écrivain Nigérian et prix Nobel.

La soirée est accompagnée d’un film sur Soyinka, d’un concert de percution / Improvisation (menée par Tony Allen, Ara, Ehizibue Charles Ekata et Lapido Augustine Abayomih ) et d’une expo de photo et d’une exposition d’art yorumba.

Tout cela a lieu à la citée du livre d’Aix entre 18h 30 et 23h.

Et c’est gratuit!

A ce soir ou à lundi…

Sylvain



BYRHAT histoire 5

Elle avance lentement. Lentement dans ce couloir. Couloir brillamment éclairé par des lustres en cuivre et laiton. Cuivre et laiton qu’elle brique chaque semaine. Elle avance lentement parce que courir n’est plus de son âge. Seul le bruit de ses pas la signale. Ni la faim ni la soif ne torturent parce qu’elle a avalé un solide déjeûner, et si elle baille c’est à cause de la sieste qu’elle ne peut faire. Elle se croit toujours légère comme une plume, mais en trente ans de bons et loyaux services le corps change. Dos droit bras ballants ses cheveux gris rassemblés en chignon lâche. Elle est si fatiguée. Dans son pantalon souple d’ouvrière si confortable elle a toujours le regard acéré. Le pull est lâche. Sa poitrine, ferme en son jeune temps, a changé depuis d’apparence. Les pointes des seins tendent vers le bas. Le gras des jambes flotte suivant ses pas. Elle est vieille.

Vieille vieille chose qui astique nettoie lave les bols des enfants des autres et regarde par la vitre impeccable le soleil du matin se lever. Et sa fille qui n’arrive pas à payer le loyer de son garage. Elle l’aide, mais en cachette et en espèces parce que le mari, lui, n’accepterait pas. Le mari qui ne parle plus à sa fille. Ce n’est pas le père de la fille et pourtant il l’a élevée. Ce n’est pas le grand-père de sa petite-fille et pourtant il récupère l’enfant à la sortie de l’école. Cela évite les mauvaises surprises et cela arrange tout le monde. Il marche en descendant les escaliers, il marche le long de la rue vers l’école primaire, il tient le cartable de la petite au retour, il lui prépare souvent de quoi déjeuner car la petite vit pratiquement chez sa grand-mère. Le mari fume le cigare en permanence un jour il mourra foudroyé par l’accumulation de nicotine. Il ne veut pas voir de docteur avec sa toux si grasse et cette voix d’outre-tombe.

Elle avance lentement. Lentement dans le couloir où elle croit entendre qu’on l’appelle. Son mari et sa fille ne se parlent plus depuis deux ans. Depuis que la fille et le gendre ont décidé de se séparer. De divorcer. Puis de se remettre en ménage. La fille est elle aussi femme de ménage. Son conjoint jaloux plus âgé qu’elle, faut croire qu’elle aime la sécurité. La fille a fait des emprunts dans des banques usurières, elle croyait pas à mal. Elle croyait qu’elle pourrait rembourser. Et s’est retrouvée à la rue sans maison sans toit pour la nuit.

Le mari de la vieille a dit que cela finirait très mal. La fille a dit que ce n’était pas son problème. Et les injures. Et les regards sans paroles. Et la porte qui claque en laissant la petite aux bons soins de la grand-mère. Tout cela, c’était il y a longtemps. Exactement deux ans.

La vieille se fait payer en espèces. C’est de bonne guerre. Cela arrange le beurre dans les épinards quand les impôts locaux tapent à la porte, ou la facture d’eau.

Pourtant il y a des choses qu’elle ne voit pas, la poussière sur les étagères les taches de gras sur la cuisinière les miettes par terre. Pourtant il y a beaucoup de choses qu’aujourd’hui elle ne distingue pas comme la lumière du plafonnier. Ses mains qui serrent le chiffon jaune deviennent noires, et les pieds se dérobent sous son poids. Il y a beaucoup de choses qu’aujourd’hui elle ne voit pas comme son corps par terre pourtant si proche. Son corps informe mais là-bas une lumière, comme la lumière du soleil levant à travers le carreau de la fenêtre. Oui, elle avait bien entendu quelqu’un l’appeler au bout du couloir.



Tu t’attendais ?

Tu croyais que c’était fini. Les valises, les déménagements, les avions, les décalages – des horaires et des cultures , commencer à zéro. Tu croyais avoir laissé derrière cette époque d’incertitude et de excitation et tu croyais que tu avais trouvé le bon endroit, peut-être l’équilibre. Mais enfin tu cherchais quoi, te cacher derrière un désir, un souhait, un espoir ?

Le portable avait un message : il faut chercher l’ancien inventaire, les déménageurs viendront encore toucher l’intime, les secrets, la pudeur. Et toi au lieu de bouger, tu restes dans ton lit, à regarder la lumière du matin s´épaissir sur la fenêtre.

Cette pièce avait enfin trouvé une douceur, même une couleur, rouge ocre, et toi t´avais fini pour mettre cette couleur dans ta peau, dans ton regard, dans ta pensée.

Tu continues à scruter la lumière, tu n’oses même pas aller chercher un café, mettre des idées dans une boîte ou écrire simplement je ne peux pas. Tu trouves que la lumière change le rouge ocre en rouge évêque, et cette couleur semble te parler de profondeur, mais pas d’amertume, tu penses que la matinée doit être bien avancée. Tu évoques cette ville, elle te plaît, ses cafés, ses marchés, ses rues sales mais arborées, sa montagne. Elle, cette ville, a enterré aussi une muraille et comme toi elle essaye de se faire une beauté. Pour cacher ses batailles, sa douleur mais aussi son envie, sa faim de vivre. Elle doit se vendre aux investisseurs comme toi aux employeurs, mais les cicatrices laissent des traces, plus dans les femmes que dans les mures… tu ne le savais pas ? Tu t’es même habituée au silence de gens, au silence comme communication, des fois il faut ne rien dire. Finalement tu as l’air de commencer à comprendre.

Tu ne veux plus m’entendre et tu t’étires, d’abord les jambes, ensuite les bras et tu touches d’une façon involontaire le dessein que ton enfant a laissé sur la table de nuit. Tu l’a avais oublié, il a dessiné une maison avec un toit rouge à coté d´une rivière, la montagne sur le bord de la page. A le regarder, à le fixer longuement, tu as l´impression que le toit devient feu, et tout le dessein brûle, ta main, celle que tient le dessein brûle aussi et elle te fait mal. Tu sautes du lit désespérée… tu cours vers le toilette chercher de l’eau mais il ne se passe rien, la main brûle encore mais il n’y a pas le feu. Ce n’était qu’un reflet du soleil.

Que s’était–il passé ? Tu ne comprends pas. Tu reviens au lit sans comprendre, ton cœur bat encore très fort, tu essayes de te calmer et tu te demandes si lors du prochain coin-feu tu ne devras pas brûler ce que reste encore collé quelque part dans ton corps et fait mal, comme la main maintenant.

Tu te pelotonnes, ensuite tu t’étires toute entière, tu as l’impression que tu occupes toute la pièce. Tu croyais l’avoir dit, cette fois-là, je ne bouge plus, c’est décidé. Je reste ici, pas pour toujours, mais je reste ici. D’ailleurs qu’est-ce que ça veut dire toujours ? L’avais tu exprimé ainsi ? Es-tu sûre de ne pas t’avoir trahi, comme si des fois le corps abandonne à sa chance les paroles María dh Aranguren-10-10-07

 



Un moment

Tu fermes les yeux. Tu tentes de faire revenir à ta mémoire une image de toi saisissable. Dicible. Tu fais tourner le crayon dans ta main plusieurs fois entre le pouce et l’index. Tu laisses passer des images que tu ne veux pas saisir, que tu ne sauras pas dire. Tu contemples la feuille blanche quadrillée où seul le premier mot de ton texte est écrit. « Tu ». Tu regardes les autres étudiants qui sont en train d’écrire. TU regardes ta feuille. Tu te vois debout sur un quai de gare, ensommeillée, nauséeuse. Tu te vois en larmes dans un train. Puis dans un autre train. Tu te vois assise figée face à un écran de télévision migraineux. TU te vois dans une salle d’attente souffrante. Tes images passent et passent les minutes, tu ne peux en retenir aucune. Le « tu » inscrit en haut de la feuille résonne comme une mise en cause, une accusation. Pourtant, tu dois écrire. Ils attendent ton texte.

Tu fermes les yeux. Et tu écris ces mots.



J’aime, j’aime pas… celui de Monia

J’aime le cinéma Diagonal, prendre le tramway, faire du vélo, les oranges maltaises, chanter, la fraîcheur des draps, rigoler, jouer à la belote, la vix de Nougaro et celle de Brassens, nager, être enceinte, la quinoa, Barcelone, apprendre une langue, écrire des abécédaires, Susie Morgenstern, le chocolat chaud, le marché des Arceaux, la neige, être bloquée dans un train en bonne compagnie, le bruit des vagues, me baigner nue, la lumière du soleil sur les immeubles du vieux Montpellier, l’odeur de la pipe, le caramel, le vertige, le musée de Céret, l’herbe coupée, Se souvenir des belles choses, le lac du Salagou, la pinède des Aresquiers, ranger ma maison.

Je n’aime pas accoucher, trop manger, être malade, être au régime, les blettes, les choux de Bruxelles, les insomnies, la chicorée, la télévision, Thierry Ardisson, l’idée d’aller vivre à Béziers, l’odeur de chien, l’odeur de cigare, que tu m’aies quittée, les poils de chat sur le canapé, les gens qui se plaignent sans cesse payer trop d’impôts, les pannes de voiture, les pantalons trop serrés, les virages en épingle à cheveu, ne pas pouvoir lire dans un bus, être pressée, les autoroutes, les hypermarchés, le cidre, le melon, ma belle-mère, devoir ranger ma maison.



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